The Promised Neverland t.01 : une mise en bouche intéressante !

The Promised Neverland t.01; par Kaiu Shirai & Posuka Demizu
Publié chez Kazé, 2018

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Emma, Norman et Ray coulent des jours heureux à l’orphelinat Grace Field House. Entourés de leurs petits frères et soeurs, ils s’épanouissent sous l’attention pleine de tendresse de « Maman », qu’ils considérent comme leur véritable mère. Mais tout bascule le soir où ils découvrent l’abominable réalité qui se cache derrière la façade de leur vie paisible ! Ils doivent s’échapper, c’est une question de vie ou de mort !

 

 

Vu l’intensité médiatique autour de ce titre depuis des mois (il existe même un site dédié à la série), j’étais fermement décidée à mettre la main dessus dès sa sortie et j’ai eu bien raison -d’après mon libraire- ! En revanche difficile d’en parler correctement sans prendre le risque de tout spoiler…

On peut dire que ce premier tome lance efficacement l’intrigue, puisque le lecteur est happé dès les premières pages par cette histoire sombre et dérangeante, l’ambiance horrifique étant d’ailleurs contrastée par la naïveté et l’innoncence des enfants présents. Si quelques indices sont dissimulés dans le premier chapitre quant à la nature du fameux secret, je ne m’attendais pas du tout à cette révélation !
Le mangaka regorge de bonnes idées et sait jouer avec nos nerfs : le rythme effréné de ce premier opus annonce une attente infernale en vue des prochains tomes !

Dans une ambiance anxiogène au possible, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage pour Emma, Ray et Norman : ils ont deux mois pour s’échapper de Grace Field House, ou ils mourront.
Très charismatique et attachant, le trio compte parmi les enfants les plus âgés et futés de la structure. Chacun va ainsi apporter une compétence différente, mais complémentaire à ses camarades dans la plannification de leur fuite : Norman, fin stratège, est un peu le génie de l’orphelinat, Ray fait preuve d’un grand sens de l’observation de beaucoup de sang-froid, tandis qu’Emma, plus sentimentaliste, compense par son agilité hors-norme.

Attention, « Maman » n’est pas en reste pour autant ! Glaçante de self control, cette mère de substitution est la reine du poker face ! 

Quant à Posuka Demizu, elle insuffle aux enfants des bouilles rondes et innocentes qui tranchent parfaitement avec l’horreur des « démons ». Le charadesign est très bon et le détail des expressions faciales douloureux de réalisme !

☞ Annoncée comme « la » série révélation de l’année The Promised Neverland se démarque de la production actuelle. Nulle magie ou personnages contrôlant des supers pouvoirs ici, le trio de héros ne peut compter que sur leur intelligence pour parvenir à sauver leur peau ! L’intrigue complexe, l’écriture efficace et les nombreux faux semblants font de ce titre un début de série très enthousiasmant dont on attend impatiemment la suite !

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Les Cancres de Rousseau

Les Cancres de Rousseau ; de Insa Sané
Publié aux Éditions Sarbacane, 2017 – 331 pages

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1994, Sarcelles, Djiraël en est sûr, cette année sera exceptionnelle. Il entre en terminale, dans la même classe que ses potes Sacha, Jazz, Rania et les autres. En plus, la belle Tatiana semble enfin réponde à ses avances… Cerise sur le gâteau, le prof principal, c’est monsieur Fèvre – le seul qui s’intéresse à eux. Bref, c’est parti pour une année d’éclate… sauf que parfois, plus on prévoit les choses, moins elles se passent comme on le pensait.

Un grand merci aux Editions Sarbacane -et particulièrement à Julia- pour l’envoi de ce livre plein de verve !

Si j’ai bien compris, le roman s’inscrit dans un ensemble d’autres textes (Sarcelles-Dakar, Du plomb dans le crâne, Gueule de bois, Daddy est mort…) qui, ensemble, forment la « Comédie Urbaine » de l’auteur. Si chacun met en scène plus ou moins les mêmes personnages, tous les titres peuvent pourtant se lire indépendament les uns des autres.

Ce qui saute d’abord aux yeux dans Les Cancres de Rousseau, c’est la justesse du ton employé. Le texte n’en paraît que plus authentique, Insa Sané usant beaucoup du langage de la rue, sans jamais en faire trop. Avant de se mettre à écrire, l’auteur a fréquenté le monde de la musique, et cela se sent dans la manière qu’il a d’insuffler à son texte des airs de slam par moments ! C’est donc avec un réel  plaisir que le roman peut se lire, mais aussi se laisser écouter à voix haute : prêtez-vous à l’exercice, ça change tout !

Côté personnages, j’ai complètement craqué pour Djiraël ! Sa langue bien pendue, son humour ravageur et son côté irrévérencieux en font un narrateur génial. Cette dernière année de lycée pour lui et ses potes, c’est l’occasion où jamais d’être heureux ensemble, d’exister ensemble, et il a tout prévu pour que ce soit grand, que ce soit grisant et à la hauteur de leurs espérances.

« Pour moi… ça ne signifiait rien, à vrai dire. Rien si tous ces enfoirés n’étaient plus à mes côtés ! En revanche cette année restait ma dernière chance de faire enfin tourner la roue dans mon sens, le bon. Car s’il est vrai que l’homme n’est que poussière d’étoiles, je voulais croire que nous, les cancres de Rousseau, étions nés pour briller -un jour. »

A côté de ça, c’est aussi sa fragilité qui le rend si accessible. Au fil des pages, sa carapace se fissure et laisse entrevoir la personne qu’il aimerait devenir, mais dont les choix et leurs conséquences sont incertains.

Force est de constater que ce n’est pas le seul personnage auquel on s’attache irrémédiablement. Toute sa petite bande m’a fait le même effet, sans doute parce qu’ils sont tous imparfaits à leur manière : les failles et les espoirs de chacun se révèlent petit à petit, leur offrant plus de profondeur.

Le roman se fait le reflet véritable d’une réalité sociale trop souvent représentée de manière clichée (mais si, tu sais bien : les voitures crâmées, la violence et les drogues omniprésentes etc.). Allez, on éteint le JT deux minutes et on découvre se dont il est vraiment question ici. Parce qu’au delà de ce qu’on pense, être fils/fille d’immigré en France aujourd’hui c’est surtout :

– subir les railleries du corps enseignant et ne pas être pris au sérieux : big up à Monsieur Fèvre, le seul professeur qui ne les prend pas pour des quiches et s’intéressent véritablement à eux.
– être fréquemment arrêté par la police pour « contrôle de routine », juste parce que ta tête ne leur revient pas
– se voir refuser l’entrée d’un resto ou établissement un peu chic parce que tu ne corresponds pas au standing de l’établissement (autrement dit tu fais trop racaille !)

Bien que l’intrigue se déroule au début des années 1990 (ce dont je ne m’étais pas aperçue, n’ayant pas lu la quatrième de couverture !), le propos s’avère complètement d’actualité et c’est pour moi un raison suffisante pour se plonger dans le roman !

Mais Les Cancres de Rousseau, c’est aussi un roman sur l’adolescence, ses espoirs, ses doutes et ses angoisses. Toute la bande de Djiraël se bat pour son futur et bouillonne d’une furieuse envie de vivre.

☞ Pas de doute, Insa Sané signe un roman pertinent et authentique, dénué des clichés habituels sur la banlieue, accompagné de personnages porteurs de grandes valeurs. Avec un rythme enlevé et beaucoup de justesse et d’humour, il livre un message fort qui permet au lecteur de remettre en perspective beaucoup de ses préjugés.

 

C’est le 1er, je balance tout ! #14

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Créé par Julia, du blog Allez vous faire lire, ce rendez-vous mensuel a (un peu) vocation à proposer une alternative au fameux « C’est lundi que lisez-vous ? ».


1. Top & flop du mois


Grève de la SNCF obligée, je me retrouve à devoir souvent prendre la voiture au lieu d’aller au boulot en train, ce qui ralentit considérablement mon rythme de lecture. Rien de dramatique en soi, mais j’ai lu davantage de bandes-dessinées que d’habitude, par flemme de me plonger dans quelque chose de trop long !

Du côté des bulles :

  • Si vous avez un peu suivi le blog ce mois-ci, vous n’avez pas pu manquer mon avis sur le premier tome de L’atelier des sorciers, un nouveau manga qui semble très prometteur, à base d’un système magique reposant sur la pratique du dessin ! 
  • Je suis ressortie agréablement surprise de ma lecture de La Cantine de minuit, qu’une collègue m’avait chaudement recommandé. Le principe est simple : dans une gargote de la capitale japonaise, les clients défilent et ce sont autant de tranches de vie qui nous sont présentées, en même temps que l’on découvre un plat typique du pays. L’ensemble m’a un peu rappelé l’animé Bartender, où l’on nous présentait un coktail par épisode, en même temps que les tracas d’un ou plusieurs personnages. 
  • J’avais déjà eu l’occasion de lire un autre tome de 13 Devil Street, qui m’avait laissée perplexe : il en a été de même ici ! Si la mise en page s’avère originale (chaque double page présente l’intérieur du même immeuble, pièce par pièce), j’en ai trouvé la lecture parfois laborieuse et le scénario un peu tiré par les cheveux ! 
  • Le deuxième opus de Reine d’Egypte m’a autant convaincue que son prédecesseur ! Si vous voulez lire un manga mettant en scène une femme charismatique, cherchant à être l’égale des hommes (en l’occurence, que Pharaon), foncez ! L’héroïne, bien que fraîche et relativement innocente, muri au fil des tomes et son ascension est passionnante à observer. Les infos sur l’Egypte antique disséminées au fil des pages sont bonnes à prendre également ! 
  • En parlant d’héroïne plutôt portée sur le féminisme…comment ne pas penser à Arte dont j’ai dévoré la suite des aventures ? L’histoire continue à s’étoffer, et gagne en qualité au fil des tomes. Les dessins méritent d’être observés en détail, et j’apprécie d’apprendre des choses sur la culture de l’époque. 
  • Enfin, le troisième tome de Bichon m’a peut être un peu moins convaincue que les précédents, même s’il véhicule de jolies valeurs (bienveillance envers les autres, tolérance et acceptation de soi). Les dessins colorés et pleins de peps sont un bonheur pour les yeux, notamment pour les afficionados de Disney, dont l’auteur offre souvent des caméos sympathiques.

 

Du côté des romans :

  • Big Up aux Editions Sarbacane que je remercie chaleureusement pour l’envoi des Cancres de Rousseau, qui m’a beaucoup plu ! Ma chronique traîne mais devrait arriver d’ici peu, don’t panic. 
  • Lu dans le cadre du Prix Imaginales des bibliothèques, Boudicca a été une grosse surprise ! Genre de biographie romancée d’une reine celte (aka pas du tout mon genre de lectures habituelles tu vois), je me suis prise à me passionner pour sa destinée inspirante. Là aussi ma chronique sera bientôt disponible ! 
  • Je me suis jetée sur le dernier Mourlevat dès sa sortie, et j’ai drôlement bien fait parce que c’était particulièrement réjouissant ! Jefferson est une fable animalière aux airs de polars où l’auteur aborde avec talent la cause animale pour un jeune public. Délectable ! 
  • Après Les Geôliers, -expérience de lecture qui fut, hum, particulière- Les Filles de Roanoke m’a chamboulée ! Un secret de famille pernicieux, une ambiance noire et pesante, et des personnages tous plus étranges les uns que les autres : pas de doute, le malaise était bien là ! Pourtant, j’en ai trouvé la lecture particulièrement addictive, et intéressante d’un point de vus psychologique ! 
  • Je continue ma découverte de l’oeuvre de l’australienne Kate Morton, dont j’avais adoré Le Jardin des secrets aux tous débuts du blog ! Là encore, le charme a opéré puisque le roman rassemblait tout ce que j’aime : une disparition mystérieuse, un drame vieux de 70 ans, une demeurre abandonnée, le tout dans une ambiance délicieusement victorienne en Cornouailles ! Si le dénouement fait un peu trop « happy ending » à mon goût, l’intrigue n’en reste pas moins rondement menée, avec une double narration et différents points de vue abordés. 
  • On passe au moins bon de la sélection : seule petite déception du mois, La Chambre des merveilles n’a pas su me bouleverser comme je l’attendais. Peut être que je m’étais montée la tête toute seule à force d’en entendre des éloges… toujours est il que si le roman est un condensé d’optimisme, l’histoire en fait un peu trop et s’avère cousue de fil blanc. Bref, une jolie lecture sans réelle surprise. 

Côté challenges, mes dernières lectures ne me font pas beaucoup progresser dans le challenge Les Irréguliers de Baker Street (pour plus d’infos, l’article explicatif se trouve juste là).

24) Le Tordu : lire un livre débutant par un assassinat (Jefferson)
36) Les Six Napoléons : lire un livre du genre « Historique » (Boudicca)

 

Ca m’amène donc un total de 21/60  !


2. Les chroniques des autres


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Lucille, qui tient le super blog La Ronde des livres, m’a totalement convaincue de me jeter sur le dernier bébé de la collection Exprim’ ! (bon ok, j’étais déjà bien hyppée) Je trouve le concept de réadapter Les Liaisons dangereuses dans un univers scolaire actuel, avec de jeunes protagonistes absolument géniale, et j’ai hâte de voir tout ça par moi-même !

 

 

 

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J’avais complètement loupé sa chronique (#shameshameshame) mais Claire, du blog La Tête en Claire, a parlé récemment d’un manga fort intrigant : Souvenirs d’Emanon. Et bien sûr, ni une ni deux (bon, plutôt deux semaine après dans les faits), j’ai craqué à mon tour, fortement influencée par son avis positif, les magnifiques illustrations du mangaka, et les conseils du libraire ! (franchement, si même les libraires s’y mettent, comment voulez vous aussi?!)

 


3. Ce qu’il se passe de chouette sur le web


J’ai commencé à regarder cette websérie documentaire sur les coulisses du jeu vidéo. Si le sujet vous intéresse, sachez que chaque épisode vous invite à découvrir les étapes de la conception d’un jeu ainsi que les différents types de métiers qui participent à sa réalisation.


4. Et moi dans tout ça ?


J’ai sautillé comme une puce dès que les premiers rayons de soleil se sont fait sentir ! Même si je préfère l’automne aux autres périodes de l’année, l’hiver a été beaucoup trop long et sombre à mon goût, c’était interminable !

Du coup, les longues balades en forêt se sont multipliées et ça m’a fait un bien fou au moral ! J’en ai profité pour ressortir mon appareil photo et remettre le nez dans les réglages oubliés depuis des années… Oh et j’ai aussi investi dans du matériel d’aquarelle, bien décidée à m’y mettre 🙂 Pour le moment, mes essais ne sont pas toujours très concluants, mais je progresse à petits pas (enfin je crois).

Sur ce, bon mois de mai à tous !

 

Rencontre avec : Balthazar, figure phare de la littérature jeunesse

D’âge indéterminé, toujours vêtu de son éternel bonnet bleu aux longues oreilles, il a fêté ses 20 ans d’existence en 2016, figure dans une cinquantaine d’ouvrages à ce jour et intègre la pédagogie Montessori à son propos : c’est Balthazar !

Récemment mis à l’honneur dans une exposition à la Médiathèque de Moulins (03) jusqu’au 23 juin prochain, j’ai eu envie de vous livrer un petit compte rendu des infos glânées sur place lors de la rencontre avec les mamans de Balthazar !

Brouillons commentés par l’éditeur, crayonnés et illustrations originales sont de la partie dans cette exposition qui revient sur la naissance de Balthazar et de Pépin. Je l’ai trouvée très mignonne et suis restée en admiration plusieurs minutes devant certains dessins. Malgré tout, un peu plus d’explications ou de volumes auraient été les bienvenus (je n’aurais pas appris grand chose si je n’avais pas assisté à la rencontre avec les autrices juste après ça).

La genèse du projet


Balthazar, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre : celle de Marie-Hélène Place et de Caroline Fontaine-Riquier. La première passe une bonne partie de son enfance à Londres, et étudie le stylisme, tandis que la seconde se consacre a une école d’art et se montre désireuse de créer des illustrations de livres pour enfants. Leur parcours respectif les mène au milieu de la mode, notamment chez Cacharel, où elles vont exercer ensemble durant des années.

Confrontée à la dyslexie d’un de ses enfants et sensible à la pédagogie Montessori, Marie-Hélène Place relance alors son amie et c’est ensemble qu’elles montent un dossier pour ce qui sera les débuts de Balthazar et Pépin. Rapidement, les éditions Hatier jeunesse se montrent intéressées par le projet, et encouragent les créatrices à imaginer d’autres histoires : la série des Balthazar est née. 

Balthazar, naissance du personnage


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Ayant entre 3 et 6 ans (même si ce n’est jamais clairement mentionné dans les livres), volontairement non genré, Balthazar représente l’Enfant en général, de manière à ce que chaque lecteur puisse s’y identifier plus facilement.

Il était important qu’il s’agisse d’un héros posé, serein et dôté d’une certaine paix intérieure, de manière à coller avec la pédagogie mise en place par Maria Montessori, sans quoi le propos n’aurait pas été cohérent!

Les autrices ont voulu également voulu le représenter vêtu d’une espèce de costume de super-héros afin qu’il soit reconnaissable d’emblée, même présenté parmi d’autre personnages. Dans la réalité, son petit costume ressemble davantage à une barboteuse, et il quitte rarement son fameux bonnet bleu aux longues oreilles. Ces dernières étant sensées mieux rendre compte de ses émotions : les oreilles tombantes indique une certaine tristesse, alors que sa joie est exprimée par des oreilles relevées. 

Montessori au coeur du propos


Soucieuse de permettre au plus grand nombre d’avoir accès aux bases de la pédagogie Montessori à laquelle elle adhère complètement, Marie-Hélène Place propose des livres d’apprentissage interractifs, reprennant les bases du travail de Maria Montessori : à savoir, favoriser l’autonomie de l’enfant, et le laisser explorer son environnement de manière sensorielle.

Que ce soit dans la collection « Aide-moi à faire seul », première née des aventures de Balthazar ou dans les albums de fiction, chaque histoire se veut respectueuse de la pédagogie Montessori dans l’approche qu’elle propose.

Focus sur « Bébé Balthazar »


En 2014, la collection « Bébé Balthazar » vient compléter l’offre existante. Destinée aux tout-petits, elle offre un format cartonné tout à fait adapté aux petits mains, sans pour autant laisser de côté l’aspect esthétique des ouvrages. Brodés à la main, avec une jolie couverture en carreaux Vichy, leurs illustrations douces et rassurantes ont tout pour séduire (y compris les parents !).

Certains titres incluent des éléments tactiles, puisque c’est un des aspects les plus défendus par Maria Montessori : appréhender son environnement au moyen de ses sens, invitant ainsi l’enfant à être acteur de sa lecture. Au fur et à mesure de son parcours, bébé pourra ainsi toucher pour se rendre compte des choses, rapprocher des situations de bases (la toilette, le repas…) à son propre quotidien, puis saisir complètement l’histoire qui lui est racontée.

Si tous les titres sont très mignons, j’avoue que Ecoute le silence m’a particulièrement séduite ! L’histoire invite l’enfant au calme en prettant attention aux bruits qui l’entoure, ou qu’il produit : frappe dans les mains, battements du coeur, chuchotements, grattement contre du carton ondulé, en finissant par le silence (qui s’écoute lui aussi !).

Une chose est sûre, beaucoup de tendresse se dégage de ces petits livres : ils proposent des moments de concentration et de complicité pour appréhender les choses dans un climat rassurant. Accessibles dès la naissance, ils accompagneront progressivement l’enfant jusqu’à ses 3 ans dans tous les aspects possibles de son quotidien.

Et maintenant ?


Des projets en vue, les autrices en ont des dizaines ! Marie-Helène Place compte bien poursuivre sa série de premières lectures phonétiques dont on peu déjà retrouver deux coffrets dans le commerce :

Le principe ?  Chaque histoire -de niveau de difficulté 1, 2 ou 3- présente un texte court et accessible, joliment illustrés, avec des mots composés uniquement d’un son ou graphème à travailler (le « ch » par exemple). Ainsi, l’enfant ne se trouve pas pas en position de difficulté et peut déchiffrer seul les mots en écriture cursive, tout en découvrant le plaisir de la lecture individuelle. Chaque histoire à venir dans cette collection sera mis en image par un illustrateur différent, sous réserve qu’il/elle accepte de se conformer à l’esprit Montessori dans son travail graphique.

En parallèle de ça, Hatier souhaite continuer à développer les jeux éducatifs basés sur la pédagogie Montessori : il s’agit de coffrets pédagogiques pensés pour stimuler la mémoire mais aussi la concentration et le langage via des cartes thématiques à classer. 


Voilà ce que j’ai pu retenir de cette rencontre très enrichissante (je n’avais pas pensé à  me munir d’un carnet pour prendre des notes, vous pouvez me traiter de blogueuse en carton !) J’espère que cet article vous aura plu et vous donnera envie de découvrir l’univers de Balthazar -pour ma part je suis repartie avec deux albums dédicacés sous le bras, oups!-.

L’atelier des sorciers t.01 : un récit prometteur !

L’Atelier des sorciers t.01; par Kamone Shirahama
Publié chez Pika Editions, 2018

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Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique ! Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Les plus :

Si le début de l’histoire semble assez « cliché » (enfant qui se découvre des capacités particulières, gniagniagnia), le récit ne tarde pas à prendre une direction un peu différente, mettant en avant ses propres codes. Le système de magie, notamment, m’a complètement charmée : nulle baguette nécéssaire à l’accomplissement de sorts, mais seulement un porte-plume et un encrier, puisque les enchantements se dessinent selon un pattern bien précis !

☞ La mangaka réussit, en quelques pages seulement, à poser les bases de son univers magique un peu médiéval, sans pour autant noyer le lecteur sous de multiples informations ! C’est simple et pourtant tellement dépaysant…

☞ Les dessins de Shirahama possèdent un trait très réaliste, elle apporte un soin particulier à ses décors (cette campagne ! 💛), tout en présentant de manière originale ses personnages. Et que dire des découpages hyper dynamiques qui donnent aussi du rythme au récit ?

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©9èmeArt
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©9èmeArt

☞ Le rythme justement, est parfaitement maitrîsé : on a donc le plus grand mal à ne pas dévorer le tome en quelques minutes seulement !

☞ Toutes les précisions relatives à la composition et au tracé des pentagrammes magiques sont fournies, pour le plus grand plaisir du lecteur !

La mangaka soulève des questions intéressantes quant à la pratique de la magie, en particulier sur la question de l’inné et de l’acquis : en principe seuls les personnes nées sorcier.e.s ont des aptitudes et sont capables d’étudier cette science. Mais alors qu’en est-il de Coco ? Est-elle condamnée à pratiquer sans aucun résultat probant ou peut-elle s’améliorer à force de volonté ?

X Les moins :

☞ Une vague impression de « déjà-vu » se dégage de certains passages. Rien de dramatique en soi, Kamone Shirahama proposant une oeuvre suffisamment fraîche et originale.


Il n’y a pas à dire, L’Atelier des sorciers est une jolie mise en bouche ! La mangaka met en place un univers efficace avec ses propres singularités, dont on sent déjà tout le potentiel. Quant à  l’histoire, elle a tout lieu de convenir à un large panel de lecteurs puisqu’on y parle aussi bien de voyage initiatique, que de magie et de sombre complot. Une série à suivre avec attention donc !

Les Geôliers : le roman qui donne l’impression d’un bad trip !

Les Geôliers; de Serge Brussolo
Publié aux Éditions Folio SF, 2017 – 491 pages

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Il y a quinze ans, Debbie Fevertown s’échappait de Dipton après avoir tué sans pitié son mari et ses deux fils. Aujourd’hui, Jillian Caine est engagée par le réalisateur Dieter Jürgen pour écrire le scénario d’un biopic retraçant la vie de la meurtrière.
Jill rencontre des gens qui ont connu Debbie et ont partagé son quotidien, se rend sur les lieux du crime et découvre que la réalité n’est peut-être pas celle que les médias ont décrite à l’époque. Quels mystères recèle l’étrange ville de Dipton ?

 

Lu dans le cadre du Prix Imaginale des bibliothèques, ce roman -ma première découverte de la plume et l’univers de Serge Brussolo- reste à ce jour, je crois, l’expérience de lecture la plus perturbante que j’ai eue ! Le roman m’a interpellée à plusieurs reprises, et même plusieurs jours après l’avoir terminé, je ne suis toujours pas sûre d’avoir les mots pour le qualifier (du coup j’ai truffé cet article de gifs pour que la pilule passe mieux 😉 ).


☞ L’antichambre de l’enfer


« Il connaît la devise des Geôliers : rien ne doit entrer, rien ne doit sortir »

Imaginez une bourgade américaine coupée de tout, en bordure de forêt. Là-bas vous ne trouverez aucun accès internet ou mobile, mais des traditions ancestrâles vis à vis des arbres, et d’étranges bûchers disséminés ça et là en ville. Les habitants protègent farouchement leur communauté très fermée et flirtent avec l’obscurantisme. Ca y est, vous y êtes ? Bienvenue à Dipton ! (Vous restez, non ?)

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On mélange et ça donne ?…du Brussolo !


Du thriller au surnaturel il n’y a qu’un pas, que l’auteur franchit aisément. Les Geôliers est donc un roman hybride que l’on peine à qualifier : une louche de thriller, un soupçon de science-fiction et une bonne pincée de fantastique feraient-elles l’affaire ? 

A ma grande surprise, l’enquête autour du meurtre commis par Debbie Fevertown ne représente au final qu’une partie infime du roman, et Serge Brussolo ne tarde pas à laisser place à l’action : tournage à Dipton, relations tendues avec les locaux jusqu’à ce que tout dérape.

Mais quelle imagination foisonnante ! Sans spoiler quoique ce soit, si vous ouvrez Les Geôliers, vous aurez droit à un discours sur les extraterrestres, à un mystérieux culte autour des arbres, à une communauté étrange coupée du reste du monde, et à des monstres grotesques, rien que ça !

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Une progression contrastée


Si j’ai peiné à m’immerger dans l’histoire, le mystère s’épaissisant autour de Dipton m’a pourtant happée au bout de quelques chapitres. La mise en place peut paraître lente, mais les péripéties ne tardent pas à s’enchaîner, et la tension narrative qui s’installe subtilement est telle que je n’ai pas pu faire marche arrière avant d’avoir le fin mot de l’histoire ! 

Ajoutez à ça l’ambiance lourde -presque malsaine par moments- qui s’insinue au fil des pages, et vous aurez une idée de mon état pendant la lecture :

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☞ Rêve ou réalité ?


Les Geôliers est de ces romans qui mettent à mal la perception du réel ! Si la première partie du roman est la plus réaliste, Serge Brussolo en profite aussi pour nous faire douter de tout… Ainsi, les témoignages recueillis par Jillian dans le cadre de son enquête prennent des allures d’élucubrations de cinglés tandis que le doute s’installe en même temps chez l’héroïne. Délire paranoïaque ou  vérité monstrueuse ? C’est la question qui taraude le lecteur pendant presque 500 pages 😉 

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Ça vous rappelle quelque chose ?

☞ Comportements humains


C’est finalement une belle étude sociale à laquelle nous convie l’auteur : tous les personnages du roman sont surprenants à leur manière, et plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord.

Dieter, par exemple, est certainement le protagoniste le plus loufoque, malsain et fantasque du récit. Il représente à lui seul bon nombre de déviances humaines, et pourtant…

Quant à Jillian, elle gagne sa vie en écrivant : autrement dit elle n’a rien de l’heroïne badass que l’on attendrait dans ce genre d’aventure. Au contraire, elle tient plus de l’héroïne du quotidien à laquelle on s’identifie facilement : ses hésitations la rendent d’autant plus proche du lecteur, lui aussi décontenancé par les évènements.  


☞ ‘tention c’est pas tout rose


Il est temps d’émettre quelques réserves, car vient un moment où le récit en fait un peu trop : des incohérences ressortent, les coups de théâtre sont un peu évidents, et décrédibilisent du même coup certaines situations.

J’aurais aussi aimé en apprendre davantage sur le « fonctionnement » des arbres, certains points restant plutôt obscurs, même si ne gênant pas le récit en soi. (#jechipote)


Les Geôliers ressemble ni plus ni moins à un formidable trip sous acide ! 😀 Original et plutôt réussi, la peur n’y est jamais bien loin et l’ambiance quasi hypnotique du roman a tôt fait de nous faire perdre pied avec la réalité. Une chose est sûre : les promenades en forêt n’auront plus la même saveur désormais !

En bref :
– un mélange des genres qui fait son petit effet
– des personnages moins simplistes qu’en apparence
 ✘ – une longue mise en place un peu décourageante

[Test] A Normal Lost Phone : une aventure narrative dépaysante

On a souvent l’impression que notre vie entière est contenue dans notre téléphone, et c’est quand on l’égare, même momentanément, que l’on se rend compte à quel point c’est un fait avéré ! A Normal Lost Phone arrive à point nommer dans le paysage vidéoludique pour interroger notre rapport à cet appareil du quotidien. 


Enquêteur ou voyeur ?


Le pitch de départ est simple et concis : vous trouvez un téléphone dans la rue, et tachez de découvrir ce qu’il est advenu de son propriétaire en fouillant sans vergogne dans le contenu de l’appareil. Il apparaît vite que Sam -18 ans depuis quelques heures seulement-, a disparu du domicile parental sans crier gare…

Tous les contenus du téléphone sont déblocables au fur et à mesure de votre avancée, ceci dit plusieurs mots de passe sont nécessaires pour accéder à l’ensemble des secrets du jeune homme. Visionnage de photos, lecture de messages et d’échanges par mails, fouille sur différents forums et applications, il vous faudra jouer les détectives (un peu voyeur sur les bords !) pour en apprendre davantage sur la vie de Sam, dans l’espoir de pouvoir lui rendre son bien.

Force est de constater que la narration est impeccable : on a vraiment l’impression d’avoir une liberté totale de mouvement, alors même que l’accès à de nouveaux contenus est prévue dans le scénario au fur et à mesure. 


Le réalisme avant tout


Difficile de ne pas se prendre au jeu quand on constate le réalisme qui se dégage de l’ensemble : tout est crédible, des fautes d’ortographe dissiminées ci et là, aux discussions du quotidien -certaines sans rapport direct avec l’intrigue-. Même la bande son, disponible selon les choix du joueur via une application musicale, colle à l’ambiance et renforce l’immersion. D’ailleurs, les tonalités à la fois douces et nostalgiques m’ont un peu rappelé mon expérience de jeu sur Life is strange.

Le jeu s’avère étonnament prenant et, à priori, vous n’aurez pas besoin de plus de 2 ou 3 heures pour venir à bout de l’aventure. La rejouabilité paraît compliquée dans la mesure ou A Normal Lost Phone perd en intérêt une fois le secret de Sam percé à jour. Une seconde partie n’est cepandant pas inintéressante pour remettre les éléments dans leur contexte, ou mieux appréhender les réactions du jeune homme et de son entourage. Dans tous les cas, au vu du faible coût d’achat, le rapport qualité / durée de vie / immersion me paraît très correct.


Des messages importants


Si A Normal Lost Phone aborde des thématiques adolescentes banales, on découvre rapidement que la vie en apparence bien rangée du jeune Sam est plus complexe et tortueuse qu’elle n’y paraît. Ainsi, le jeu prend un tournant plus sociétal quand la vérité commence à se révéler.

Difficile d’en dire plus sans risquer de tout spoiler, sachez juste qu’il s’agit d’un sujet rarement abordé jusque-là dans les médias, mais que les développeurs ont traité, à mon sens, avec une grande justesse et beaucoup de bienveillance.

Le jeu permet également d’interroger le joueur sur son rapport aux réseaux sociaux, aux traces qu’il laisse en ligne, et la manière dont il gère sa vie privée. Globalement, il y a fort à parier pour que le jeu laisse une trace en vous et vous incite à repenser à tout cela longtemps après la fin de votre partie ! (et on ne va pas se mentir : c’est plutôt bon signe !)


Le portage sur Switch : la bonne idée


Si une version PC du jeu est disponible, je ne saurais que trop vous conseiller d’y jouer plutôt directement sur votre smartphone, ou bien sur la Nintendo Switch si vous avez la chance d’en posséder une.

Et pour cause, l’immersion est bien plus importante si vous vivez l’aventure sur un petit support, similaire au smartphone que vous dénichez dans le jeu ! Le mode nomade de la Switch, en portrait, s’y adapte justement très bien, d’autant plus que vous pourrez utiliser la fonction tactile de l’écran pour naviguer dans l’interface, comme vous le feriez avec un vrai téléphone !


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A Normal Lost Phone
Développeur : Accidental Queens
Genre(s) : Aventure
Sortie : 2017
Disponible sur : Switch, PC, IOS et Android
☞ Sans être le jeu de l’année, A Normal Lost Phone est une expérience rafraîchissante et orginale. Sous ses airs légers, il révèle une vérité plus sensible, et traite aussi bien du passage à l’âge adulte que de la quête de soi, sans jamais porter de jugement. Une chose est certaine : vous ne regarderez plus votre télephone de la même manière ! 😉 
Note : Pour ceux qui en voudraient déjà plus, sachez qu’un deuxième opus (Another Lost Phone: Laura’s Story) a déjà vu le jour sur PC, IOS et Android !