The Promised Neverland t.01 : une mise en bouche intéressante !

The Promised Neverland t.01; par Kaiu Shirai & Posuka Demizu
Publié chez Kazé, 2018

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Emma, Norman et Ray coulent des jours heureux à l’orphelinat Grace Field House. Entourés de leurs petits frères et soeurs, ils s’épanouissent sous l’attention pleine de tendresse de « Maman », qu’ils considérent comme leur véritable mère. Mais tout bascule le soir où ils découvrent l’abominable réalité qui se cache derrière la façade de leur vie paisible ! Ils doivent s’échapper, c’est une question de vie ou de mort !

 

 

Vu l’intensité médiatique autour de ce titre depuis des mois (il existe même un site dédié à la série), j’étais fermement décidée à mettre la main dessus dès sa sortie et j’ai eu bien raison -d’après mon libraire- ! En revanche difficile d’en parler correctement sans prendre le risque de tout spoiler…

On peut dire que ce premier tome lance efficacement l’intrigue, puisque le lecteur est happé dès les premières pages par cette histoire sombre et dérangeante, l’ambiance horrifique étant d’ailleurs contrastée par la naïveté et l’innoncence des enfants présents. Si quelques indices sont dissimulés dans le premier chapitre quant à la nature du fameux secret, je ne m’attendais pas du tout à cette révélation !
Le mangaka regorge de bonnes idées et sait jouer avec nos nerfs : le rythme effréné de ce premier opus annonce une attente infernale en vue des prochains tomes !

Dans une ambiance anxiogène au possible, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage pour Emma, Ray et Norman : ils ont deux mois pour s’échapper de Grace Field House, ou ils mourront.
Très charismatique et attachant, le trio compte parmi les enfants les plus âgés et futés de la structure. Chacun va ainsi apporter une compétence différente, mais complémentaire à ses camarades dans la plannification de leur fuite : Norman, fin stratège, est un peu le génie de l’orphelinat, Ray fait preuve d’un grand sens de l’observation de beaucoup de sang-froid, tandis qu’Emma, plus sentimentaliste, compense par son agilité hors-norme.

Attention, « Maman » n’est pas en reste pour autant ! Glaçante de self control, cette mère de substitution est la reine du poker face ! 

Quant à Posuka Demizu, elle insuffle aux enfants des bouilles rondes et innocentes qui tranchent parfaitement avec l’horreur des « démons ». Le charadesign est très bon et le détail des expressions faciales douloureux de réalisme !

☞ Annoncée comme « la » série révélation de l’année The Promised Neverland se démarque de la production actuelle. Nulle magie ou personnages contrôlant des supers pouvoirs ici, le trio de héros ne peut compter que sur leur intelligence pour parvenir à sauver leur peau ! L’intrigue complexe, l’écriture efficace et les nombreux faux semblants font de ce titre un début de série très enthousiasmant dont on attend impatiemment la suite !

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Les Cancres de Rousseau

Les Cancres de Rousseau ; de Insa Sané
Publié aux Éditions Sarbacane, 2017 – 331 pages

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1994, Sarcelles, Djiraël en est sûr, cette année sera exceptionnelle. Il entre en terminale, dans la même classe que ses potes Sacha, Jazz, Rania et les autres. En plus, la belle Tatiana semble enfin réponde à ses avances… Cerise sur le gâteau, le prof principal, c’est monsieur Fèvre – le seul qui s’intéresse à eux. Bref, c’est parti pour une année d’éclate… sauf que parfois, plus on prévoit les choses, moins elles se passent comme on le pensait.

Un grand merci aux Editions Sarbacane -et particulièrement à Julia- pour l’envoi de ce livre plein de verve !

Si j’ai bien compris, le roman s’inscrit dans un ensemble d’autres textes (Sarcelles-Dakar, Du plomb dans le crâne, Gueule de bois, Daddy est mort…) qui, ensemble, forment la « Comédie Urbaine » de l’auteur. Si chacun met en scène plus ou moins les mêmes personnages, tous les titres peuvent pourtant se lire indépendament les uns des autres.

Ce qui saute d’abord aux yeux dans Les Cancres de Rousseau, c’est la justesse du ton employé. Le texte n’en paraît que plus authentique, Insa Sané usant beaucoup du langage de la rue, sans jamais en faire trop. Avant de se mettre à écrire, l’auteur a fréquenté le monde de la musique, et cela se sent dans la manière qu’il a d’insuffler à son texte des airs de slam par moments ! C’est donc avec un réel  plaisir que le roman peut se lire, mais aussi se laisser écouter à voix haute : prêtez-vous à l’exercice, ça change tout !

Côté personnages, j’ai complètement craqué pour Djiraël ! Sa langue bien pendue, son humour ravageur et son côté irrévérencieux en font un narrateur génial. Cette dernière année de lycée pour lui et ses potes, c’est l’occasion où jamais d’être heureux ensemble, d’exister ensemble, et il a tout prévu pour que ce soit grand, que ce soit grisant et à la hauteur de leurs espérances.

« Pour moi… ça ne signifiait rien, à vrai dire. Rien si tous ces enfoirés n’étaient plus à mes côtés ! En revanche cette année restait ma dernière chance de faire enfin tourner la roue dans mon sens, le bon. Car s’il est vrai que l’homme n’est que poussière d’étoiles, je voulais croire que nous, les cancres de Rousseau, étions nés pour briller -un jour. »

A côté de ça, c’est aussi sa fragilité qui le rend si accessible. Au fil des pages, sa carapace se fissure et laisse entrevoir la personne qu’il aimerait devenir, mais dont les choix et leurs conséquences sont incertains.

Force est de constater que ce n’est pas le seul personnage auquel on s’attache irrémédiablement. Toute sa petite bande m’a fait le même effet, sans doute parce qu’ils sont tous imparfaits à leur manière : les failles et les espoirs de chacun se révèlent petit à petit, leur offrant plus de profondeur.

Le roman se fait le reflet véritable d’une réalité sociale trop souvent représentée de manière clichée (mais si, tu sais bien : les voitures crâmées, la violence et les drogues omniprésentes etc.). Allez, on éteint le JT deux minutes et on découvre se dont il est vraiment question ici. Parce qu’au delà de ce qu’on pense, être fils/fille d’immigré en France aujourd’hui c’est surtout :

– subir les railleries du corps enseignant et ne pas être pris au sérieux : big up à Monsieur Fèvre, le seul professeur qui ne les prend pas pour des quiches et s’intéressent véritablement à eux.
– être fréquemment arrêté par la police pour « contrôle de routine », juste parce que ta tête ne leur revient pas
– se voir refuser l’entrée d’un resto ou établissement un peu chic parce que tu ne corresponds pas au standing de l’établissement (autrement dit tu fais trop racaille !)

Bien que l’intrigue se déroule au début des années 1990 (ce dont je ne m’étais pas aperçue, n’ayant pas lu la quatrième de couverture !), le propos s’avère complètement d’actualité et c’est pour moi un raison suffisante pour se plonger dans le roman !

Mais Les Cancres de Rousseau, c’est aussi un roman sur l’adolescence, ses espoirs, ses doutes et ses angoisses. Toute la bande de Djiraël se bat pour son futur et bouillonne d’une furieuse envie de vivre.

☞ Pas de doute, Insa Sané signe un roman pertinent et authentique, dénué des clichés habituels sur la banlieue, accompagné de personnages porteurs de grandes valeurs. Avec un rythme enlevé et beaucoup de justesse et d’humour, il livre un message fort qui permet au lecteur de remettre en perspective beaucoup de ses préjugés.

 

Rencontre avec : Balthazar, figure phare de la littérature jeunesse

D’âge indéterminé, toujours vêtu de son éternel bonnet bleu aux longues oreilles, il a fêté ses 20 ans d’existence en 2016, figure dans une cinquantaine d’ouvrages à ce jour et intègre la pédagogie Montessori à son propos : c’est Balthazar !

Récemment mis à l’honneur dans une exposition à la Médiathèque de Moulins (03) jusqu’au 23 juin prochain, j’ai eu envie de vous livrer un petit compte rendu des infos glânées sur place lors de la rencontre avec les mamans de Balthazar !

Brouillons commentés par l’éditeur, crayonnés et illustrations originales sont de la partie dans cette exposition qui revient sur la naissance de Balthazar et de Pépin. Je l’ai trouvée très mignonne et suis restée en admiration plusieurs minutes devant certains dessins. Malgré tout, un peu plus d’explications ou de volumes auraient été les bienvenus (je n’aurais pas appris grand chose si je n’avais pas assisté à la rencontre avec les autrices juste après ça).

La genèse du projet


Balthazar, c’est d’abord l’histoire d’une rencontre : celle de Marie-Hélène Place et de Caroline Fontaine-Riquier. La première passe une bonne partie de son enfance à Londres, et étudie le stylisme, tandis que la seconde se consacre a une école d’art et se montre désireuse de créer des illustrations de livres pour enfants. Leur parcours respectif les mène au milieu de la mode, notamment chez Cacharel, où elles vont exercer ensemble durant des années.

Confrontée à la dyslexie d’un de ses enfants et sensible à la pédagogie Montessori, Marie-Hélène Place relance alors son amie et c’est ensemble qu’elles montent un dossier pour ce qui sera les débuts de Balthazar et Pépin. Rapidement, les éditions Hatier jeunesse se montrent intéressées par le projet, et encouragent les créatrices à imaginer d’autres histoires : la série des Balthazar est née. 

Balthazar, naissance du personnage


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Ayant entre 3 et 6 ans (même si ce n’est jamais clairement mentionné dans les livres), volontairement non genré, Balthazar représente l’Enfant en général, de manière à ce que chaque lecteur puisse s’y identifier plus facilement.

Il était important qu’il s’agisse d’un héros posé, serein et dôté d’une certaine paix intérieure, de manière à coller avec la pédagogie mise en place par Maria Montessori, sans quoi le propos n’aurait pas été cohérent!

Les autrices ont voulu également voulu le représenter vêtu d’une espèce de costume de super-héros afin qu’il soit reconnaissable d’emblée, même présenté parmi d’autre personnages. Dans la réalité, son petit costume ressemble davantage à une barboteuse, et il quitte rarement son fameux bonnet bleu aux longues oreilles. Ces dernières étant sensées mieux rendre compte de ses émotions : les oreilles tombantes indique une certaine tristesse, alors que sa joie est exprimée par des oreilles relevées. 

Montessori au coeur du propos


Soucieuse de permettre au plus grand nombre d’avoir accès aux bases de la pédagogie Montessori à laquelle elle adhère complètement, Marie-Hélène Place propose des livres d’apprentissage interractifs, reprennant les bases du travail de Maria Montessori : à savoir, favoriser l’autonomie de l’enfant, et le laisser explorer son environnement de manière sensorielle.

Que ce soit dans la collection « Aide-moi à faire seul », première née des aventures de Balthazar ou dans les albums de fiction, chaque histoire se veut respectueuse de la pédagogie Montessori dans l’approche qu’elle propose.

Focus sur « Bébé Balthazar »


En 2014, la collection « Bébé Balthazar » vient compléter l’offre existante. Destinée aux tout-petits, elle offre un format cartonné tout à fait adapté aux petits mains, sans pour autant laisser de côté l’aspect esthétique des ouvrages. Brodés à la main, avec une jolie couverture en carreaux Vichy, leurs illustrations douces et rassurantes ont tout pour séduire (y compris les parents !).

Certains titres incluent des éléments tactiles, puisque c’est un des aspects les plus défendus par Maria Montessori : appréhender son environnement au moyen de ses sens, invitant ainsi l’enfant à être acteur de sa lecture. Au fur et à mesure de son parcours, bébé pourra ainsi toucher pour se rendre compte des choses, rapprocher des situations de bases (la toilette, le repas…) à son propre quotidien, puis saisir complètement l’histoire qui lui est racontée.

Si tous les titres sont très mignons, j’avoue que Ecoute le silence m’a particulièrement séduite ! L’histoire invite l’enfant au calme en prettant attention aux bruits qui l’entoure, ou qu’il produit : frappe dans les mains, battements du coeur, chuchotements, grattement contre du carton ondulé, en finissant par le silence (qui s’écoute lui aussi !).

Une chose est sûre, beaucoup de tendresse se dégage de ces petits livres : ils proposent des moments de concentration et de complicité pour appréhender les choses dans un climat rassurant. Accessibles dès la naissance, ils accompagneront progressivement l’enfant jusqu’à ses 3 ans dans tous les aspects possibles de son quotidien.

Et maintenant ?


Des projets en vue, les autrices en ont des dizaines ! Marie-Helène Place compte bien poursuivre sa série de premières lectures phonétiques dont on peu déjà retrouver deux coffrets dans le commerce :

Le principe ?  Chaque histoire -de niveau de difficulté 1, 2 ou 3- présente un texte court et accessible, joliment illustrés, avec des mots composés uniquement d’un son ou graphème à travailler (le « ch » par exemple). Ainsi, l’enfant ne se trouve pas pas en position de difficulté et peut déchiffrer seul les mots en écriture cursive, tout en découvrant le plaisir de la lecture individuelle. Chaque histoire à venir dans cette collection sera mis en image par un illustrateur différent, sous réserve qu’il/elle accepte de se conformer à l’esprit Montessori dans son travail graphique.

En parallèle de ça, Hatier souhaite continuer à développer les jeux éducatifs basés sur la pédagogie Montessori : il s’agit de coffrets pédagogiques pensés pour stimuler la mémoire mais aussi la concentration et le langage via des cartes thématiques à classer. 


Voilà ce que j’ai pu retenir de cette rencontre très enrichissante (je n’avais pas pensé à  me munir d’un carnet pour prendre des notes, vous pouvez me traiter de blogueuse en carton !) J’espère que cet article vous aura plu et vous donnera envie de découvrir l’univers de Balthazar -pour ma part je suis repartie avec deux albums dédicacés sous le bras, oups!-.

L’atelier des sorciers t.01 : un récit prometteur !

L’Atelier des sorciers t.01; par Kamone Shirahama
Publié chez Pika Editions, 2018

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Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique ! Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Les plus :

Si le début de l’histoire semble assez « cliché » (enfant qui se découvre des capacités particulières, gniagniagnia), le récit ne tarde pas à prendre une direction un peu différente, mettant en avant ses propres codes. Le système de magie, notamment, m’a complètement charmée : nulle baguette nécéssaire à l’accomplissement de sorts, mais seulement un porte-plume et un encrier, puisque les enchantements se dessinent selon un pattern bien précis !

☞ La mangaka réussit, en quelques pages seulement, à poser les bases de son univers magique un peu médiéval, sans pour autant noyer le lecteur sous de multiples informations ! C’est simple et pourtant tellement dépaysant…

☞ Les dessins de Shirahama possèdent un trait très réaliste, elle apporte un soin particulier à ses décors (cette campagne ! 💛), tout en présentant de manière originale ses personnages. Et que dire des découpages hyper dynamiques qui donnent aussi du rythme au récit ?

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©9èmeArt
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©9èmeArt

☞ Le rythme justement, est parfaitement maitrîsé : on a donc le plus grand mal à ne pas dévorer le tome en quelques minutes seulement !

☞ Toutes les précisions relatives à la composition et au tracé des pentagrammes magiques sont fournies, pour le plus grand plaisir du lecteur !

La mangaka soulève des questions intéressantes quant à la pratique de la magie, en particulier sur la question de l’inné et de l’acquis : en principe seuls les personnes nées sorcier.e.s ont des aptitudes et sont capables d’étudier cette science. Mais alors qu’en est-il de Coco ? Est-elle condamnée à pratiquer sans aucun résultat probant ou peut-elle s’améliorer à force de volonté ?

X Les moins :

☞ Une vague impression de « déjà-vu » se dégage de certains passages. Rien de dramatique en soi, Kamone Shirahama proposant une oeuvre suffisamment fraîche et originale.


Il n’y a pas à dire, L’Atelier des sorciers est une jolie mise en bouche ! La mangaka met en place un univers efficace avec ses propres singularités, dont on sent déjà tout le potentiel. Quant à  l’histoire, elle a tout lieu de convenir à un large panel de lecteurs puisqu’on y parle aussi bien de voyage initiatique, que de magie et de sombre complot. Une série à suivre avec attention donc !

Les Geôliers : le roman qui donne l’impression d’un bad trip !

Les Geôliers; de Serge Brussolo
Publié aux Éditions Folio SF, 2017 – 491 pages

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Il y a quinze ans, Debbie Fevertown s’échappait de Dipton après avoir tué sans pitié son mari et ses deux fils. Aujourd’hui, Jillian Caine est engagée par le réalisateur Dieter Jürgen pour écrire le scénario d’un biopic retraçant la vie de la meurtrière.
Jill rencontre des gens qui ont connu Debbie et ont partagé son quotidien, se rend sur les lieux du crime et découvre que la réalité n’est peut-être pas celle que les médias ont décrite à l’époque. Quels mystères recèle l’étrange ville de Dipton ?

 

Lu dans le cadre du Prix Imaginale des bibliothèques, ce roman -ma première découverte de la plume et l’univers de Serge Brussolo- reste à ce jour, je crois, l’expérience de lecture la plus perturbante que j’ai eue ! Le roman m’a interpellée à plusieurs reprises, et même plusieurs jours après l’avoir terminé, je ne suis toujours pas sûre d’avoir les mots pour le qualifier (du coup j’ai truffé cet article de gifs pour que la pilule passe mieux 😉 ).


☞ L’antichambre de l’enfer


« Il connaît la devise des Geôliers : rien ne doit entrer, rien ne doit sortir »

Imaginez une bourgade américaine coupée de tout, en bordure de forêt. Là-bas vous ne trouverez aucun accès internet ou mobile, mais des traditions ancestrâles vis à vis des arbres, et d’étranges bûchers disséminés ça et là en ville. Les habitants protègent farouchement leur communauté très fermée et flirtent avec l’obscurantisme. Ca y est, vous y êtes ? Bienvenue à Dipton ! (Vous restez, non ?)

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On mélange et ça donne ?…du Brussolo !


Du thriller au surnaturel il n’y a qu’un pas, que l’auteur franchit aisément. Les Geôliers est donc un roman hybride que l’on peine à qualifier : une louche de thriller, un soupçon de science-fiction et une bonne pincée de fantastique feraient-elles l’affaire ? 

A ma grande surprise, l’enquête autour du meurtre commis par Debbie Fevertown ne représente au final qu’une partie infime du roman, et Serge Brussolo ne tarde pas à laisser place à l’action : tournage à Dipton, relations tendues avec les locaux jusqu’à ce que tout dérape.

Mais quelle imagination foisonnante ! Sans spoiler quoique ce soit, si vous ouvrez Les Geôliers, vous aurez droit à un discours sur les extraterrestres, à un mystérieux culte autour des arbres, à une communauté étrange coupée du reste du monde, et à des monstres grotesques, rien que ça !

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Une progression contrastée


Si j’ai peiné à m’immerger dans l’histoire, le mystère s’épaissisant autour de Dipton m’a pourtant happée au bout de quelques chapitres. La mise en place peut paraître lente, mais les péripéties ne tardent pas à s’enchaîner, et la tension narrative qui s’installe subtilement est telle que je n’ai pas pu faire marche arrière avant d’avoir le fin mot de l’histoire ! 

Ajoutez à ça l’ambiance lourde -presque malsaine par moments- qui s’insinue au fil des pages, et vous aurez une idée de mon état pendant la lecture :

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☞ Rêve ou réalité ?


Les Geôliers est de ces romans qui mettent à mal la perception du réel ! Si la première partie du roman est la plus réaliste, Serge Brussolo en profite aussi pour nous faire douter de tout… Ainsi, les témoignages recueillis par Jillian dans le cadre de son enquête prennent des allures d’élucubrations de cinglés tandis que le doute s’installe en même temps chez l’héroïne. Délire paranoïaque ou  vérité monstrueuse ? C’est la question qui taraude le lecteur pendant presque 500 pages 😉 

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Ça vous rappelle quelque chose ?

☞ Comportements humains


C’est finalement une belle étude sociale à laquelle nous convie l’auteur : tous les personnages du roman sont surprenants à leur manière, et plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord.

Dieter, par exemple, est certainement le protagoniste le plus loufoque, malsain et fantasque du récit. Il représente à lui seul bon nombre de déviances humaines, et pourtant…

Quant à Jillian, elle gagne sa vie en écrivant : autrement dit elle n’a rien de l’heroïne badass que l’on attendrait dans ce genre d’aventure. Au contraire, elle tient plus de l’héroïne du quotidien à laquelle on s’identifie facilement : ses hésitations la rendent d’autant plus proche du lecteur, lui aussi décontenancé par les évènements.  


☞ ‘tention c’est pas tout rose


Il est temps d’émettre quelques réserves, car vient un moment où le récit en fait un peu trop : des incohérences ressortent, les coups de théâtre sont un peu évidents, et décrédibilisent du même coup certaines situations.

J’aurais aussi aimé en apprendre davantage sur le « fonctionnement » des arbres, certains points restant plutôt obscurs, même si ne gênant pas le récit en soi. (#jechipote)


Les Geôliers ressemble ni plus ni moins à un formidable trip sous acide ! 😀 Original et plutôt réussi, la peur n’y est jamais bien loin et l’ambiance quasi hypnotique du roman a tôt fait de nous faire perdre pied avec la réalité. Une chose est sûre : les promenades en forêt n’auront plus la même saveur désormais !

En bref :
– un mélange des genres qui fait son petit effet
– des personnages moins simplistes qu’en apparence
 ✘ – une longue mise en place un peu décourageante

J’ai égaré la lune 🌜

J’ai égaré la lune; de Erwan Ji
Publié aux Éditions Nathan, 2018 – 364 pages

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Quand j’étais petite, j’imaginais ma vie à vingt ans. J’irais à la fac à New York, je partagerais une petite chambre avec une coloc râleuse, et mon copain m’appellerait chérie.

Je viens d’avoir vingt ans. Je vais à la fac à Tokyo, je partage une grande maison avec six colocs géniaux, et ma copine m’appelle ma petite otarie.

Alors oui, je suis peut-être pas très forte en imagination de vie. Mais tu sais quoi ? C’est pas grave. La vie, c’est comme une blague. C’est plus rigolo quand t’as pas deviné la fin.

 

Souvenez-vous, il y a quasiment un an, je vous cassais les pieds h24 pour vous convaincre de lire J’ai avalé un arc-en-ciel parce que c’était « trop génial » et qu’on avait « jamais lu quelque chose de similaire avant ». Eh bien la sortie du deuxième roman d’Erwan Ji est l’occasion de réitérer mon appel 😀 Grâce aux Editions Nathan (et à l’auteur !) j’ai pu découvrir J’ai égaré la lune avant sa parution, et tout ce que je peux en dire c’est : 

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☞ On prend les mêmes et on recommence !


La brève introduction donne le ton, on retrouve Puce deux ans après le début de J’ai avalé un arc-en-ciel (JAUAEC, pour que vous suiviez), prête à reprendre du service sur son blog. Rien n’a changé, ou presque : on s’apprête à suivre les pérégrinations de Puce et Aiden à Tokyo, où elles vont vivre plusieurs mois dans le cadre d’un échange universitaire. 

Encore une fois, le ton cocasse et si particulier de Puce en fait une héroïne que l’on adore dès les premières lignes. Rajoutez à cela l’emploi du tutoiement, et vous aurez l’impression de la connaître depuis toujours ! (c’est d’autant plus vrai quand vous avez lu JAUAEC avant, mais forcément vous l’avez lu ! Non ?…)

« La vie ce n’est pas attendre que les orages passent, c’est apprendre
à danser sous la pluie. »


☞ Auberge espagnole à la japonaise


Avec un humour incomparable et des opinions très affirmées, Puce décrit son quotidien japonais et nous enchante de ses bourdes linguistiques ! Il faut dire qu’elle se retrouve perdue en terre étrangère, quasiment livrée à elle-même : handicapée par une langue qu’elle ne parle pas, elle expérimente diverses petites galères administratives qui feront certainement sourire les gens ayant déjà vécu une expérience d’expatrié !

D’ailleurs, l’immense colocation que déniche la jeune fille aux côtés de six autres personnes aux nationalités variées (Américains, Coréens, Philippins, Grecs, Français…) n’est pas sans rappeler le film « L’auberge espagnole ». La diversité culturelle de ses camarades de maison est d’ailleurs souvent source de débat ou d’anecdotes amusantes au fil des chapitres.


☞ Bienvenue au Japon !


Les explications relatives aux différences linguistiques participaient au charme de JAUAEC, et Erwan Ji reprend le même principe dans son nouveau roman. Sachant qu’il a lui-même vécu au Japon, l’expérience de lecture est d’autant plus réaliste ! 

Si comme moi la culture japonaise vous est totalement inconnue, vous aurez donc le plaisir de découvrir l’existence des konbinis, des love hotels, ou encore des chikan (l’équivalent des pervers qui sévissent dans les transports en commun). Vous apprendrez également fonctionnement les Japonais adoptent pour leur système d’écriture, et vous serez (peut-être comme moi) abasourdis de voir que Tokyo met à disposition des wagons réservés aux femmes aux heures de pointe, pour leur éviter de se retrouver confrontées à des chickans !

En parallèle de ça, Puce analyse toujours certains termes anglais, et se confie sur la difficulté relative à penser en plusieurs langues, ce qui lui mélange parfois un peu les pinceaux. 


☞ Vivre, tout de suite


Ce séjour au Japon, c’est aussi l’occasion, pour notre héroïne, de s’interroger sur le sens de la vie, de réfléchir à ses envies et à son futur. On suit le cheminement de ses réflexions existentielles, et j’ai trouvé qu’elle abordait parfois des sujets étonnamment matures pour son âge.

On dit souvent que les voyages forment la jeunesse, mais l’expression n’a jamais pris autant de sens qu’avec le personnage de Puce !

« De retour aux Etats-Unis, j’avais eu l’impression d’aller à l’étranger, et en revenant au Japon, de rentrer à la maison. Je pensais qu’un échange international signifiait s’accommoder de ne pas être chez soi pendant neuf mois, en fait c’est pas ça du tout. Vivre dans un autre pays, c’est apprendre à se sentir chez soi ailleurs. »

☞ Erwan Ji continue sur sa lancée et offre une excellente suite à JAUAEC ! Dans la même veine que le film « L’auberge espagnole », il propose un récit de vie d’une grande sensibilité, dans lequel Puce expérimente les doutes de cette période transitoire à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte. J’ai égaré la lune fait partie de ces bulles de bonheur desquelles on aimerait ne jamais sortir tant les personnages paraissent  authentiques et touchants. 

En bref :
– le regard franc de Puce sur son environnement
– un humour omniprésent
– des tonnes d’anecdotes relatives à la culture japonaise
– des pistes de réflexion sur la vie après la mort ou la manière d’envisager sa vie…

I hate Fairyland

I hate Fairyland; par Skottie Young
Publié chez Urban Comics Editions, 2017

Gertrude, petite fille au tempérament de feu, se retrouve subitement aspirée par sa moquette de la chambre, prisonnière du monde magique de Fairyland. Vingt-sept longues années de captivité et de bain de sang durant lesquelles sa seule motivation a été de rentrer chez elle. Bienvenue au royaume de la reine Claudia, des hommes-champignon, des faunes zombies et des haches géantes. Bienvenue à Fairyland. 

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Si vous suivez ce blog depuis quelques temps déjà, vous aurez remarqué que les comics y sont sous-représentés : et pour cause, j’en lis très peu. Pourtant, dès que j’ai croisé la bouille de Gertrude en librairie, j’ai su qu’entre nous ça aller matcher !

J’ai apprécié :

☞ La couverture donne complètement le ton : l’univers de la série est trash à souhait, complètement barré (si vous avez appréciez la série Dirk Gently sur Netflix, je pense que ce comics saura vous séduire). Que ce soit grâce aux remarques du duo Gertrude/Larry, ou à l’absurde de certaines situations, on ne s’ennuie pas une seule seconde !

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J’avais prévenu pour le côté trash…

☞ Le personnage de Gertrude est absolument délicieux ! Les années d’enfermement ont eu un effet plutôt néfaste sur l’esprit de la petite fille : elle s’est peu à peu transformée en monstre sanguinaire et imprévisible, avec une nette tendance à régler les situations conflictuelles à coups de hache. Vous voilà avertis !

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☞ L’auteur se permet de placer quelques figures phares des contes pour enfants en les rendant plus loufoques et cruels. Il faudra décidément une bonne dose de second degré pour apprécier I hate Fairyland !

☞ Graphiquement, tout est à l’image de l’univers mis en place : exagéré et loufoque. Skottie Young donne dans les couleurs pétantes et ses personnages prennent des allures cartoonesques, tandis qu’il dissimule de multiples détails et clins d’œil dans ses planches. Le découpage et la variété des plans utilisés donne à l’ensemble une dynamique intéressante. 

J’ai moins aimé :

☞ Le scénario s’avère un peu faible et répétitif. J’espère vraiment un renouvellement pour le troisième opus !

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Force est de constater que l’intérêt de la série vient surtout de l’univers acidulé et de l’humour noir omniprésent, avec quelques faiblesses au niveau scénaristique. A l’aide d’un travail graphique extraordinaire, Skottie Young propose une histoire irrévérencieuse, qui désacralise totalement le monde des contes de fées.