J’ai égaré la lune 🌜

J’ai égaré la lune; de Erwan Ji
Publié aux Éditions Nathan, 2018 – 364 pages

JaiEgareLaLune_CV-632x924
Quand j’étais petite, j’imaginais ma vie à vingt ans. J’irais à la fac à New York, je partagerais une petite chambre avec une coloc râleuse, et mon copain m’appellerait chérie.

Je viens d’avoir vingt ans. Je vais à la fac à Tokyo, je partage une grande maison avec six colocs géniaux, et ma copine m’appelle ma petite otarie.

Alors oui, je suis peut-être pas très forte en imagination de vie. Mais tu sais quoi ? C’est pas grave. La vie, c’est comme une blague. C’est plus rigolo quand t’as pas deviné la fin.

 

Souvenez-vous, il y a quasiment un an, je vous cassais les pieds h24 pour vous convaincre de lire J’ai avalé un arc-en-ciel parce que c’était « trop génial » et qu’on avait « jamais lu quelque chose de similaire avant ». Eh bien la sortie du deuxième roman d’Erwan Ji est l’occasion de réitérer mon appel 😀 Grâce aux Editions Nathan (et à l’auteur !) j’ai pu découvrir J’ai égaré la lune avant sa parution, et tout ce que je peux en dire c’est : 

coupdecoeur


☞ On prend les mêmes et on recommence !


La brève introduction donne le ton, on retrouve Puce deux ans après le début de J’ai avalé un arc-en-ciel (JAUAEC, pour que vous suiviez), prête à reprendre du service sur son blog. Rien n’a changé, ou presque : on s’apprête à suivre les pérégrinations de Puce et Aiden à Tokyo, où elles vont vivre plusieurs mois dans le cadre d’un échange universitaire. 

Encore une fois, le ton cocasse et si particulier de Puce en fait une héroïne que l’on adore dès les premières lignes. Rajoutez à cela l’emploi du tutoiement, et vous aurez l’impression de la connaître depuis toujours ! (c’est d’autant plus vrai quand vous avez lu JAUAEC avant, mais forcément vous l’avez lu ! Non ?…)

« La vie ce n’est pas attendre que les orages passent, c’est apprendre
à danser sous la pluie. »


☞ Auberge espagnole à la japonaise


Avec un humour incomparable et des opinions très affirmées, Puce décrit son quotidien japonais et nous enchante de ses bourdes linguistiques ! Il faut dire qu’elle se retrouve perdue en terre étrangère, quasiment livrée à elle-même : handicapée par une langue qu’elle ne parle pas, elle expérimente diverses petites galères administratives qui feront certainement sourire les gens ayant déjà vécu une expérience d’expatrié !

D’ailleurs, l’immense colocation que déniche la jeune fille aux côtés de six autres personnes aux nationalités variées (Américains, Coréens, Philippins, Grecs, Français…) n’est pas sans rappeler le film « L’auberge espagnole ». La diversité culturelle de ses camarades de maison est d’ailleurs souvent source de débat ou d’anecdotes amusantes au fil des chapitres.


☞ Bienvenue au Japon !


Les explications relatives aux différences linguistiques participaient au charme de JAUAEC, et Erwan Ji reprend le même principe dans son nouveau roman. Sachant qu’il a lui-même vécu au Japon, l’expérience de lecture est d’autant plus réaliste ! 

Si comme moi la culture japonaise vous est totalement inconnue, vous aurez donc le plaisir de découvrir l’existence des konbinis, des love hotels, ou encore des chikan (l’équivalent des pervers qui sévissent dans les transports en commun). Vous apprendrez également fonctionnement les Japonais adoptent pour leur système d’écriture, et vous serez (peut-être comme moi) abasourdis de voir que Tokyo met à disposition des wagons réservés aux femmes aux heures de pointe, pour leur éviter de se retrouver confrontées à des chickans !

En parallèle de ça, Puce analyse toujours certains termes anglais, et se confie sur la difficulté relative à penser en plusieurs langues, ce qui lui mélange parfois un peu les pinceaux. 


☞ Vivre, tout de suite


Ce séjour au Japon, c’est aussi l’occasion, pour notre héroïne, de s’interroger sur le sens de la vie, de réfléchir à ses envies et à son futur. On suit le cheminement de ses réflexions existentielles, et j’ai trouvé qu’elle abordait parfois des sujets étonnamment matures pour son âge.

On dit souvent que les voyages forment la jeunesse, mais l’expression n’a jamais pris autant de sens qu’avec le personnage de Puce !

« De retour aux Etats-Unis, j’avais eu l’impression d’aller à l’étranger, et en revenant au Japon, de rentrer à la maison. Je pensais qu’un échange international signifiait s’accommoder de ne pas être chez soi pendant neuf mois, en fait c’est pas ça du tout. Vivre dans un autre pays, c’est apprendre à se sentir chez soi ailleurs. »

☞ Erwan Ji continue sur sa lancée et offre une excellente suite à JAUAEC ! Dans la même veine que le film « L’auberge espagnole », il propose un récit de vie d’une grande sensibilité, dans lequel Puce expérimente les doutes de cette période transitoire à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte. J’ai égaré la lune fait partie de ces bulles de bonheur desquelles on aimerait ne jamais sortir tant les personnages paraissent  authentiques et touchants. 

En bref :
– le regard franc de Puce sur son environnement
– un humour omniprésent
– des tonnes d’anecdotes relatives à la culture japonaise
– des pistes de réflexion sur la vie après la mort ou la manière d’envisager sa vie…

Publicités

Deux romans feel-good coup de cœur ♥

C’est parti pour un petit « 2 en 1 », ni vu, ni connu ! J’ai récemment lu ces deux publications young-adult, et leur ai trouvé quelques airs de ressemblance (notamment le fait de faire tellement de bien au moral qu’ils devraient être remboursé par la Sécu !)

La Fourmi rouge; de Emilie Chazerand
Publié aux Éditions Sarbacane, 2017 – 256 pages

cvt_la-fourmi-rouge_4856

 

Vania Studel a quinze ans. Pour elle, la vie ne semble être qu’une succession d’épreuves où chacun est condamné à n’être personne. 
Entre sa mère morte lorsqu’elle avait huit ans, son père taxidermiste farfelu et ses relations difficiles avec ses camarades, elle se voit comme une malheureuse fourmi parmi d’autres. Mais un jour, elle reçoit un courriel anonyme qui lui révèle toute son originalité. 

 

Comme à chaque fois, il me tardait de découvrir le dernier cru Exprim’, et comme à chaque fois, j’ai bien fait de me jeter dessus dès sa sortie ! La fourmi rouge se présente comme un genre d’ovni littéraire que j’ai dévoré en quelques heures et relu dans la foulée (ouais, il y a des bouquins comme ça). Depuis, je crois qu’il passe en premier dans mon top 3 des romans Exprim’, c’est dire !

L’adolescence n’est clairement pas la meilleure période de la vie et il y a de quoi angoisser. Mais Vania, 15 ans, a des raisons supplémentaires de se faire du soucis : un défaut physique, un prénom qui laisse à désirer, et un paternel des plus farfelus, ça ne rend pas le quotidien plus facile ! Heureusement, l’autodérision est reine dans ce roman, détournant ainsi les complexes, les souffrances et la différence que l’on peut ressentir à cet âge-là. 

L’auteure nous livre une galerie de personnages particulièrement loufoques et attachants, qui ont tous un petit plus à apporter au récit. J’ai apprécié chacune de leur fêlure, cela les rend d’autant plus réalistes à mes yeux et apporte une vraie émotion au roman.

« On tirait des plans sur des tas de comètes qui ne traversaient jamais nos ciels bas de plafond. »

Le ton est vif, plein de piquant, donnant au texte un rythme enlevé : c’est simple, on ne s’ennuie jamais avec Vania et son entourage ! (ce qui explique sûrement que je me sois marrée comme une baleine en le lisant) Ceci dit, si la majorité du roman est tourné vers l’humour, Emilie Chazerand nous offre aussi quelques beaux moments d’émotion. 

Pour moi, La Fourmi rouge est le digne héritier des Petites reines de Clémentine Beauvais, et se rapproche de Je suis ton soleil de Marie Pavlenko, dont le pitch et le traitement des thèmes difficiles est assez similaire. Vraie bouffée d’air frais abordant des sujets parfois douloureux, c’est l’un des romans de la rentrée à ne pas rater !


Je suis ton soleil; de Marie Pavlenko
Publié aux Editions Flammarion jeunesse, 2017 – 466 pages

61pzcvixqal


Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s’acharne à les dévorer. Mais ce n’est pas le pire, non.

Le pire, est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d’une inconnue aux longs cheveux bouclés ?

Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l’aide, des amis, du courage et beaucoup d’humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

J’ai littéralement dévoré cette histoire en quelques heures, tant je me suis retrouvée happée par les personnages si attachants et fragiles, l’humour grinçant qui se détache de l’ensemble, et la plume rythmée de l’auteure !

La grande force du roman, c’est évidemment Deborah, dont on suit les pensées intimes tout du long. Un brin désabusée, courageuse et pleine d’humour, elle partage de manière pertinente les aléas de son quotidien.

Je vais finir vieille fille. Sur ma tombe, on lira :
« Ci-gît Déborah, la fille qui aimait les grenouilles. Las, aucune n’eut la décence de se transformer en prince charmant. »

Oui, parce que depuis la rentrée, on peut dire que le théorème de la scoumoune (#lapoisse) n’y va pas de main morte ! Jugez plutôt : sa mère, dépressive notoire, se met à découper frénétiquement des magazines, son père a élu domicile à son travail, et Isidore, son tocard de chien, mordille toutes les paires de chaussures de la maisonnée. Pas brillant hein ?

Isidore, portrait d’un héros :

« C’est l’angoisse ce chien. Un mélange improbable de Droopy en fin de vie, Beethoven (le chien, pas le compositeur) atteint de psoriasis, et Milou passé entre les mains d’une esthéticienne sous acide. »

On suit donc Deborah sur toute son année de terminale, un peu à la manière d’un journal du quotidien. Nous sont alors exposées ses relations parfois complexes avec les adultes qui l’entourent, ce qui permet de jauger le caractère de chacun et d’en découvrir davantage sur leur passé, parfois douloureux. Heureusement, pour l’accompagner dans ses déboires, elle peux compter sur sa copine Éloïse, reine des crusheuses en série, ainsi que de Jamal et Victor, les nouveaux potes de cette rentrée haute en couleur.

 Jamal, ou le don de désamorcer les situations conflictuelles :

« Cependant, Mygale-man n’a pas dit son dernier mot .
– Je ne sais pas de quoi vous parler , mais une chose est sûre : oui , je suis son petit ami. Quand ce magnifique chien aura terminé sa besogne, nous nous mettrons nus, elle et moi, nous nous roulerons par terre et nous ferons l’amour comme des bêtes en nous barbouillant de caca. »

Jusque-là, rien de trop exceptionnel me direz-vous. Sauf que là où Je suis ton soleil  se démarque et fout les poils, c’est par son ton résolument joyeux malgré les thèmes grave que Marie Pavlenko choisit d’aborder (avortement, suicide, tout ça tout ça…). Elle fait preuve d’une grande sensibilité pour évoquer les événements, et nous livre, à grand coup d’humour, un roman léger et très rythmé, que l’on placera dans la pile des livres « à relire en cas de coup dur ». 

Mention spéciale aux noms de chapitres, qui font chacun référence à des œuvres musicales ou littéraires existantes ! Elles apportent une touche de fantaisie bienvenue qui contribue à faire le charme du roman et donnent de la profondeur au récit.

Je suis ton soleil fait partie de ces romans uniques en leur genre, teintés d’un doux optimisme, à la fois plaisants, décalés et écrits avec un talent certain. Marie Pavlenko a bien ciblé son lectorat : le vocabulaire utilisé est assez courant, l’écriture (c’est à dire les pensées de Deborah) fluide, et s’il s’agit avant tout d’un roman d’apprentissage sur l’adolescence, le récit pourra facilement plaire aux adultes (la preuve !). 


☞ En bref, dans ces romans il y a :
– des personnages loufoques et délicieusement cinglés
– un rythme soutenu qui fait que jamais on ne s’ennuie

– des thématiques difficiles, traitées sans pathos
– de l’humour en barre !

Focus sur : Amélie Fléchais

Pas de sélection aujourd’hui ! Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de vous présenter le travail d’une illustratrice que j’aime d’amour, et trop peu connue à mon goût : Amélie Fléchais.

Illustratrice et auteure de bandes-dessinées et d’albums jeunesse, la jeune femme a plusieurs cordes à son arc, puisqu’elle travaille également dans le domaine de l’animation ! Avec quatre œuvres au compteur pour le moment, et dotée d’une pâte graphique très reconnaissable, Amélie Fléchais vous en mettra pleins les mirettes 😉 

cvt_Chemin-perdu_6764Chemin perdu; 96 p.
Publié aux Editions Soleil (Collection Métamorphose)
[A partir de 8 ans]

D’une originalité folle, c’est avec cette bande dessinée hors-norme que j’ai découvert le travail de l’auteure !

Trois enfants se perdent en forêt alors qu’ils empruntent un raccourci dans le cadre d’une chasse au trésor. Ils pénètrent alors dans un monde totalement loufoque qui n’est pas sans rappeler celui d’Alice aux Pays des merveilles, mais dont l’ambiance sombre et inquiétante se rapproche aussi de certains contes de Grimm. 

« Dans l’obscurité, elle courut aussi vite qu’elle put, mais déjà une triste fin l’attendait.
La forêt ne relâche, en effet, pas si facilement ce qui lui appartient… »

« On raconte que loin du monde des Hommes s’étend une forêt cruelle et mystérieuse. Elle appâte en son sein les voyageurs égarés à la recherche d’un foyer, afin de les dévorer pour l’éternité. »

Le graphisme de l’ouvrage ne peut laisser le lecteur indifférent tant il est original et hors norme. Des planches aux couleurs douces côtoient ainsi des pages entières de noir et blanc : on a l’impression de subir les caprices graphiques de l’auteur, qui nous impose des styles et des influences japonaises et nordiques bien différentes… c’est sans doute un côté déstabilisant de l’album, mais on se laisse gagner par l’étrangeté de l’univers créé par Amélie Fléchais, plein de charme et de poésie !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Pour plus d’infos sur la genèse de Chemin perdu, les inspirations de l’auteure, et sa manière de travailler, je vous conseille vivement cet article paru sur Madmoizelle.com, qui contient notamment une interview d’Amélie Fléchais !

511C93tTPsL._SX195_


Le Petit loup rouge
; 80 p.

Publié chez Ankama Editions
[A partir de 8 ans]

Amélie Fléchais propose ici une énième réinterprétation du célèbre conte de Perrault : Le Petit Chaperon rouge.

L’histoire est celle d’un petit louveteau, envoyé par sa maman à travers la forêt afin d’apporter de la nourriture à sa grand-mère mal en point. Attiré par plusieurs distractions hors du sentier qu’il doit suivre, il ne tarde pas à se perdre, mais rencontre une jeune fille adorable qui lui promet de l’aider à retrouver son chemin. (mouais, on y croit tiens…!)

« Fais bien attention à éviter la forêt de bois morts où vivent le chasseur et sa fille. Ils sont vifs, cruels et détestent les loups ! Je ne veux pas qu’il t’arrive malheur, alors ne t’aventure surtout pas là-bas ! »

En inversant ainsi les rôles des personnages, l’auteure donne ainsi une toute autre dimension au récit, tout en conservant l’ambiance sombre des contes originaux. Elle montre que le méchant n’est pas toujours celui que l’on croit, et mêle habilement les thèmes du mensonges et des préjugés, tout en abordant aussi la question du deuil. 

Quant à ses dessins, tous plus somptueux les uns que les autres, ils appellent à pénétrer dans l’univers féerique qu’elle nous présente. Constituées de multiples détails, et de couleurs chatoyantes, les illustrations vont de paire avec le texte, auquel elles apportent une grande poésie.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

bm_CVT_LHomme-Montagne_9032
L’homme montagne

Publié aux Editions Soleil (Collection Métamorphose)
[A partir de 8 ans]

Pour ce très bel album pour la jeunesse, Amélie Fléchais n’est cette fois qu’illustratrice, et laisse le scénario aux mains de maître de Séverine Gauthier (dont j’apprécie aussi beaucoup le travail, notamment avec L’épouvantable peur d’Epiphanie FrayeurCœur de pierre, ou encore Garance).

« Ecoute, je porte sur mon dos, les montagnes du monde, et mon front s’est creusé de tous les sentiers sur lesquels j’ai marché. Tu peux entendre dans ma voix les grondements de la terre, tu peux voir dans mes yeux l’eau de toutes les mers… »

La montagne qui a poussé sur son dos étant trop lourde à porter, un grand-père annonce à son petit-fils qu’il part pour un ultime voyage, un voyage qu’il doit accomplir seul. Le petit ne comprend pas, cherche une solution, et un plan apparaît dans son esprit : partir en quête du vent le plus puissant, qu’on trouve sur les montagnes les plus hautes, pour aider son ancêtre. Lui faisant promettre de l’attendre, commence alors une fabuleuse aventure pour ce petit bonhomme courageux. 

L’Homme montage, c’est un très beau conte initiatique , une jolie métaphore de la vie et de ses embûches, ainsi que du deuil. Au lieu de d’aborder la question de manière frontale, Séverine Gauthier choisit l’onirisme pour en parler avec une grande délicatesse. Les aventures du petit garçon apparaissent comme un voyage presque philosophique à travers ses rencontres avec le roi des bouquetins, les cailloux ou l’esprit de l’arbre… des rencontres farfelues qui vont l’aider à grandir et accepter l’absence de l’être cher.

« –Grand-père, comment es-tu toujours si sûr qu’on se retrouvera ?
Parce que mon plus beau voyage, c’est toi. »

Si ce conte s’adresse aux enfants à la base, il plaira certainement aux adultes grâce à la grande poésie qui s’en dégage. Côté graphismes, Amélie Fléchais nous livre une fois de plus de superbes planches à l’univers enchanteur ! Son travail sur les couleurs et la lumière est tel que chaque planche a chamboulé mon cœur…  Jugez plutôt : 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

cvt_bergeres-guerrieres-tome-1_2267
Bergères Guerrières

Publié aux Editions Glénat
[A partir de 8 ans]

Le pitch est le suivant : à cause de la guerre, un petit village s’est vu dépeuplé de tous ses hommes, et ce sont les femmes qui gèrent tout, y compris la défense du territoire. Pour ça, un ordre exclusivement féminin a été mis en place : celui des Bergères Guerrières. Redoutables combattantes, elles n’acceptent que la crème de la crème dans leur rangs, et les apprenties doivent en baver avant de passer Bergères confirmées !

Qu’on se le dise, je suis tombée en amour devant le personnage de Molly (la petite rouquine de la couverture) dès les premières pages. Avec sa bouille déterminée et son caractère de cochon, la demoiselle a tout pour plaire ! Fraîchement acceptée comme Apprentie bergère, elle devra faire ses preuves et s’entraîner dur pour protéger son village. 

Molly
Matez-moi ce regard, ça rigole pas les gars

Bien que l’histoire se déroule sur une terre imaginaire (dont on a d’ailleurs une très jolie représentation sur carte en début d’album), tout est fait, je trouve, pour rappeler la culture celtique ou viking. Ainsi, certains détails architecturaux, associés à l’ambiance un peu médiévale de l’univers, m’ont vraiment fait penser au film d’animation Rebelle !

maison celtique.jpg

Même au niveau des paysages, on se rapproche vraiment de pays comme l’Irlande et l’Ecosse : de la flotte, la mer à flanc de falaises, des zones rocailleuses et de vertes étendues.  Tout cet univers celtique, en plus d’être dépaysant, offre un formidable terrain de jeu aux auteurs, qui s’inspirent des légendes celtiques pour offrir au lecteur une jolie aventure sur fonds de fantastique. 

Graphiquement, on reconnait bien le coup de crayon d’Amélie Fléchais, même si ses illustrations sont ici plus réalistes que dans ses précédents albums, tous empreints d’un doux onirisme. Sa touche particulière sur la couleur et les lumières se retrouve malgré tout dans les paysages. Quant aux personnages, ils sont tous très expressifs, à tel point que certains visages m’ont fait pouffer de rire !

Bref, difficile de ne pas sautiller d’enthousiasme devant ce très chouette album qui met le travail des femmes en avant ! Les auteurs y introduisent un noyau de personnages que l’on prend plaisir à suivre, une vallée pleine de mystères que l’on a hâte de percer, et surtout, ils mettent en avant des valeurs universelles qu’il est bon de véhiculer. La bonne nouvelle, c’est que trois tomes sont au prévus ! De quoi voir l’évolution de nos apprenties bergères préférées, et sans doute découvrir ce qui se cache dans la brume… 

☞ C’est tout pour cet article, que j’ai pris beaucoup de plaisir à rédiger 🙂 Si vous ne connaissiez pas le merveilleux travail d’Amélie Fléchais, j’espère vraiment vous avoir donné envie de parcourir ses livres. Autrement, n’hésitez pas à me dire quel est votre album chouchou parmi ceux que j’ai présenté ! 

Et pour vous tenir au courant de ses nouvelles publications, par ici la compagnie ! ➡️
son blog
sa page Facebook
son portfolio

Pourquoi il faut (ABSOLUMENT) lire Inséparables !

Inséparables; de Sarah Crossan
Publié aux Editions Rageot, 2017 – 416 
pages 

 

 

Grace et Tippi. Tippi et Grace. Deux sœurs siamoises, deux ados inséparables, entrent au lycée pour la première fois. Comme toujours, elles se soutiennent face à l’intolérance, la peur, la pitié. Et, envers et contre tout, elles vivent ! Mais lorsque Grace tombe amoureuse, son monde vacille. Pourra-t-elle jamais avoir une vie qui n’appartienne qu’à elle ?

coupdecoeur

☞ Une histoire banale ?

A ceux qui se seraient laissés convaincre par le résumé de l’éditeur que l’histoire ne serait, ni plus, ni moins, qu’un genre d’amourette de lycéennes : VOUS AVEZ TOUT FAUX.

L’intrigue est simplissime et pourrait, à priori faire pleurer dans les chaumières, je vous l’accorde. Sauf qu’au delà d’une histoire assez banale et relativement triste sur le fonds, Inséparables réussit à aborder une multitude de thèmes de société : l’alcoolisme, le sentiment d’exclusion, la maladie, la différence, mais l’amour aussi. Bref, la banalité, c’est vraiment beau quand Sarah Crossan se charge de la traiter !

☞ La poésie avant tout

Composé de brèves sections d’une à deux pages chacune, le livre est entièrement écrit sous la forme de vers libres, ce qui apporte immédiatement une forme de légèreté et de beauté à l’écriture. 

Si, comme moi, ce choix de forme vous laisse perplexe au départ (peut être pas tant si vous avez dévoré Songe à la douceur), pas d’inquiétude petits lecteurs : ça sonne « bizarre » durant une page ou deux, et l’instant d’après, ça se déguste comme une friandise. 

Doux et poétique, Inséparables va à l’essentiel, et on a l’impression de voir littéralement fondre les pages au fur et à mesure qu’on les tourne. 

☞ De l’émotion en barre

Bouleversant à plus d’un titre, Inséparables enchaîne les situations dramatiques, les tranches de vie du quotidien, l’amertume, mais aussi l’humour. Car oui, malgré le sujet grave abordé, le roman garde un ton décalé, presque un peu cynique parfois, notamment via les interventions de Tippie, qui a moins la langue dans sa poche que sa sœur. 

Le fait que le roman soit entièrement narré par Grace, à la première personne, renforce le sentiment d’appartenance à leur monde. Le lecteur rentre ainsi directement dans le quotidien et l’intimité des deux sœurs, ce qui décuple toutes les émotions ressenties pendant la lecture  ! (Vous pouvez préparer les mouchoirs, vous voilà prévenus)

☞ Un roman lumineux et optimiste

Ce qui est beau avec ce livre, c’est qu’on ne tombe jamais dans le pathos (comme je l’avais craint en l’achetant, mais je ne pouvais pas ne pas l’acheter, donc bref voilà).

Avec Inséparables, Sarah Crossan tient à montrer que, contrairement aux idées reçues, les siamois ne vivent pas un enfer en étant constamment collés l’un à l’autre. Vivre sans leur moitié serait un sort bien pire, et briserait l’entité parfaite qu’ils constituent.

« Elle n’est pas un morceau de moi. Elle est moi totalement et sans elle il s’ouvrirait un dévorant espace dans ma poitrine, un trou noir en expansion que rien d’autre ne pourrait combler. Vous voyez ? Rien ne pourrait combler ce vide. »

☞ Et la traduction dans tout ça ? 

Ayant lu le roman d’abord dans sa version anglaise, puis en français, je me suis amusée à  en comparer certains extraits. 

Bien sûr, je ne suis pas très bien placée pour juger du travail de traducteur de Clémentine Beauvais : ce n’est tout simplement pas mon métier, et ma connaissance de la langue anglaise n’est pas suffisante pour ça.

Néanmoins, il me semble que son travail fourni sur Inséparables est quand même remarquable ! Vous me direz, c’est fastoche, la demoiselle est bilingue et vit en Angleterre depuis des lustres, et a elle-même écrit un roman en vers libres : le très génial Songe à la douceur. Il reste que traduire une forme poétique doit être particulièrement compliqué, d’autant plus que les formules françaises sont généralement plus longues que les expressions de la langue de Shakespeare !

Pourtant, dans les quelques passages que j’ai comparé, on sent la recherche du mot juste, et la volonté de coller au plus près au sens de la version d’origine. 

☞ L’objet en lui-même

Bon, j’admets que ce n’est pas le meilleur argument pour que vous vous jetiez sur le livre ensuite. Mais quand même…on en parle de l’excellent travail éditorial fourni par Rageot ? Si la couverture française reflète déjà bien l’essentiel du livre, je trouve l’image de la VO encore plus frappante de vérité !

Alors oui, c’est un peu superficiel, mais ça fait aussi du bien d’avoir de jolis ouvrages dans sa bibliothèque 🙂 

☞ Il y a des livres qui nous remuent de l’intérieur à la lecture. On sait qu’on vit quelque chose d’exceptionnellement bouleversant, et il y a un je-ne-sais-quoi de triste à l’idée de savoir que l’on ne revivra jamais ce moment exact, même en relisant l’oeuvre. C’est très exactement ce qu’il se passe avec Inséparables. Ce livre, c’est un bijou de poésie et de délicatesse, alors même que le thème ne laisse pourtant pas rêveur. Et pour ce tour de force, il me tarde de découvrir d’autres œuvres de Sarah Crossan !

En bref, ce roman c’est :
– un thème méconnu
– une écriture sublime
– un travail de traduction minutieux et admirable
– une grosse claque émotionnelle

Pourquoi lire Bichon ?

Bichon ; de David Gilson
Publié Aux Editions Glénat, 2013 & 2015 – 48 pages

Se déguiser en princesse pour un goûter d’anniversaire, jouer à l’élastique, entamer une chorégraphie en pleine cour de récré… Un peu compliqué quand on aime faire toutes ces choses et qu’on est un petit garçon de 8 ans. Mais pas pour Bichon : il transgresse les règles de la société sans même s’en rendre compte ! Heureusement, sa famille et ses amis l’aiment tel qu’il est. Même que parfois Jean-Marc, le beau garçon du CM2, prend sa défense quand on se moque de lui…

coupdecoeur

Découverte grâce à la chronique très convaincante de L’oiseau Lit, cette série m’a charmée à mon tour ! Comme je n’en avais jamais entendu parler avant ça, et qu’elle n’a pas l’air particulièrement médiatisée, j’ai eu envie de vous en parler plus en détail pour que vous découvriez, à votre tour, la bouille attachante de Bichon 🙂  

☞ Côté graphismes : un univers acidulé

David Gilson est un illustrateur français, qui a, entre autre, travaillé pour les studios d’animation Disney, et s’est illustré en réalisant les couvertures françaises de la série jeunesse Le Pays des Contes, de Chris Colfer.

Des personnages aux grands yeux et aux têtes plus grosses que la normale, un trait rond et doux, avec des couleurs chatoyantes…si on sent que l’auteur aime particulièrement les mangas, ses influences sont diverses, et le tout donne un dessin très agréable à contempler !

Les amateurs de Disney seront d’ailleurs ravis de retrouver divers clins d’œil à leurs héros préférés, ainsi qu’une nette admiration pour la culture japonaise (si, si, ouvrez l’œil !) : ce petit jeu de repérage rajoute au plaisir de la lecture et force à parcourir chaque case avec attention.

☞ Un héros au cœur tendre

Petit garçon particulièrement sensible, Bichon n’est pas comme les autres garçons de son âge. Sa grande force réside dans sa bonté envers les autres et son côté candide.

Rien ne lui fait davantage plaisir que de se déguiser, de jouer aux poupées ou aux petits poneys, et de posséder de jolies choses, d’habitude plutôt réservées aux filles. Bref, des loisirs bien éloignés des préoccupations habituelles de la gente masculine !

Et puis bien sûr, il y a Jean-Marc, le beau garçon de CM2 dont il est totalement sous le charme ! Parce que oui, on comprend vite que Bichon aime les garçons, comme le suggère l’auteur avec une grande délicatesse. Si l’idée me paraissait très chouette au premier abord, j’avoue avoir eu un peu de mal à la trouver crédible : est-ce qu’un enfant de 8 ans se rend vraiment compte aussi tôt de ses préférences ? Mais ça, c’était avant que je lise que le personnage de Bichon, son caractère, ainsi que les personnes qui l’accompagnent, étaient largement inspirés de l’enfance de l’auteur. De même, j’ai du revoir mon jugement en apprenant que le personnage de Jean-Marc avait réellement existé, et dès lors, j’ai relu l’album avec un œil nouveau (et encore plus appréciateur !).

☞ Des personnages secondaires qui dépotent !

Si Bichon est un garçon hors du commun, les personnes qui gravitent autour de lui sont tout aussi particulières à leur manière !

D’abord, sa mère sort les griffes de manière très spontanée pour le défendre contre les préjugés, ce qui donne d’ailleurs lieu à l’une de scènes les plus comiques de la série : 

Sans titre.pngAttention, le reste de la famille n’est pas en reste ! Son oncle et sa tante sont totalement déjantés, mais très attendrissants, et sa petite sœur, véritable tornade, n’a pas sa langue dans sa poche, et bottera les fesses de plus d’un garçon dans l’optique de défendre son frère !

☞ La théorie du genre

La bêtise de certains adultes fait mal au cœur : dans la série, Bichon se fait pointer du doigt à plusieurs reprises, car il déroge aux règles que l’on connaît en affirmant ses goûts. Cela donne d’ailleurs lieu à plusieurs scènes comico-tragiques avec la maman de son amie Myriam, ou encore avec la cliente du magasin de jouets… 

715extgY-7LSous couvert de légèreté, David Gilson nous livre un fort message de tolérance, qui laissera certainement un fort impact sur le lecteur. Sensibilisation à la différence, au combat contre l’homophobie, ou contre les stéréotypes de genre, sont autant de thématiques qui imprègnent l’histoire de Bichon. 

☞ Bichon, est une histoire peu commune : à la fois drôle, intelligente et porteuse de messages importants. Militante à sa façon, elle remet en perspective certains codes pré-établis par notre société et invite au respect de chacun. Les adultes, comme les enfants devraient y trouver leur compte, grâce au charisme du héros, ainsi qu’aux multiples références peuplant l’oeuvre de David Gilson.

Images issues de la page Facebook de la série

Si vous êtes hyper connectés et que les illustrations si particulières de David Gilson vous inspirent, rien ne vous empêche de suivre les aventures dessinées de Bichon, en attendant la sortie du prochain tome, ainsi que le blog de l’auteur ! 🙂

En bref :
– des illustrations adorables !
– un propos engagé
– des personnages hauts en couleurs
– des tomes très succincts, on n’en voudrait plus ! (mais c’est un bon défaut, non?)

Sauveur & fils : saison 3

Sauveur & fils : saison 3 ; de Marie-Aude Murail
Publié chez l’Ecole des Loisirs, 2017 – 320 pages

51dqo72i0dl-_sx195_


Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kg. Dans son cabinet de thérapeute, Sauveur reçoit des cas étranges… Mais peut-il les sauver ? Il n’a que le pouvoir de la parole. Il ne croit pas au Père Noël, mais il croit en l’être humain.

 

coupdecoeur

A l’image des deux autres saisons, ce troisième opus nous replonge dans le cabinet de consultation de Sauveur Saint-Yves, psychologue à Orléans, papa d’un petit Lazare, et indirectement famille d’accueil pour personnages loufoques et un peu abîmés par la vie (Gabin, et Jovo).

L’émotion est une fois de plus au rendez-vous ! Entre autre parce qu’on craint pour la vie de Gabin, qui a prévu de se rendre au concert des Eagles of Death Metal, ce fameux 13 novembre 2015. Évidemment le lecteur sait ce qui s’est déroulé ce soir-là à Paris, et Marie-Aude Murail compte bien dessus. Malgré l’impression de déjà-vu, on ne peut s’empêcher d’avoir les yeux humides devant la détresse des protagonistes à accueillir la nouvelle; la même que celle ressentie il y a un an et demi…

Et puis il y a aussi les « petits nouveaux » du cabinet, qu’on se délecte de découvrir ! Toujours dans l’air du temps, et avec la délicatesse qui la caractérise, l’auteure aborde divers sujets d’actualité : du patient paranoïaque à l’enfant négligée par ses parents, en passant par un petit bègue de six ans, difficile de ne pas craquer pour chacun des personnages !

Psychologue exceptionnel, Sauveur continue donc de venir en aide aux âmes en souffrance, et aux jeunes en quête d’équilibre. Comme d’habitude, on prend plaisir à suivre l’évolution de ces patients, on s’émeut devant leur situation, mais on rit beaucoup aussi.
A côté de ça, le grand Sauveur gère très mal sa relation avec Louise, qui lui en tient (un peu, mais pas trop longtemps quand même) rigueur. Son côté assuré dans le cadre de son travail se floute dans sa vie personnelle, et c’est justement parce qu’il est imparfait qu’il nous paraît si attachant ! 

Une fois de plus, Marie-Aude Murail nous livre une petite perle, un de ces livres qui fait du bien, malgré les thèmes parfois difficiles qui y sont abordés. Cette troisième saison, à l’image des précédentes, fut donc synonyme de cœur qui palpite, d’yeux embués, et de sourires à n’en plus finir : bref, un vrai bonheur de lecture ! 

En bref :
– jamais de pathos, mais beaucoup de sensibilité
– une galerie de personnages merveilleux ❤
– des thèmes actuels

J’ai avalé un arc-en-ciel

J’ai avalé un arc-en-ciel ; de Erwan Ji
Publié aux Éditions Nathan, 2017 – 396 pages
cvt_jai-avale-un-arc-en-ciel_4135


Je m’appelle Capucine, mais on m’appelle Puce. J’ai dix-sept ans, la peau mate et un accent de Montpellier. Enfin, l’accent, c’est quand je parle français. Je vis aux États-Unis depuis que j’ai trois ans. Cette année, il m’est arrivé un truc phénoménal. Retournement de vie, frisson géant, secousse cosmique, vous appelez ça comme vous voulez, mais la vérité… c’est que j’ai avalé un arc-en-ciel.

 

coupdecoeur

Alerte : ceci est une pépite. Je répète : ceci est une pépite. A tel point que cette chronique risque d’être très décousue, tant il y aurait à dire sur ce merveilleux roman !

J’ai avalé un arc-en-ciel aurait pu être une énième histoire de lycéens, où l’on aurait parlé d’amitié, d’amour (évidemment), mais aussi de doutes et de ce qui constitue l’adolescence en général. Sauf que c’est bien plus que ça, et unique en son genre !

☞ Un ton décalé
Capucine -qui voit son prénom écorché par tous les Américains- est une jeune fille drôle et spontanée. Que ce soit à travers le regard humoristique qu’elle pose sur son entourage, ou par son ton enjoué, très vite, on ressent une profonde sympathie à son égard.

Il paraît que rien ne vaut un exemple concret : les première lignes du roman donne complètement le ton du blog de l’héroïne :

« C’est un drôle de mot, blog. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était le nom d’une nourriture. Si mon grand-père s’était demandé ce que ça voulait dire, il se serait mouillé le doigt et aurait tourné les pages de son épais dictionnaire. Moi, j’ai tapé le mot sur Google. C’est ça, le progrès. On n’a plus besoin de se mouiller le doigt. »

☞ Se construire, trouver son chemin
La dernière année de lycée est aussi synonyme de petits chamboulements et de grands bouleversements. C’est l’année des doutes, des peurs, du choix de l’orientation universitaire, des adieux aux amis, et bien plus encore. En bref, des thèmes maintes fois abordés en littérature jeunesse, mais que Erwan Ji traite ici avec une grande justesse, comme si c’était la première fois, faisant de son roman un récit incontournable sur l’adolescence.

« On est trop vieux pour être considérés comme des enfants, mais trop jeunes pour être acceptés comme des adultes. Les trucs qu’on déteste, on a du mal à les éviter. J’entends souvent dire que les adolescents sont des rebelles. C’est faux, on n’est pas rebelles, on a juste grandi, et on aimerait que les gens s’en rendent compte. »

☞ Du non-étiquettage des sentiments
Impossible de traiter de l’adolescence sans inclure une petite histoire d’amour ! Aux revêches des amourettes de lycéens, Erwan Ji propose ici une très belle réflexion sur le sentiment amoureux en général.
Attention, spoiler ! 
[Capucine, qui, jusque là, a toujours fréquenté des garçons, se découvre une attirance particulière pour son amie Aiden. C’est alors l’heure des doutes sur son orientation sexuelle, de la peur du jugement des autres… On la voit ainsi analyser ses sentiments, allant même jusqu’à chercher la définition d’amour et d’amitié dans le dictionnaire, pour « remettre les choses en perspective ».
Là où réside le talent de l’auteur, c’est de ne pas avoir fait de l’homosexualité le gros thème de son roman, mais de parler d’amour, tout simplement. Capucine finit par comprendre qu’il ne sert à rien de se catégoriser, et se définit même à un moment comme « Aiden-sexuel », car après tout, on tombe amoureux d’une personne avant tout non ?]

☞ Bienvenue en Amérique !
Découvrir le fonctionnement d’un lycée américain huppé (college preps, pour info), c’est aussi ce que propose Erwan Ji avec son roman. Via les anecdotes de Capucine, toutes les traditions et les évènements incontournables de ce milieu prennent forme devant nos yeux, nous immergeant complètement dans son quotidien. A la fin du livre, les Morp, Tag Days, Promposals, la cérémonie de Graduation et le Black Friday n’auront plus de secret pour vous.
En parallèle, le bilinguisme de l’héroïne lui permet d’expliciter des expressions types ou des concepts qui n’ont pas vraiment d’équivalent en français. Ainsi, les expressions « whatever », « duh », « it’s a date » trouvent un sens pour le lecteur non averti.

 Une multitude de publications ayant pour thème central l’adolescence et ses tracas sortent chaque année. Pourtant, J’ai avalé un arc-en-ciel est sans aucun doute le roman qui en parle le mieux et avec originalité, d’un ton cocasse, et pourtant avec une grande sensibilité. Tout sonne juste ici, rien n’est exagéré ou poussé au ridicule : Erwan Ji signe un premier roman touchant. Quand à Capucine, unique en son genre, c’est certainement une des héroïnes de la littérature jeunesse les plus réussies jusque là  !  

En bref :
une héroïne absolument adorable
– des anecdotes culturelles intéressantes sur la scolarité aux États-Unis
– le ton juste, sincère de l’héroïne (et de l’auteur !)
– la représentation de l’amour qui est donnée