Une histoire des abeilles 🐝

Une histoire des abeilles ; de Maja Lunde
Publié chez Les Presses de la Cité, 2017 – 388 pages

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Angleterre, 1852. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Mais la découverte de l’apiculture réveille son orgueil déchu : décidé à impressionner son unique fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire.
Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle : son unique fils s’est converti au végétarisme et rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d’une exploitation menacée chaque jour un peu plus par l’inquiétante disparition des abeilles ?
Chine, 2098. L’Effondrement de 2045 a laissé la planète exsangue. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser les fleurs à la main. Pour son petit garçon, elle rêve de l’avenir réservé à l’infime élite. Seulement, un jour, Wei-Wen tombe dans le coma après s’être aventuré seul dans une forêt… Afin de comprendre ce qui est arrivé à son fils, Tao se plonge aux origines du plus grand désastre de l’humanité.

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☞ Un rythme plaisant

Trois époques, trois familles, et narrateurs différents. C’est le point de départ du roman de Maja Lunde, qui alterne donc de courts chapitres pour nous faire découvrir ces trois récits simultanément.
Si vous êtes déjà passés par ici, vous connaissez mon amour pour ce genre de construction où l’on alterne entre plusieurs époques ou protagonistes. Une histoire des abeilles n’a pas fait exception et je me suis laissée embarquée avec facilité par le processus, d’autant que tous les chapitres se terminent de manière à ce que le lecteur aie très envie de connaître la suite

Malgré des perspectives et des zones géographiques très différentes, les trois histoires se rejoignent via un fil conducteur contenu dans le titre : l’apiculture. 

Des débuts de l’apiculture…

Il faut bien garder à l’esprit que le roman reste avant tout une œuvre de fiction, bien que très documenté. Ainsi, on en apprend davantage sur la vie et l’habitat des abeilles, ainsi que sur la fabrication des ruches modernes via le récit de William Savage au 19e siècle.

1851, 2007 et 2098 : le lecteur fait des bonds dans le temps, et la frontière des différentes époques est ainsi floutée, nous faisant prendre conscience que le futur décrit par Maja Lunde n’est finalement pas si loin…

☞ … au roman d’anticipation

Dès 2007, avec le récit de George, apiculteur américain très respectueux de ces petites protégées, l’auteure fait un constat alarmiste : les abeilles disparaissent. Ce phénomène porte un nom officiel : le CDD, allias le « Colony Collapse Disorder » ou « Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles » en français.
Dans la continuité, l
a dernière histoire du roman nous dépeint un monde qui a tout du cauchemar, quasi dystopique : après « l’Effondrement », bien des espèces se sont éteintes, et pour subsister et sauver le peu qu’il reste, les hommes se voient contraints -en Chine du moins- de polliniser les arbres eux-mêmes en trimant du matin au soir.

☞ La filiation

En plus de l’aspect écologique très important dans le roman, Maja Lunde traite également des relations familiales dans ses trois histoires, en insistant particulièrement sur le lien filial. Culpabilité, héritage, non-dits : les relations familiales apparaissent dans toute leur complexité, authentiques et touchantes.
Le tout est abordé avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, et la narration systématique à la première personne renforce, selon moi, le sentiment d’immersion du lecteur. 
 

Pas de doute, Une histoire des abeilles éveille les consciences et pousse à la réflexion. Sans jamais prendre un ton moralisateur, l’auteure cherche à nous montrer comment notre mode de vie compromet l’avenir de notre planète, tout en gardant une touche d’espoir et de poésie pour éclairer le récit. Mélangeant agréablement plusieurs genres (historique, anticipation, contemporain…), la plume de l’auteure nous accompagne agréablement pour ce très joli voyage dans la nature.

En bref, ce roman c’est :
– des portraits travaillés
– une vraie réflexion sur l’écologie
– une saga familiale passionnante
– une dimension dystopique

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Un bûcher sous la neige

Un bûcher sous la neige; de Susan Fletcher
Publié aux Éditions Plon, 2010 – 390 pages
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Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

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☞ une forme particulière
Le récit est atypique, puisque tout le roman n’est en fait qu’un long monologue, celui de Corrag dévoilant son histoire avec candeur, simplement entrecoupée par les quelques lettres que Charles Leslie envoie à son épouse. Cela peut déstabiliser au départ, voire être un peu longuet par moments.
Pourtant, tout est beau dans l’écriture de Susan Fletcher, et bien que le récit soit écrit en prose, l’aspect poétique n’est pas loin, tant le texte se rapproche d’une ode à la nature et à l’amour.

☞ le portrait d’une femme
Corrag raconte sa courte vie à un prêtre dont l’unique intérêt, au début du roman, est d’obtenir son témoignage sur un épisode particulièrement tragique, qui pourrait être utile à sa cause de jacobite.
La jeune fille se révèle alors petit à petit à cet homme de Dieu, lui contant quel fut son destin tragique, sa fuite perpétuelle loin des hommes qui lui jettent des pierres et de vilains mots, mais aussi son mode de vie en phase avec la nature. Émouvante dans sa manière de s’émerveiller de tout, elle sait soigner grâce aux plantes et vit de trois fois rien. Il en ressort le portrait d’une femme courageuse et altruiste, sans une once de méchanceté en elle, contrairement à ce dont on l’accuse.

☞ l’Ecosse en long, en large, en travers
Si Corrag se raconte au révérend, elle lui dresse également le portrait d’un pays, de sa géographie à son contexte historique délicat.
Les talents de conteuse de la jeune fille sont tels qu’on se croirait soi-même sur les hautes terres d’Ecosse. Elle rend compte à merveille de la nature omniprésente, à travers la description des lochs, des diverses plantes et cerfs sauvages dont elle croise la route. Plus encore, elle décrit à merveille les hommes qui peuplent ces terres : à l’image de paysages qui les entourent, les highlander sont rudes, mais aussi terriblement fiers, et hospitaliers.
Mais Corrag se fait aussi témoin de son époque. Car au XVIIe siècle, le roi Guillaume d’Orange détient le pouvoir en Ecosse, au désespoir des jacobites, qui lui résistent et souhaitent réhabiliter Jacques, l’héritier des Stuart, actuellement en exil. C’est dans cette bataille informelle pour le trône d’Angleterre qu’aura lieu le massacre de Glencoe, dont sera témoin Corrag.

☞ une belle leçon d’humanisme
On trouve au fil des pages un véritable réquisitoire à la tolérance et à l’acceptation des différences, et c’est sans aucun doute le personnage de Charles Leslie qui incarne le plus cet aspect.
Cet ecclésiastique irlandais a l’esprit étroit au départ, mais se dégèle peu à peu, tandis qu’il découvre l’histoire de la soi-disant sorcière. Les lettres qu’il écrit à son épouse représentent à merveille cette transformation : là où il n’était que conseils et prières, il finit par dire l’amour et la tolérance, bouleversé qu’il est par son empathie pour Corrag. 

Au final, Un bûcher sous la neige est un récit totalement envoûtant, qui nous transporte hors du temps. De sa magnifique écriture, Susan Fletcher nous dépeint un pays à la fois beau et hostile, sur fonds de vieilles légendes et de querelles entre clans. Triste, mais pourtant rempli d’espoir, ce roman émouvant donne envie de se jeter sur l’oeuvre de l’auteure ! 

En bref :
– une narration particulière
– un beau portrait de femme atypique
– un contexte historique tumultueux
– un récit à l’encontre des préjugés

Petits secrets et grands mensonges

Petits secrets et grands mensonges; de Liane Moriarty
Publié chez Albin Michel, 2016 – 500
pages 

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Jane, mère célibataire, vient d emménager à Sydney avec son petit garçon et un secret qui est le sien depuis cinq ans.
Le jour de la rentrée scolaire, elle rencontre Madeline et Céleste, qui la prennent toutes deux  sous leur aile, en faisant attention de dissimuler leurs propres secrets.
Cependant, quand un simple incident impliquant les enfants de chacune des trois femmes survient à l’école, les choses s’enveniment : les commérages vont bon train, les rumeurs empoisonnées se propagent jusqu’au point où il est impossible de démêler le vrai du faux.


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J’avais déjà lu Le secret du mari, que j’avais trouvé plaisant à lire -même si pas exempt de défauts-, mais je dois dire que j’ai trouvé ce roman-là meilleur encore !

D’emblée, le lecteur est au courant : un meurtre a été commis. Dès lors, l’auteure met en place des flashbacks tout au long du roman, augmentant ainsi l’intensité dramatique et le suspense. La narration linéaire nous rapproche peu à peu de l’inéluctable. Si le procédé a de quoi déstabiliser, il a le mérite d’être original ! Au fil des chapitres, l’inspecteur en charge de l’enquête interroge tous les suspects potentiels et témoins qui connaissaient la victime, dont on ignore l’identité.

L’histoire se met tranquillement en place au fil des pages, car il faut revenir six mois en arrière pour mieux connaître le contexte, les personnages, et découvrir les évènements qui ont mené au drame.

Trois héroïnes se partagent l’affiche dans Petits secrets, grands mensonges : d’abord Céleste, riche et somptueuse femme au foyer qui, sous ses airs d’épouse et mère comblée, cache un terrible secret. Madeline est en conflit direct avec son ex-mari qui s’est installé dans le même district qu’elle et lui complique l’existence. Quant à Jane, discrète au premier abord, elle cherche à repartir du bon pied après un passé compliqué.
Malgré les apparences favorables, chacune des trois femmes se bat contre ses démons et
ses névroses.

C’est un incident se produisant le jour de la rentrée qui va précipiter les évènements et amener les personnages à se dévoiler bon gré, mal gré. Le lecteur se fait spectateur des rivalités entre parents d’élèves au sein de cette école de banlieue chic d’Australie : formation de clans, rivalités entre la classe moyenne et les plus aisés, et embrouilles en tous genres sont alors de rigueur. 

Liane Moriarty écrit de manière très fluide, passant du registre léger au drame en un clin d’œil, et gère le rythme de son récit d’une main de maître. Le suspense est dosé comme il faut, tenant le lecteur en haleine jusqu’au final surprenant (pour ma part, je ne l’avais pas vu venir !) Sous ses airs de roman policier, Petits secrets grands mensonges n’en reste pas moins un genre de satire à la Desperate Housewives à mes yeux. Pendant la lecture, je me suis d’ailleurs fait la réflexion que je verrais bien le livre adapté en série, avant d’apprendre que c’était justement le cas (sortie prévue courant 2017) !

En bref, ce roman c’est :
un bon mélange de divertissement et de suspense
un trio très porteur / attachant
– une plume efficace

Le secret du mari

Le secret du mari; de Liane Moriarty
Publié chez Le Le livre de poche, 2016 – 504 pages 

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Jamais Cecilia n’aurait dû trouver cette lettre dans le grenier. Sur l’enveloppe jaunie, quelques mots de la main de son mari : « À n’ouvrir qu’après ma mort. » Quelle décision prendre ? Respecter le vœu de John-Paul, qui est bien vivant ? Ou céder à la curiosité au risque de voir basculer sa vie ? Tous les maris – et toutes les femmes – ont leurs secrets. Certains peuvent être dévastateurs.

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D’emblée, j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire : je ne comprenais pas où l’auteure voulait en venir avec tous ces personnages… Et j’avoue que jusqu’à la lecture de la fameuse lettre -réel point de départ de l’intrigue- j’ai du poser le roman plusieurs fois, avant d’être happée et de ne plus le lâcher !

Le secret du mari c’est donc une histoire de destins croisés. On va suivre la vie de trois familles, et plus particulièrement trois femmes, durant toute la semaine précédent les fêtes de Pâques. Il y a d’abord Cécilia, le cliché même de la femme parfaite en apparence : épouse et mère de trois filles, elle conduit des réunions Tupperware à domicile. Organisée et incroyablement efficace, elle préside également l’association de parents d’élèves. Nous avons ensuite Tess qui a monté une agence de publicité en famille. Tout s’effondre pour elle le jour où son mari lui annonce qu’il en aime une autre. Vient enfin Rachel, dont la fille Janie, a été retrouvé assassinée à l’âge de dix-sept ans. Le coupable, lui, n’a jamais été identifié. Veuve depuis plusieurs années, son seul bonheur désormais, ce sont les moments qu’elle passe avec son adorable petit fils. Seulement, lui aussi va la quitter, ses parents ayant décidé de s’exiler en Amérique. Rien ne les rapproche à première vue, pourtant en l’espace de quelques jours, leurs récits vont se rejoindre rapidement, pour finir par mettre à jour un vieux secret.

Pour être honnête, ce genre de thème a déjà été traité en long et en large et pour ma part, j’aurais apprécié un peu plus d’originalité au niveau de l’intrigue, même si Liane Moriarty a su travailler son roman de manière intéressante. L’épilogue notamment, compense les petits défauts du reste !

L’auteure aborde ainsi les thèmes de la souffrance au quotidien, du deuil, de la difficulté à pardonner et de la possibilité de se reconstruire après un drame. Elle évoque également le fameux « effet papillon » : comment sept petites minutes de retard ou un rendez-vous manqué peuvent avoir des conséquences dramatiques. Malgré le sujet du roman, le style de Liane Moriarty reste très enjoué l’ironie est omniprésente : bref, il y a matière à faire sourire le lecteur !

J’ai dévoré ce roman de Liane Moriarty en deux jours. Pourtant, on ne peut pas dire qu’il joue dans la catégorie « feel good ». L’auteur aborde tout un tas de sujets difficiles voire tragiques par le biais de ses trois héroïnes, et si l’histoire se termine bien pour l’une d’elles, elle finit en demi-teinte pour une autre et carrément mal pour la dernière. « Le secret du mari » n’est donc pas un roman qu’on lira pour se remonter le moral, même si je l’ai trouvé prenant grâce au portrait très détaillé et crédible de Cécilia, Tess et Rachel, dont les tourments et les interrogations sonnent toujours terriblement juste.

En bref :
– sujets traités de manière touchante
– un cocktail sympathique pour un bon moment de lecture
– le thème du secret aurait pu être plus original

La vengeance des mères

La vengeance des mères; de Jim Fergus
Publié chez Le Cherche Midi, 2016 – 464 pages 

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Dans le but de favoriser l’intégration, un chef cheyenne propose au président Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers. Grant accepte et envoie dans des contrées reculées les premières femmes, pour la plupart recrutées de force dans des pénitenciers ou des asiles du pays. En dépit de tous les traités, la tribu ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine, et quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre.
Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly, qui, traumatisées par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la civilisation. Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.

4Il y a quinze ans de ça paraissait Mille femmes blanches, le roman phare de Jim Fergus. Peu intéressée par la culture indienne d’une manière générale, le livre ne m’avait jamais tentée plus que ça. Et puis, sur les conseils d’une collègue bibliothécaire, je m’étais lancée et avait énormément apprécié ma lecture. C’est donc avec enthousiasme -mêlé de quelques craintes- que j’ai emprunté la suite à la médiathèque !

Le roman reprend là où s’arrêtait le précédent : l’attaque du camp cheyenne de Little Wolf, durant lequel femmes, hommes et enfants furent massacrés sans aucune pitié par l’armée américaine. 
Sur la forme, La vengeance des mères ressemble étrangement à son prédécesseur
, puisque c’est au travers de carnets que l’on suit la fuite de tribus indiennes à travers le vaste territoire nord-américain. Les faits nous sont d’abord relatés par les jumelles Margaret et Susan Kelly, que l’on suivait déjà plus ou moins dans le premier tome. En parallèle, on suit l’intégration de Molly, qui fait partie d’un autre convoi de femmes blanches destinées à venir vivre avec les Indiens.

Molly étant une femme cultivée, son style à l’écrit est radicalement différent de celui de ses comparses irlandaises qui n’ont pas pu bénéficier de la même éducation : elles ont donc tendance à utiliser un langage plus châtier et ne mâchent pas leur mots !

Je reconnais à Jim Fergus le talent de construire des personnages très attachants de par leur histoire personnelle ou leur manière d’être. Molly m’a particulièrement plu pour son côté femme forte et déterminée (voir carrément têtue par moments !), tandis que j’ai redécouvert les jumelles Kelly dans un autre contexte : celui de la soif de vengeance qui les anime toutes les deux, suites au massacre de leur tribu d’adoption, et surtout de leurs nouveaux-nés. Toutes ces femmes de milieux différents se rassemblant autour de leur peine respective, jusqu’à prendre les armes pour défendre la cause indienne, m’ont beaucoup touchée.

Pour moi, La vengeance des mères fut une lecture sympathique mais qui présente trop de similitudes avec son prédécesseur : c’est là son seul défaut. Une fois de plus, Jim Fergus dépeint plusieurs portraits de femmes qui restent en mémoire et nous offre une belle aventure dans les grands espaces qu’il affectionne. Au delà de l’hymne à la nature, on retrouve un beau récit sur les coutumes et le mode de vie des Cheyennes, ainsi que sur l’histoire des Etats-Unis.

En bref :
de beaux portraits de femmes engagées
– un dépaysement garanti
– des ressemblances par rapport au premier opus

La Petite Boulangerie du bout du monde

La petite boulangerie du bout du monde; de Jenny Colgan
Publié chez Pocket
, 2016 – 512 pages
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Quand son mariage et sa petite entreprise font naufrage, Polly quitte Plymouth et trouve refuge dans un petit port tranquille d’une île des Cornouailles. Quoi de mieux qu’un village de quelques âmes battu par les vents pour réfléchir et repartir à zéro ?

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La Petite Boulangerie du bout du monde
fait partie de ces livres doudous
, de ceux qui font se sentir bien. Drôle et touchante, l’histoire est celle de Polly, une jeune femme un peu à la dérive suite à la faillite de son entreprise et l’échec de son couple. Ayant besoin de prendre du recul sur la situation, et de se reconstruire, elle décide de s’installer sur Mount Polbearne, une petite île des Cornouailles à peine reliée au continent par une voie d’accès submersible. Là, elle prend du temps pour elle, notamment en se consacrant à son loisir préféré : la cuisson de pains. 
Au fil de rencontres (un apiculteur étranger un peu graou, de chouettes pêcheurs locaux, et un bébé macareux en détresse, entre autres…), elle va se ressaisir et s’épanouir dans ce nouvel environnement.

Je dois dire que l’atmosphère de l’île est très bien rendue, on s’y croit vraiment. Territoire battu par les vents, parfois très isolée suivant les horaires de marées, elle n’en abrite pas moins une communauté soudée (et  qui n’aime pas trop les étrangers, oui, bon…) ainsi qu’un village des plus pittoresques.

Ce roman, à l’image des pains que prépare Polly avec passion, se déguste et exige qu’on prenne son temps pour le savourer. J’ai souvent bavé à l’évocation de ses essais culinaires et des bonnes odeurs de miel et de pain chaud qui s’en dégagent… A noter qu’on peut d’ailleurs essayer de se mettre aux fournils en s’aidant des quelques recettes présentes à la fin du livre !

Quelques longueurs sont quand même à déplorer. Pour moi, la même intrigue aurait pu tenir en bien moins de 500 pages, en supprimant quelques passages superflus, qui n’apportent pas grand chose au schmilblick. Autant j’ai beaucoup apprécié la majorité du livre, autant les 100 dernières pages ont tourné au supplice. Pourquoi avoir gâché l’intrigue à coup d’histoire mielleuse, d’une union peu convaincante et d’inutiles rebondissements ? Et puis, soyons sérieux deux minutes, il y a des éléments que je n’arrive tout bonnement pas à avaler. Notamment le coup de foudre de la copine de Polly avec un millionnaire américain local, véritable tête à claques par dessus le marché ! Dommage, car sans tous ces excès, on y croirait davantage.

Livre feel-good par excellenceLa Petite Boulangerie du bout du monde, n’est pas de la grande littérature, non. Mais l’écriture fluide, l’intrigue simple et pleine de bons sentiments, ainsi que les personnages, tous très attachants, m’ont permis de passer un agréable moment de lecture, et après tout, c’est tout ce qu’on demande à ce genre de livres non ? 🙂 

En bref :
– un roman rafraîchissant 
  – un style simple et efficace
 – des longueurs et quelques clichés inévitables

Le Jardin des secrets

81nx4ebvy6lLe Jardin des secrets; de Kate Morton
Publié chez Pocket, 2010 – 704 pages

1913 : sur un bateau en partance pour l’Australie se trouve une petite fille de quatre ans, seule et terrorisée. Le navire lève l’ancre et elle se retrouve à Brisbane. Si le secret de son débarquement est religieusement gardé par ses parents adoptifs, ceux-ci décident, le jour de ses 21 ans, de révéler à Nell les circonstances étranges de son arrivée dans la famille. Bouleversée, ce n’est que des années plus tard qu’elle entreprend le voyage vers ses origines. Une quête difficile pour lever le voile sur près d’un siècle d’histoire familiale…

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Le résumé de quatrième de couverture était assez intrigant pour me donner envie de plonger dans l’histoire, sans trop en dévoiler non plus. J’ai découvert Kate Morton cet été avec “Les heures lointaines”, qui, malgré quelques longueurs, m’avait bien plu. Du coup, quand j’ai vu Le Jardin des secrets dans le rayon nouveautés de la médiathèque, je n’ai pas hésité !

L’histoire alterne le point de vue de trois femmes différentes : Cassandra tout d’abord, de nos jours, Nell qui nous raconte le début de sa quête sur ses origines, et finalement Eliza, une jeune femme du début du 20ème siècle, surnommée « la conteuse » et dont le destin est étroitement lié aux deux autres. L’auteure entremêle intelligemment chaque époque aux autres, pour faire avancer l’intrigue et mener, petit à petit, à la découverte finale. Personnellement, cette alternance chronologique me ravit à chaque fois ! Adepte de ce genre de procédés, je trouve que cela apporte du rythme à l’histoire tout en renforçant le mystère existant…

Le Jardin des secrets, c’est surtout une quête initiatique qui nous fait prendre conscience de l’importance de la mémoire familiale. C’est aussi un livre par lequel on voyage à la fois en Australie, à Londres et en Cornouaille, mais aussi dans l’univers des contes de fées.
J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la place accordée aux contes pour enfant dans le livre. A plusieurs reprises, des contes du recueil de la petite Nell sont retranscrits tels quels dans le roman, pour permettre au lecteur de le découvrir en même temps. Petit plus : chacun a, bien sur, un lien direct avec le mystère de l’histoire.

Bien que les romans historiques ne soient pas ma tasse de thé, quand on me propose d’en apprendre davantage sur les mœurs d’une époque sans trop en avoir l’air, j’accroche bien. Et c’est justement ce à quoi s’attelle Kate Morton en abordant l’Angleterre du début du siècle dernier : elle cite notamment l’histoire du tristement célèbre Jack l’Éventreur et nous donne un aperçu des bas-fonds londoniens.

Grâce aux talents de l’auteure, et en particulier au soin qu’elle apporte à ses descriptions, j’ai l’impression d’avoir découvert Blackhurst, sa crique et son labyrinthe en même temps que la jeune Eliza. Je me suis laissé complètement emporter par le charme et les émotions qui se dégagent du roman, et quitte donc à regret cet univers si particulier !

Avec ce récit à plusieurs voix, admirablement bien écrit et très prenant, Kate Morton dresse le portrait de femmes représentantes d’une époque donnée. Si vous adorez les sagas familiales sur plusieurs générations, avec révélation d’un secret à la clef, n’hésitez plus, Le Jardin des secrets ne peut que vous plaire !

En bref :
– une belle histoire intergénérationnelle
– un background historique intéressant
– immersion totale dans le roman garantie !

Et si d’autres romans du même style vous viennent en tête, n’hésitez pas à me le faire savoir : je suis preneuse ! 🙂