[Test] Old Man’s Journey, une épopée reposante

On ne s’embarasse pas de présentations chez Broken Rules ! Vous ne ferez donc pas connaissance avec votre héros. Le jeu s’ouvre sur une scène basique : un vieil homme -aux sérieux airs de loup de mer si on me demande mon avis- reçoit une lettre qui le fait réagir. Ni une ni deux, le voilà parti sur les routes avec son sac à dos, en quête d’on ne sait quoi/qui.

La simplicité même


Reposant, c’est le premier mot qui vient à l’esprit pour qualifier ce titre : pour cause, le jeu se veut un puzzle game narratif en 2D. Oubliez les bastons, ici les mécaniques de jeu sont extrèmement simples, mais relativement efficaces. Il s’agira, ni plus ni moins, d’ouvrir la voie au papi voyageur en déplaçant les éléments du paysages pour lui frayer un passage. On traverse ainsi une quinzaine de panoramas, chacun plus poétique et somptueux que le précédent. 

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Si au début il s’agit juste d’ajuster la hauteur de certains éléments, le principe évolue au fil des niveaux. On est contraint, par exemple, de déplacer le décor pour dégager un chemin à un train ou une camionnette. Une manière de diversifier un peu le gameplay et de ne pas lasser le joueur, même si le concept original ne change pas vraiment.

Côté difficulté, rien d’alarmant à signaler, si ce n’est que les développeurs ont tout ajusté de manière à amener de nouvelles problématiques, sans pour autant entraver la progression du joueur. Pour ma part, je n’ai jamais bloqué plus de dix minutes sur un niveau.

Un poil trop court ?


Continuons avec les choses qui fâchent : niveau durée de vie, tablez sur deux grosses heures de jeu, selon votre temps de réflexion. Pour 9,99€ à l’achat, cela va sûrement en frustrer certains, mais vous savez quoi ? Bah ce n’est pas si gênant.

Car Old Man’s Journey est une véritable ode au voyage à la direction artistique remarquable, et dispose de plusieurs arguments qui feront passer la pilule de l’investissement/durée de vie !

Une histoire muette


En dehors des pistes musicales qui accompagnent votre épopée, vous n’entendrez aucun son dans le jeu : aucun dialogue ou cinématique ne vient éclairer le joueur sur l’histoire en cours. A travers son périple, le vieil homme se remémore certains souvenirs, déclenchés la plupart du temps par des lieux ou situations précises. Matérialisés en tableaux fixes, ils représentent la seule forme de narration que vous croiserez. 

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Et pourtant on comprend parfaitement la teneur de l’histoire : suite à la réception d’une lettre dont on ignore le contenu, un vieil homme fait le point sur sa vie, ses choix, ses regrets… D’ailleurs, les différents environnements traversés n’ont pas été placés au hasard, ils correspondent tous à une période particulière de sa vie.

Le studio Broken Rules réussi à prouver que les images, si utilisées correctement, suffisent à raconter des histoires poignantes ! 

Claque visuelle


Loin de l’action présente dans les triples A, le titre est avant tout une promenade sereine et contemplative. Et il y en a des choses à contempler dans Old Man’s Journey

La qualité graphique du jeu et, particulièrement des séquences souvenirs, est tout bonnement magnifique. On notera le soin apporté aux éléments du décor, et la beauté de la palette choisie, allant du pastel vers des couleurs plus chatoyantes en fonction des environnements.

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L’ambiance apaisante qui se dégage de chacun des tableaux est renforcée par un fond musical très doux, qui se trouve être une création originale de cet artiste ayant déjà fait la bande son du jeu Oxenfree que j’avais adoré !

Un portage bien mené


Après une sortie sur PC et IOS/Android, le titre de Broken Rules s’offre une sortie sur la Switch, console sur laquelle j’ai testé le jeu.

Pour interragir avec les éléments du décor, le mode nomade permet de jouer soit à l’aide des sticks, soit en utilisant directement le tactile de la console, solution que j’ai finalement trouvé la plus adaptée, précise, et immersive.

A noter que la qualité des graphismes est tout à fait honorable, que vous jouiez en mode télé ou nomade !


☞ Expérience vidéoludique extrèmement reposante avec son lot de poésie, Old Man’s Journey propose une histoire entièrement muette, empreinte de nostalgie. Ce titre ne s’adresse évidemment pas à tous les joueurs, mais plutôt à un public friand d’expériences narratives simples et contemplatives. Alors tenez-vous prêts, sortez vos sacs à dos, et embarquez pour une aventure poétique !

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Old Man’s Journey

 

Développeur : Broken Rules
Genre(s) : Point & click, Puzzle game
Sortie : 30/03/17

Disponible sur : PC, IOS/Android, Switch, PS4


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Point BD #3 : dernières découvertes !

Ma dernière virée en librairie BD pour le travail a été l’occasion de faire de jolies découvertes, dont j’avais évidemment très envie de parler par ici ! Après l’article sur mes dernières trouvailles en jeunesse, voilà l’équivalent pour les ados/adultes !


Le Petit vagabond ; de Crystal Kung
Publié aux Éditions EP, 2017 – 80 pages

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Le Petit vagabond c’est un très joli recueil de six histoires courtes sans paroles mettant en scène divers personnages dans des cadres variés comme le Tibet ou New York. Cela va de l’artiste désemparée au randonneur égaré dans la brume. C’est aussi, pour l’une des histoires, un court-métrage à voir juste ici.

Servant de fil conducteur entre les différents récits, le petit vagabond prend les traits d’un jeune garçon qui aide les protagonistes à retrouver leur chemin, vers eux-mêmes ou vers les autres. Si chacun est triste, nostalgique ou bien solitaire au début de l’histoire, leur rencontre avec ce drôle de petit bonhomme les apaise et leur offre en général de nouvelles perspectives.

Soyons honnêtes, c’est avant tout pour ses merveilleuses illustrations que l’album attire l’oeil ! Le travail graphique fourni par l’artiste taïwannaise est vraiment incroyable : à l’aide de couleurs chaudes et enveloppantes, elle parvient à nous offrir une oeuvre délicate, hors du temps et pleine de tendresse.

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☞ Personne ne peut rester indifférent au travail de Krystal Kung, tant il transporte vers un ailleurs de toute beauté !  Par son aspect très contemplatif, chaque saynète invite à la réflexion. Le Petit vagabond fait partie de ces trésors que l’on se doit d’avoir dans sa bibliothèque pour le feuilleter à loisir. 


 Ceux qui restent ; de Josep Busquet & Alex Xöul
Publié aux Éditions Delcourt, 2018 – 128 pages

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On connait tous au moins un récit dans lequel les enfants quittent brusquement leur foyer pour aller vivre des aventures fantastiques dans on ne sait quel royaume lointain ou univers parallèle (Peter Pan, Narnia, ça vous parle ?). Mais ce qu’on a moins l’habitude de voir, c’est ce qu’il advient des parents éplorés pendant la -plus ou moins longue- absence de leur rejeton…
Et c’est justement sur cet aspect là que se concentrent les auteurs de Ceux qui restent : on ne s’attarde pas du tout sur les aventures de l’enfant, mais plutôt sur ses proches qui doivent faire face et comprendre son absence.

Comment diable expliquer aux enquêteurs que son fils est parti affronter un dragon ou sauver une planète ? Et surtout comment justifier la réapparition soudaine de ce dernier ? Car à partir de cet instant, les soupçons extérieurs et autres théories du complot commencent à voir le jour : là commence le véritable cauchemar des parents.

Josep Busquet présente avec justesse l’éclatement d’une famille dépassée par les évènements et sévèrement jugée par ses semblables. Il insiste aussi sur le traumatisme que de tels voyages peuvent engendrer : les enfants se détachent complètement de la réalité, sont en décalage avec leurs proches car le temps ne s’écoule pas forcément de la même manière dans la réalité que dans le monde fantastique où ils mettent les pieds.

Mis en image avec finesse par Alex Xöul, l’album dégage beaucoup d’émotion, notamment grâce aux  couleurs douces et passées des planches. 

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☞ One-shot sympathique et prenant, Ceux qui restent prend le contre-pied des schémas classiques pour proposer une réflexion intéressante sur l’envers des contes. Alex Xöul a su utiliser les bonnes teintes pour mettre en avant la nostalgie de l’histoire et nous livre un album émouvant et original.


Imbattable (deux tomes) ; de Pascal Jousselin
Publié aux Éditions Dupuis, 2018 – 48 pages

Imbattable, c’est ce héros masqué et bedonnant (Oh, mais qu’y a-t-il sur son costume ? Je vous le donne dans le mille : une planche de bande-dessinée !) qui épate par ses méthodes d’investigation. Et pour cause, le bonhomme utilise les codes de la bande dessinée pour sauter d’une case à l’autre, ou s’envoyer des missives depuis le bas de la page, ce qui lui donne toujours un temps d’avance sur les vilains qu’il poursuit ! 

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Un exemple est plus parlant que mille mots :

Le premier tome m’a tout bonnement fascinée (et que je me suis bidonnée !) mais il me semblait compliqué de faire durer le concept au delà d’un opus. Pourtant, les petites histoires d’Imbattable ne perdent pas de leur intérêt dans le deuxième tome, Pascal Jousselin débordant d’inventivité ! En plus du traditionnel savant fou, l’auteur dote ainsi notre super-héros d’un acolyte capable de jouer avec les perspectives, mais aussi d’un vilain à la hauteur de ses talents. 

☞ Grand terrain de jeu pour l’auteur, et encouragement à une lecture déconstruite et amusante, la série Imbattable est difficile à décrire tant tout passe par le visuel ! En tout cas, la magie opère dès les premières pages, en faisant une bande-dessinée idéale à partager en famille. 

Point BD #2 : de la bande-dessinée jeunesse engagée

Ayant fait une virée en librairie spécialisée BD récemment dans le cadre du travail, (rien de tel que d’entasser les livres sur un chariot quand on sait qu’on ne dépensera pas ses propres deniers !) j’ai dévoré pas mal de mangas et bandes-dessinées de tous horizons : en voilà un premier aperçu -le reste suivra sous peu j’espère !- avec trois BD jeunesse abordant des thématiques importantes (écologie, harcèlement scolaire, condition de la femme).


Aubépine T1 : Le génie Saligaud ; de Karensac & Thom Pico
Publié aux Éditions Dupuis, 2018 – 99 pages

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Prévue en quatre tomes -chacun se déroulant à une saison différente-, cette nouvelle série imaginée par Karensac m’a beaucoup enthousiasmée !

Pour raisons professionnelles les parents d’Aubépine décident de déménager dans un trou perdu à la montagne. Seulement voilà, il n’y a rien dans le coin, personne à qui parler et rien à faire… Pendant que sa mère s’efforce de trouver une solution pour protéger les oiseaux locaux (on notera le message écologique présent en fond, qui prône le respect de l’environnement et la préservation d’espèces menacées), Aubépine, elle, s’ennuie à cent sous de l’heure. Qu’à cela ne tienne, elle ira vagabonder dans les montagnes, où elle fera d’étranges rencontres ! Une mystérieuse bergère lui offre ainsi un chien à l’allure étrange, puis un mystérieux génie croise la route de la petite fille. Comme tout bon génie qui se respecte, il  propose de lui accorder trois voeux, ce qui, on s’en doute, va provoquer quelques bouleversements et entraîner les deux comparses dans une aventure tumultueuse ! (Surtout quand on réfléchit deux secondes à son nom -Saligaud- qui n’a pas été choisi au hasard !)

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On pourrait être tentés de rapprocher l’histoire des célèbres récits de Heidi, ou de Belle et Sébastien. Pourtant, Aubépine casse la baraque et brise complètement les clichés de la petite fille un peu perdue face à l’immensité à laquelle elle n’est pas habituée : son isolement forcé est simplement un très bon prétexte à la faire vivre des aventures rocambolesques !
Héroïne impertinente, râleuse, curieuse et obstinée, elle incarne un personnage auquel les enfants ne tarderont pas à s’identifier ! (moi-même, je l’ai adorée !)

Aubépine annonce un vent de fraicheur sur la bande-dessinée jeunesse ! Avec un scénario rythmé, une héroïne très charismatique, et le dessin à la fois pétillant et expressif de Karensac, l’album s’avère très réussi et entraîne les jeunes lecteurs dans une drôle d’aventure !


Chaque jour Dracula ; de Loïc Clément & Clément Lefèvre
Publié aux Éditions Delcourt, 2018 – 48 pages

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Vous le savez désormais, je porte une tendresse particulière aux bandes-dessinées scénarisées par Loïc Clément depuis ma découverte du brillant Le Temps des mitaines, de l’émouvant Chaussette et du rafraîchissant Les jours sucrés. J’attendais donc avec impatience sa prochaine parution !

Toujours plein d’inventivité, il imagine que Dracula, avant d’être l’une des figures emblématiques du vampire que l’on connait, a du, lui aussi, aller à l’école. Seulement, pas facile de fréquenter un établissement pour humains quand on a certaines particularités… Moqué pour son sérieux en classe et ses différences physiques, (canines proéminentes, lueur rouge dans les yeux, teint blafard qui lui évite les séances de sport) Dracula endure le pire jour après jour.

Violence à l’école, sentiment d’exclusion, honte d’en parler aux proches :  tout est amené avec finesse, en gardant une atmosphère légère et des touches d’humour qui contrebalancent le malaise ressenti face au harcèlement. Ainsi, l’auteur n’oublie pas d’accorder à son héros quelques moments de calme et de tendresse : l’amitié de sa camarade de classe Mina, les câlins avec sa chauve-souris apprivoisée, les discussion avec Vlad, papa poule de compétition etc.

Chaque jour Dracula véhicule un message positif quant aux situations de harcèlement : on laisse ici la vengeance de côté pour de trouver une autre solution à ce mal-être. L’auteur incite aussi à la tolérance en montrant qu’accepetr et cultiver sa différence est souvent la meilleure manière de faire face à ses bourreaux. 

Une fois de plus, Clément Lefèvre propose des planches d’une beauté singulière ! (rappelez-vous de son travail incroyable sur L’incroyable peur d’Epiphanie Frayeur) Les teintes employés donnent une ambiance onirique à l’ensemble, tandis que le dessin très expressif fait ressortir la fragilité du petit Dracula. Il ne lésine pas non plus sur les détails autour du folklore du vampire : cercueil en guise de lit, fantômes et squelettes vaquant dans le manoir, chauve-souris en guise d’animal de compagnie etc.

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☞ Très touchante par le sujet choisi et la manière dont il est traité, Chaque jour Dracula  peut s’adresser aussi bien aux enfants qu’aux parents, et permettra peut-être d’ouvrir la  discussion sur un sujet encore un peu tabou : le harcèlement scolaire. Porté par de superbes illustrations, c’est un album à mettre absolument entre toutes les mains !


Calpurnia ; de Daphné Collignon & Jaqueline Kelly
Publié aux Éditions Rue de Sèvres, 2018 – 90 pages

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Adaptation du roman éponyme de Jacqueline Kelly paru chez L’Ecole des loisirs, Calpurnia comportera apparemment deux tomes.

L’autrice nous amène quelque part au Texas à l’aube du 20e siècle. Là, dans une famille typiquement bourgeoise, Calpurnia, onze ans, se pose beaucoup de questions sur ce qui l’entoure. Seul son grand-père, un vieil homme taciturne et un peu excentrique, semble être à même de répondre à ses questions. Ne reste plus qu’à l’affronter pour qu’il accepte de l’initier aux mystères de la nature !

A mi-chemin entre la bande-dessinée, le roman graphique, et le carnet d’observations scientifiques, Calpurnia offre une réflexion intéressante sur la condition féminine de l’époque, l’adolescence et ses petits bouleversements, ainsi que sur la nature. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la façon dont Daphné Collignon mélange le quotidien familial fait de secrets, d’amourettes et de petites disputes, aux recherches scientifiques qu’effectuent Calpurnia et son grand-père. 

A des kilomètres des clichés que l’on peut rencontrer, la jeune fille est une héroïne à la fois brillante, enthousiaste et curieuse de tout. A une époque où la société la prédispose à devenir une bonne épouse sachant simplement jouer du piano et broder comme il faut, elle sort des sentiers battus en décidant de se consacrer à l’étude de la nature.

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Les tons chaleureux et l’aspect vaporeux qui se dégagent des illustrations contribuent à faire de l’ouvrage un régal pour les yeux, le mélange BD/livre illustré rajoutant encore au plaisir ! 

☞ C’est un joli moment hors du temps que nous offre Daphné Collignon avec cette bande-dessinée tout public qui plaira aussi bien aux enfants qu’à leurs parents (on aurait bien tord de bouder son plaisir) ! Visuellement, chaque planche est un petit bonheur, et on se laisse facilement porter par cette histoire à la fois émouvante, drôle et passionnante. Vivement la suite !

Le Veilleur des brumes : un petit bijou !

Le Veilleur des brumes; par Robert Kondo & Dice Tsutsumi
Publié chez Grafiteen, 2018

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Au dessus de Val-de l’Aube se dresse le Barrage : une immense muraille de bois coiffée d’un moulin. Lui seul tient à distances les brumes mortelles qui ont englouti le reste du monde. Depuis la mort de mon père, je suis responsable du Barrage. Une bien grande responsabilité pour un petit garçon. Mais telle est ma mission. Je m’appelle Pierre. Je suis le veilleur des Brumes.

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La particularité de cette bande-dessinée, c’est qu’il s’agit de l’adaptation du court-métrage multi primé « The Dam keeper » dont je vous glisse le lien juste ici -bande de veinards- ! (Attention, risque de spoilers ceci dit !) Après la réalisation de ce petit film, Robert Kondo et Dice Tsutsumi ne se voyaient pas s’arrêter en si bon chemin, et ils ont eu raison ma foi !

Les auteurs ont tous deux fait leurs armes aux studios Pixar, notamment sur les films Toy Story 3 ou Monster University. Habitués aux univers forement marqués par leur direction artistique, ils ont su tirer partie de leur expérience et insuffler une dimension vraiment unique au Veilleur des brumes.
En tournant les pages, on a parfois du mal à réaliser que l’on est bien dans une bande dessinée : l’ambiance est complètement onirique, grâce à la colorisation employée et aux dessins un peu floutés. Le travail sur la lumière vaut complètement le détour, de même que les illustrations tout en rondeur qui caractérisent les personnages antropomorphes : une merveille à contempler page après page !

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Mais au delà de l’aspect visuel exceptionnel, c’est également la qualité du scénario qui fait de cette bande dessinée un must have ! 

Présentons d’abord Pierre : ce petit bout de cochon porte sur ses frêles épaules (oserais-je dire jambonneaux ? Allez, j’ose !) la responsabilité de toute la ville puisqu’il doit assurer l’entretien du moulin, la machine inventée par feu son papa pour garder les brumes éloignées… Eh oui, comme si ça ne suffisait pas à son malheur, il s’avère que Pierre est orphelin depuis que son paternel s’est jeté dans les brumes par désespoir  suite à la mort de sa femme. Vous suivez toujours ? Avec ça, Pierre vit donc seul et continue de fréquenter l’école où tout le monde l’ignore consciencieusement alors qu’il est pourtant le seul garant de leur survie #maisoùestlalogique.

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A ce moment-là j’étais à peu près dans cet état.

Suite à un évènement étrange, Pierre se retrouve avec deux de ses camarades à l’extérieur de la ville fortifiée, ce qui leur permettra d’en savoir plus sur ce qui se passe à l’extérieur. Ce qui débutait comme un récit fantastique nimbé de mystère prend alors la forme d’une quête initiatique aux multiples dangers (ben oui, parce qu’à l’extérieur de Val-de l’Aube, le monde a l’air dévasté et plein de phénomènes étranges.

Profondément émouvante, l’oeuvre arrive à intégrer des thématiques universelles comme le sentiment de rejet, le harcèlement, la résignation ainsi que la perte d’un être cher. Certaines scènes m’ont brisé le cœur, mais participent à la crédibilité attendue par les personnages.

Le Veilleur des brumes fait partie de cette tendance actuelle de la bande dessinée jeunesse à offrir aux enfants des oeuvres de qualités qui ne les prennent pas pour des neuneus (et c’est pas plus mal !). Ainsi, même si le titre est paru chez Grafiteen -la collection de BD pour ados de Milan- les aventures de Pierre sauront séduire tous les âges grâce à sa quête initiatique à l’ambiance sombre et aux dessins exceptionnels que proposent les auteurs.

☞ Audacieuse et grand public cette bande-dessinée fait partie des trésors que je chérirai et recommanderai à tout va autour de moi ! Elle a le mérite de tenir en haleine le lecteur par la découverte d’un univers un peu étrange, propose une aventure mystérieuse et une ambiance sombre comme on en voit peu en littérature jeunesse. Si on ajoute à ça la beauté de l’objet livre et la poésie qui se dégage des illustrations, je ne vois pas ce que vous attendez pour foncer chez votre libraire !

[Test] Thimbelweed Park : la promenade nostalgique

Les excellentes trouvailles s’enchaînent depuis mon achat de la Nintendo Switch, paradis des portages et du jeu indé’, ce qui me promet encore de jolies découvertes par la suite !

Dernier jeu en date des créateurs de Maniac Mansion, Monkey Island ou encore Day of the tentacle, Thimbleweed Park a vu le jour grâce à un financement participatif sur Kickstarter, et reprend les codes des premiers titres marquants du genre -auxquels je n’ai jamais joué, gardons ça en tête-.

Nous sommes en 1987 dans la petite ville de Thimbleweed Park. Deux agents fédéraux enquêtent sur un meurtre qui vient de faire passer la population locale de 81 à 80 pèlerins. Alors que le corps pixelise déjà dans la rivière, personne ne semble capable d’élucider le mystère. Pour résoudre l’affaire, nos héros n’ont pas d’autre choix que de fouiller entièrement la ville, en interrogeant les habitants.


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L’authenticité de Thimbelweed Park se ressent déjà au niveau des commandes : ce sont exactement les mêmes que celles des jeux d’époque.

Petit récap’ pour les novices : pour effectuer n’importe quelle action, il suffit de sélectionner un verbe, puis de cliquer sur l’objet ou la partie du décor avec laquelle vous souhaitez interragir. Exemple concret : pour passer un portail, sélectionnez d’abord la commande « ouvrir », puis allez cliquer sur le portail en question. S’il s’agit de ramasser un objet, il apparaît ensuite directement dans votre inventaire. Bref, à part d’incessants allers-retours un peu barbants, diriger les différents protagonistes relève du pur plaisir !

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Un exemple vaut mieux que mille paroles – ©IndieMag

C’est la découverte de certains éléments, ou l’assemblage de certains objets collectés au cours de l’aventure qui vous permet de progresser dans l’histoire.

Mais si, comme moi, tout ne vous paraît pas toujours évident (certaines combinaisons sont franchement WTF !), il rese le système d’aide intégré -qui est, pour moi, l’idée du siècle- ! Quand vous êtes coincés, il suffit de composer un numéro particulier depuis n’importe quel poste téléphonique du jeu pour obtenir un coup de main. Cela va de la simple suggestion à la démarche détaillée, selon l’impatience du joueur.


Ambiance à la Twin Peaks


Bourré de références à la pop culture des années 80-90, Thimbelweed Park met en scène des personnages délicieusement cinglés mais curieusement attachants : le shérif local semble avoir des doubles dans toute la ville (ainsi que quelques tics de langage !), la diseuse de bonne aventure est complètement loufoque et jette des malédictions à tout va, tandis que les Frères Pigeons s’intéressent à de mystérieux signaux provenant des cieux… Bref, avec toute cette petite troupe, pas moyen de s’ennuyer ! 

L’ambiance à la fois glauque et oppressante cueille le joueur dès les premières minutes de jeu, servie par une bande son de très bon goût, mais qui deviendra vite agaçante une fois quelques heures passées sur le jeu.


Etrange, vous avez dit étrange ?


Si tout commence par une enquête, le cadavre qui refroidit dans la rivière est finalement le cadet de vos occupations : l’histoire dérive rapidement en une résolution des quêtes personnelles de plusieurs protagonistes.

On peut donc contrôler jusqu’à cinq personnages interchangeables (dont les deux fédéraux), ce qui permet d’avancer dans le jeu même lorsqu’on bloque sur un élément. Les trois personnages complémentaires sont présentés au joueur par le biais de flashbacks jouables plutôt bien amenés. On y découvre leur histoire, les problèmes auxquels ils ont confrontés, et l’attachement est quasiment immédiat !

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©Polygamer

Casu ou hardcore ?


A vous de choisir, selon votre niveau, le mode avec lequel vous préférez débuter l’aventure.

Les novices dans mon genre auront tendance à préférer le mode casual, plus accessibles aux débutants, et dans lequel les objets sont généralement prêts à l’emploi. Idéal pour rentrer en douceur dans le monde fabuleux du point & click ! Au contraire, le mode hardcore s’adresse aux joueurs plus expérimentés avide de résoudre toutes les énigmes et de s’adonner à des combinaisons complexes (=crafter #jedéballemascience).


☞ Porté par une excellente écriture, Thimbleweed Park semble être un hommage réussi aux grands jeux de Point & click de l’époque. Les nouveaux joueurs, comme les nostalgiques du genre devraient y trouver leur compte grâce aux deux niveaux de difficulté proposés, ainsi qu’aux nombreuses références qui font mouche.

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Développeur : Terrible Toybox
Genre(s) : Point & click
Sortie : 30/03/17
Disponible sur : Switch, PS4, Xbox One, PC, IOS et Android


Boudicca, femme forte et inspirante ♀

Boudicca ; de Jean-Laurent Del Socorro
Publié aux Éditions Actu SF, 2017 – 288 pagesa

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Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ?

À la fois amante, mère et guerrière mais avant tout femme libre au destin tragique, Boudicca est la biographie historique et onirique de celle qui incarne aujourd’hui encore la révolte.

Figure phare et pourtant méconnue de l’histoire de l’Angleterre, Boudicca est ici mise en lumière par Jean-Laurent Del Socorro, qui porte un brillant hommage à l’une des premières féministes de l’Histoire.

« Je n’ai pas besoin de lui car j’assume désormais d’être une de ces solitaires qui n’existent que par elle-même là où d’autres ne peuvent vivre qu’en meute. Je laisse bien volontiers les mots à Pratsutagos. Je n’ai définitivement besoin que du silence. »

La plume de l’auteur a le mérite d’être accrocheuse : il ne s’embarrasse pas de fioritures et va droit à l’essentiel, à l’image même de Boudicca, cette reine plus à l’aise au maniement des armes que des mots. Le tout donne un style agréable à la lecture, qui se charge de plonger le lecteur dans un contexte historique pourtant complexe ! On sent d’ailleurs le gros travail de documentation qu’a fourni l’auteur (cf bibliographie en fin d’ouvrage). Preuve en sont, en plus des informations historiques relatées, les coutumes et rites celtes que l’on appréhende au fil des pages : déroulement d’une cérémonie funéraire, importance des druides dans la communauté, relations homosexuelles et polygamies ancrées dans les mœurs etc.

Boudicca dresse le portrait d’une femme déterminée et atypique pour son époque ! Son évolution s’avère passionnante à observer, d’autant qu’on nous conte tous les aspects de sa destinée et ce de manière très claire. Le roman est ainsi structuré en trois parties : fille de roi (28-43 après J.-C.), épouse et mère (44-59 après J.-C.), reine et guerrière (60-61 après J.-C.). Ainsi, d’une fillette peu sûre d’elle et en manque d’amour paternel, elle deviendra une reine respectée et soucieuse de son peuple, tout en incarnant une guerrière d’envergure, en plus d’être mère. Si elle intrigue par son caractère prononcé et sa volonté d’être l’égale des hommes en tout point, les relations qu’elle entretient avec nombre de personnages secondaires sont enrichissantes et formatrices :  le druide Prydian se charge de l’éduquer et de lui prodiguer ses conseils, Ysbal , une féroce guerrière, veille sur elle depuis toujours, tandis que son amante Jousse lui offre ses bras réconfortants.

« Chaque femme et chaque homme est forgé deux fois : la première fois par les mots des autres, la seconde par ceux que nous gardons en nous-mêmes. »

Au final, Jean-Laurent Del Socorro se contente de citer certaines batailles nécessaires pour repousser les envahisseurs Romains, mais insiste peu sur la dimension épique de celles-ci, n’en offrant qu’un vague aperçu. (et c’est tant mieux à mon sens !)

☞ Femme d’exception au destin marquant, Boudicca est inspirante et nous offre une porte d’entrée vers la culture celte au moment même où ces peuples voient leurs traditions leur échapper petit à petit. Une vraie réussite !

The Promised Neverland t.01 : une mise en bouche intéressante !

The Promised Neverland t.01; par Kaiu Shirai & Posuka Demizu
Publié chez Kazé, 2018

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Emma, Norman et Ray coulent des jours heureux à l’orphelinat Grace Field House. Entourés de leurs petits frères et soeurs, ils s’épanouissent sous l’attention pleine de tendresse de « Maman », qu’ils considérent comme leur véritable mère. Mais tout bascule le soir où ils découvrent l’abominable réalité qui se cache derrière la façade de leur vie paisible ! Ils doivent s’échapper, c’est une question de vie ou de mort !

 

 

Vu l’intensité médiatique autour de ce titre depuis des mois (il existe même un site dédié à la série), j’étais fermement décidée à mettre la main dessus dès sa sortie et j’ai eu bien raison -d’après mon libraire- ! En revanche difficile d’en parler correctement sans prendre le risque de tout spoiler…

On peut dire que ce premier tome lance efficacement l’intrigue, puisque le lecteur est happé dès les premières pages par cette histoire sombre et dérangeante, l’ambiance horrifique étant d’ailleurs contrastée par la naïveté et l’innoncence des enfants présents. Si quelques indices sont dissimulés dans le premier chapitre quant à la nature du fameux secret, je ne m’attendais pas du tout à cette révélation !
Le mangaka regorge de bonnes idées et sait jouer avec nos nerfs : le rythme effréné de ce premier opus annonce une attente infernale en vue des prochains tomes !

Dans une ambiance anxiogène au possible, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage pour Emma, Ray et Norman : ils ont deux mois pour s’échapper de Grace Field House, ou ils mourront.
Très charismatique et attachant, le trio compte parmi les enfants les plus âgés et futés de la structure. Chacun va ainsi apporter une compétence différente, mais complémentaire à ses camarades dans la plannification de leur fuite : Norman, fin stratège, est un peu le génie de l’orphelinat, Ray fait preuve d’un grand sens de l’observation de beaucoup de sang-froid, tandis qu’Emma, plus sentimentaliste, compense par son agilité hors-norme.

Attention, « Maman » n’est pas en reste pour autant ! Glaçante de self control, cette mère de substitution est la reine du poker face ! 

Quant à Posuka Demizu, elle insuffle aux enfants des bouilles rondes et innocentes qui tranchent parfaitement avec l’horreur des « démons ». Le charadesign est très bon et le détail des expressions faciales douloureux de réalisme !

☞ Annoncée comme « la » série révélation de l’année The Promised Neverland se démarque de la production actuelle. Nulle magie ou personnages contrôlant des supers pouvoirs ici, le trio de héros ne peut compter que sur leur intelligence pour parvenir à sauver leur peau ! L’intrigue complexe, l’écriture efficace et les nombreux faux semblants font de ce titre un début de série très enthousiasmant dont on attend impatiemment la suite !