L’atelier des sorciers t.01 : un récit prometteur !

L’Atelier des sorciers t.01; par Kamone Shirahama
Publié chez Pika Editions, 2018

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Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique ! Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Les plus :

Si le début de l’histoire semble assez « cliché » (enfant qui se découvre des capacités particulières, gniagniagnia), le récit ne tarde pas à prendre une direction un peu différente, mettant en avant ses propres codes. Le système de magie, notamment, m’a complètement charmée : nulle baguette nécéssaire à l’accomplissement de sorts, mais seulement un porte-plume et un encrier, puisque les enchantements se dessinent selon un pattern bien précis !

☞ La mangaka réussit, en quelques pages seulement, à poser les bases de son univers magique un peu médiéval, sans pour autant noyer le lecteur sous de multiples informations ! C’est simple et pourtant tellement dépaysant…

☞ Les dessins de Shirahama possèdent un trait très réaliste, elle apporte un soin particulier à ses décors (cette campagne ! 💛), tout en présentant de manière originale ses personnages. Et que dire des découpages hyper dynamiques qui donnent aussi du rythme au récit ?

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©9èmeArt
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©9èmeArt

☞ Le rythme justement, est parfaitement maitrîsé : on a donc le plus grand mal à ne pas dévorer le tome en quelques minutes seulement !

☞ Toutes les précisions relatives à la composition et au tracé des pentagrammes magiques sont fournies, pour le plus grand plaisir du lecteur !

La mangaka soulève des questions intéressantes quant à la pratique de la magie, en particulier sur la question de l’inné et de l’acquis : en principe seuls les personnes nées sorcier.e.s ont des aptitudes et sont capables d’étudier cette science. Mais alors qu’en est-il de Coco ? Est-elle condamnée à pratiquer sans aucun résultat probant ou peut-elle s’améliorer à force de volonté ?

X Les moins :

☞ Une vague impression de « déjà-vu » se dégage de certains passages. Rien de dramatique en soi, Kamone Shirahama proposant une oeuvre suffisamment fraîche et originale.


Il n’y a pas à dire, L’Atelier des sorciers est une jolie mise en bouche ! La mangaka met en place un univers efficace avec ses propres singularités, dont on sent déjà tout le potentiel. Quant à  l’histoire, elle a tout lieu de convenir à un large panel de lecteurs puisqu’on y parle aussi bien de voyage initiatique, que de magie et de sombre complot. Une série à suivre avec attention donc !

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Les Geôliers : le roman qui donne l’impression d’un bad trip !

Les Geôliers; de Serge Brussolo
Publié aux Éditions Folio SF, 2017 – 491 pages

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Il y a quinze ans, Debbie Fevertown s’échappait de Dipton après avoir tué sans pitié son mari et ses deux fils. Aujourd’hui, Jillian Caine est engagée par le réalisateur Dieter Jürgen pour écrire le scénario d’un biopic retraçant la vie de la meurtrière.
Jill rencontre des gens qui ont connu Debbie et ont partagé son quotidien, se rend sur les lieux du crime et découvre que la réalité n’est peut-être pas celle que les médias ont décrite à l’époque. Quels mystères recèle l’étrange ville de Dipton ?

 

Lu dans le cadre du Prix Imaginale des bibliothèques, ce roman -ma première découverte de la plume et l’univers de Serge Brussolo- reste à ce jour, je crois, l’expérience de lecture la plus perturbante que j’ai eue ! Le roman m’a interpellée à plusieurs reprises, et même plusieurs jours après l’avoir terminé, je ne suis toujours pas sûre d’avoir les mots pour le qualifier (du coup j’ai truffé cet article de gifs pour que la pilule passe mieux 😉 ).


☞ L’antichambre de l’enfer


« Il connaît la devise des Geôliers : rien ne doit entrer, rien ne doit sortir »

Imaginez une bourgade américaine coupée de tout, en bordure de forêt. Là-bas vous ne trouverez aucun accès internet ou mobile, mais des traditions ancestrâles vis à vis des arbres, et d’étranges bûchers disséminés ça et là en ville. Les habitants protègent farouchement leur communauté très fermée et flirtent avec l’obscurantisme. Ca y est, vous y êtes ? Bienvenue à Dipton ! (Vous restez, non ?)

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On mélange et ça donne ?…du Brussolo !


Du thriller au surnaturel il n’y a qu’un pas, que l’auteur franchit aisément. Les Geôliers est donc un roman hybride que l’on peine à qualifier : une louche de thriller, un soupçon de science-fiction et une bonne pincée de fantastique feraient-elles l’affaire ? 

A ma grande surprise, l’enquête autour du meurtre commis par Debbie Fevertown ne représente au final qu’une partie infime du roman, et Serge Brussolo ne tarde pas à laisser place à l’action : tournage à Dipton, relations tendues avec les locaux jusqu’à ce que tout dérape.

Mais quelle imagination foisonnante ! Sans spoiler quoique ce soit, si vous ouvrez Les Geôliers, vous aurez droit à un discours sur les extraterrestres, à un mystérieux culte autour des arbres, à une communauté étrange coupée du reste du monde, et à des monstres grotesques, rien que ça !

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Une progression contrastée


Si j’ai peiné à m’immerger dans l’histoire, le mystère s’épaissisant autour de Dipton m’a pourtant happée au bout de quelques chapitres. La mise en place peut paraître lente, mais les péripéties ne tardent pas à s’enchaîner, et la tension narrative qui s’installe subtilement est telle que je n’ai pas pu faire marche arrière avant d’avoir le fin mot de l’histoire ! 

Ajoutez à ça l’ambiance lourde -presque malsaine par moments- qui s’insinue au fil des pages, et vous aurez une idée de mon état pendant la lecture :

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☞ Rêve ou réalité ?


Les Geôliers est de ces romans qui mettent à mal la perception du réel ! Si la première partie du roman est la plus réaliste, Serge Brussolo en profite aussi pour nous faire douter de tout… Ainsi, les témoignages recueillis par Jillian dans le cadre de son enquête prennent des allures d’élucubrations de cinglés tandis que le doute s’installe en même temps chez l’héroïne. Délire paranoïaque ou  vérité monstrueuse ? C’est la question qui taraude le lecteur pendant presque 500 pages 😉 

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Ça vous rappelle quelque chose ?

☞ Comportements humains


C’est finalement une belle étude sociale à laquelle nous convie l’auteur : tous les personnages du roman sont surprenants à leur manière, et plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord.

Dieter, par exemple, est certainement le protagoniste le plus loufoque, malsain et fantasque du récit. Il représente à lui seul bon nombre de déviances humaines, et pourtant…

Quant à Jillian, elle gagne sa vie en écrivant : autrement dit elle n’a rien de l’heroïne badass que l’on attendrait dans ce genre d’aventure. Au contraire, elle tient plus de l’héroïne du quotidien à laquelle on s’identifie facilement : ses hésitations la rendent d’autant plus proche du lecteur, lui aussi décontenancé par les évènements.  


☞ ‘tention c’est pas tout rose


Il est temps d’émettre quelques réserves, car vient un moment où le récit en fait un peu trop : des incohérences ressortent, les coups de théâtre sont un peu évidents, et décrédibilisent du même coup certaines situations.

J’aurais aussi aimé en apprendre davantage sur le « fonctionnement » des arbres, certains points restant plutôt obscurs, même si ne gênant pas le récit en soi. (#jechipote)


Les Geôliers ressemble ni plus ni moins à un formidable trip sous acide ! 😀 Original et plutôt réussi, la peur n’y est jamais bien loin et l’ambiance quasi hypnotique du roman a tôt fait de nous faire perdre pied avec la réalité. Une chose est sûre : les promenades en forêt n’auront plus la même saveur désormais !

En bref :
– un mélange des genres qui fait son petit effet
– des personnages moins simplistes qu’en apparence
 ✘ – une longue mise en place un peu décourageante

[Test] A Normal Lost Phone : une aventure narrative dépaysante

On a souvent l’impression que notre vie entière est contenue dans notre téléphone, et c’est quand on l’égare, même momentanément, que l’on se rend compte à quel point c’est un fait avéré ! A Normal Lost Phone arrive à point nommer dans le paysage vidéoludique pour interroger notre rapport à cet appareil du quotidien. 


Enquêteur ou voyeur ?


Le pitch de départ est simple et concis : vous trouvez un téléphone dans la rue, et tachez de découvrir ce qu’il est advenu de son propriétaire en fouillant sans vergogne dans le contenu de l’appareil. Il apparaît vite que Sam -18 ans depuis quelques heures seulement-, a disparu du domicile parental sans crier gare…

Tous les contenus du téléphone sont déblocables au fur et à mesure de votre avancée, ceci dit plusieurs mots de passe sont nécessaires pour accéder à l’ensemble des secrets du jeune homme. Visionnage de photos, lecture de messages et d’échanges par mails, fouille sur différents forums et applications, il vous faudra jouer les détectives (un peu voyeur sur les bords !) pour en apprendre davantage sur la vie de Sam, dans l’espoir de pouvoir lui rendre son bien.

Force est de constater que la narration est impeccable : on a vraiment l’impression d’avoir une liberté totale de mouvement, alors même que l’accès à de nouveaux contenus est prévue dans le scénario au fur et à mesure. 


Le réalisme avant tout


Difficile de ne pas se prendre au jeu quand on constate le réalisme qui se dégage de l’ensemble : tout est crédible, des fautes d’ortographe dissiminées ci et là, aux discussions du quotidien -certaines sans rapport direct avec l’intrigue-. Même la bande son, disponible selon les choix du joueur via une application musicale, colle à l’ambiance et renforce l’immersion. D’ailleurs, les tonalités à la fois douces et nostalgiques m’ont un peu rappelé mon expérience de jeu sur Life is strange.

Le jeu s’avère étonnament prenant et, à priori, vous n’aurez pas besoin de plus de 2 ou 3 heures pour venir à bout de l’aventure. La rejouabilité paraît compliquée dans la mesure ou A Normal Lost Phone perd en intérêt une fois le secret de Sam percé à jour. Une seconde partie n’est cepandant pas inintéressante pour remettre les éléments dans leur contexte, ou mieux appréhender les réactions du jeune homme et de son entourage. Dans tous les cas, au vu du faible coût d’achat, le rapport qualité / durée de vie / immersion me paraît très correct.


Des messages importants


Si A Normal Lost Phone aborde des thématiques adolescentes banales, on découvre rapidement que la vie en apparence bien rangée du jeune Sam est plus complexe et tortueuse qu’elle n’y paraît. Ainsi, le jeu prend un tournant plus sociétal quand la vérité commence à se révéler.

Difficile d’en dire plus sans risquer de tout spoiler, sachez juste qu’il s’agit d’un sujet rarement abordé jusque-là dans les médias, mais que les développeurs ont traité, à mon sens, avec une grande justesse et beaucoup de bienveillance.

Le jeu permet également d’interroger le joueur sur son rapport aux réseaux sociaux, aux traces qu’il laisse en ligne, et la manière dont il gère sa vie privée. Globalement, il y a fort à parier pour que le jeu laisse une trace en vous et vous incite à repenser à tout cela longtemps après la fin de votre partie ! (et on ne va pas se mentir : c’est plutôt bon signe !)


Le portage sur Switch : la bonne idée


Si une version PC du jeu est disponible, je ne saurais que trop vous conseiller d’y jouer plutôt directement sur votre smartphone, ou bien sur la Nintendo Switch si vous avez la chance d’en posséder une.

Et pour cause, l’immersion est bien plus importante si vous vivez l’aventure sur un petit support, similaire au smartphone que vous dénichez dans le jeu ! Le mode nomade de la Switch, en portrait, s’y adapte justement très bien, d’autant plus que vous pourrez utiliser la fonction tactile de l’écran pour naviguer dans l’interface, comme vous le feriez avec un vrai téléphone !


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A Normal Lost Phone
Développeur : Accidental Queens
Genre(s) : Aventure
Sortie : 2017
Disponible sur : Switch, PC, IOS et Android
☞ Sans être le jeu de l’année, A Normal Lost Phone est une expérience rafraîchissante et orginale. Sous ses airs légers, il révèle une vérité plus sensible, et traite aussi bien du passage à l’âge adulte que de la quête de soi, sans jamais porter de jugement. Une chose est certaine : vous ne regarderez plus votre télephone de la même manière ! 😉 
Note : Pour ceux qui en voudraient déjà plus, sachez qu’un deuxième opus (Another Lost Phone: Laura’s Story) a déjà vu le jour sur PC, IOS et Android !

C’est le 1er, je balance tout ! #13

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Créé par Julia, du blog Allez vous faire lire, ce rendez-vous mensuel a (un peu) vocation à proposer une alternative au fameux « C’est lundi que lisez-vous ? ».


1. Top & flop du mois


Et qui est-ce qui choisit de mieux en mieux ses lectures de manière à éviter les déceptions ? Hmm, qui est-ce ? 😌

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☞ Dans la catégorie « Héroïne qui ne s’en laisse pas conter », nous avons donc : 

Je n’en dis pas trop car j’espère pouvoir leur consacrer un article dédié sous peu (donnez moi du teeeemps !), mais chacun de ces romans jeunesse met en scène une héroïne forte, déterminée, qui se bat souvent pour devenir ce qu’elle voudrait être (scientifique, exploratrice…m’voyez l’idée ?) à une époque où la société ne le permet pas forcément, ou le considère très mal. J’ai peut être un peu moins accroché à Star Trip qui souffre de petits problèmes de rythmes, même si les rencontres farfelues qui le ponctuent et les clins d’oeil à l’univers de Star Treck m’ont beaucoup plu !

☞ Dans la catégorie « C’est un grand oui ! », j’appelle à la barre :

  • Frères d’exil fait partie de ces livres nécessaires pour parler de sujets d’actualité avec les enfants. Présent dans la sélection CM2-6e du Prix des Incorruptibles cette année, il aborde avec une grande poésie le réchauffement climatique ainsi que l’exil forcé des populations. Kochka réussit à faire passer un très beau message d’espoir et de tolérance. On pourra simplement reprocher au récit d’être un peu édulcoré et de ne pas aborder les éventuels problèmes auxquels les exilés peuvent être confrontés. Néanmoins, son format court et sa langue rendent le roman très accessible aux jeunes dès 11-12 ans !

  • Le Bois sans dessus dessous est sans doute le recueil le plus mignon qu’il m’ait été donné à lire cette année ! Dans cette forêt, le thé tient plus de la tradition que du simple breuvage plaisir : chaque animal possède donc une relation particulière à cette boisson, comme l’illustre les différentes histoires. Ainsi, le loir et sa femme tiennent un salon de thé, le renard médite près des plantations, et la grenouille dirige une fabrique de sachets. Les contes sont assez courts pour faire figure d’histoires du soir, et chacun souligne une morale intéressante.

☞ Dans la catégorie « Donnez-moi la suite ! », je demande… :

Ah les séries… inévitables aujourd’hui, j’en ai quelques une en cours et JE M’EN SORS PAS NOMDIDIOU!

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Mon rêve ? Une bande de petits lutins pour m’assister et me tenir mes livres quand je lis à table !
  • Après un 4e tome de transition et un 5e qui m’avait laissée sur les fesses (non mais vraiment, cette fin !), Maxime Chattam s’est lâché dans ce 6e opus ! Neverland a une saveur particulière, puisqu’il a le goût de la presque fin -avant dernier tome de la saga obligé-. On se refuse donc à aller trop vite, de peur de quitter tous ces personnages formidables auprès desquels on a frissonné. Deux mois que je me refuse à entamer l’ultime aventure de l’Alliance des trois…il le faudra bien pourtant!
  • Et quel plaisir de retrouver les personnages et l’univers si riche créé par Sarah J. Maas avec A court of wings and ruin ! Riche en rebondissements variés, on y retrouve Feyre, héroïne charismatique et déterminée, désormais (presque) débarassée de son traumatisme, et endossant fièrement son nouveau rôle politique. Si le second tome reste à ce jour mon favori, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette aventure, rafraîchissant du même coup mon niveau d’anglais ! (et fangirlant un bon coup, parce que Rhysand voyez-vous…)

☞ Dans la catégorie « Je chipote », ils ont poppé :

  • Big up aux Editions Sarbacane, dont la collection Exprim’ est toujours source de bonheur de lecture pour moi ! Les quatre gars n’ont pas vraiment fait exception mais certaines situations que vivent les personnages m’ont parues un peu tirées par les cheveux. Mimine en parle bien mieux que je ne le pourrais jamais sur son blog si vous voulez en savoir davantage !
  • L’été de Summerlost avait tout pour lui. Il y est question de deuil à la suite d’un drame et chose surprenante, on y parle même théâtre, ce qui est plutôt rare en littérature jeunesse ! Oui mais voilà, s’il s’agit d’un roman touchant, avec une approche intéressante et un style plutôt sympathique, le rythme est assez inégal, et surtout j’ai peiné à m’attacher aux jeunes héros.

  • Depuis son grand succès avec le fameux La vérité sur l’affaire Harry Québert ou même Le livre des Baltimore, Joël Dicker était attendu au tournant ! C’est avec plaisir que je me suis plongée dans son dernier roman, qui m’a cependant laissé une impression mitigée. Si le pitch de départ était accrocheur, on peut reprocher à l’auteur de ne pas se renouveller suffisament : les mêmes ficelles sont utilisées encore et encore… (roman choral, narration sur deux époques, cliffhanger à chaque fin de chapitre etc.)

Dans la catégorie « Expérience de lecture originale », j’invoque :

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Présent dans la sélection du Prix Imaginales des bibliothécaires, Les Geôliers m’a laissé une impression étrange. Presque une semaine après la fin de ma lecture, je n’arrive toujours pas à savoir ce que j’en ai réellement pensé, ni à mettre des mots dessus.

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Tout commence avec ce qui ressemble à un simple thriller, mais dès quelques chapitres, l’auteur nous emporte vers des horizons surnaturels très inattendus, le tout étant étonnament addictif ! Le lecteur navigue ainsi entre deux eaux, cette ambiance nymbée de mystères lui faisant perdre complètement pied avec la réalité.

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Bref, j’avais l’impression d’être en plein bad trip.

Côté challenges, mes dernières lecturs m’ont permis de bien avancer dans le challenge Les Irréguliers de Baker Street (pour plus d’infos, l’article explicatif se trouve juste là).

8) Le Mystère du Val Boscombe : lire un livre se passant à la campagne (Le Bois sans dessus-dessous)
19) La Figure Jaune : lire un livre dont la couverture est à dominante jaune (Neverland)
32) La Cycliste Solitaire : lire un livre dans lequel l’héroïne pratique le vélo (L’été de Sommerlost)
46) La disparition de Lady Frances Carfax : lire un livre traitant de la disparition d’une personne (La disparition de Stéphanie Mailer)
53) Les Trois Garrideb : lire le troisième tome d’une saga (A court of wings and ruin)

Tout ça nous fait donc un total de 19/60  !


2. Les chroniques des autres


Les deux mois écoulés m’ont permis de faire le pleins de découvertes et de faire connaissance de lecteurs talentueux que je suis de près depuis :

  • Je ne me lasse pas de parcourir le travail de Face de citrouille dont le blog s’avère passionnant de bout en bout et rassemble de nombreuses thématiques qui me tiennent à coeur : littérature jeunesse, diversité et féminisme. Chacun de ses articles est source d’inspiration ou de réflexion, et nous semblons avoir des goûts commun en matière de lecture 😉 Je vous conseille particulièrement son article sur « 8 livres jeunesse avec un message féministe » que j’ai adoré !
  • Pauline, du blog Marquons les pages, lit énormément en anglais (mais pas que !) et se rend déjà coupable de l’allongement dramatique de ma wishlist #CimerAlbert. Très ouverte à la discussion et disponible sur les réseaux sociaux -Instagram en tête-, elle saura vous faire faire de jolies découvertes et vous convaincre de lire davantage en anglais ! A voir aussi sur son blog : son projet de voyage en Angleterre à thématique Agatha Christie (tu parles comme ça m’a intéressée, j’étais comme une petite folle !).

3. Ce qu’il se passe de chouette sur le web


Cassandra, du très joli blog Croque les mots, nous invite à une réflexion sur notre rapport aux livres et à la manière de les consommer : est-il possible de conjuguer mouvement minimalisme et plaisir de la lecture quand on est grand lecteur ? (#questionà1000balles)

La question m’a interpellée dans la mesure où j’ai -pardonnez moi l’expression- le cul entre deux chaises : d’un côté j’essaie de ne pas m’encombrer inutilement, de ne pas céder à l’achat « facile », mais de l’autre j’aime avoir des objets me rappellant les univers qui m’ont chamboulée au fil de mes lectures. Si je trie régulièrement ma bibliothèque pour ne garder que les beaux livres ou éditions collectors fétiches et que j’emprunte beaucoup en médiathèque de manière à limiter les dépenses, j’ai malgré tout ce besoin de posséder mes lectures favorites (et pas juste en ebook, c’est pas pareil !) et ce petit côté « collectionneuse » qui me gêne.

J’ai découvert le mois dernier la chaîne YouTube de Papa Papou, un peu par hasard il faut bien le dire. Si l’ensemble de leurs vidéos ne m’accroche pas forcément (on y parle beaucoup bébé et parentalité en général, sujets à 10.000 km de mes préoccupations actuelles :D), celles où ils présentent des ouvrages jeunesse m’ont tapé dans l’oeil, et m’ont permis de noter des références intéressantes ! Homoparentalité, question du genre, imagiers pas gniangnian…leur rubrique « Bouillon de puériculture » est savoureuse !


4. Et moi dans tout ça ?


Vous l’avez peut-être remarqué (ou pas, je n’irais massacrer personne dans son sommeil promis !) mais le blog prend une direction plus généraliste. Non pas que je ne lis plus ou que je me lasse, mais étant une personne de nature plutôt curieuse, la lecture est loin d’être mon unique point d’intérêt ! Raison pour laquelle vous trouverez des articles plus divers au fil du temps. La révolution a d’ailleurs déjà commencé puisque je me suis lancée dernièrement dans des tests de jeux-vidéo (le premier est en ligne juste-là) ou encore dans une brève critique théâtrâle (c’est à lire par ici) ! 

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Sur ce, bon mois d’avril à tous !


Albumez-vous #11 : encore des coups de cœur !

Trois mois après le dernier rendez-vous -souvenez-vous, c’était en décembre à l’occasion de Noël !- je reviens par ici pour vous présenter les derniers ouvrages jeunesse ayant enchanté mes mirettes !

Note : Ayant comme une imbécile supprimé toutes les photos prises de l’intérieur desdits albums sur mon PC, j’ai du en piquer ici et là sur le site des différents éditeurs : mea culpa, c’est un peu nul.


Aspergus et moi; par Didier Lévy & Pierre Vaquez
Publié aux Editions Sarbacane, 2017
[A partir de 6 ans]

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Perle d’originalité à tous les niveaux, Aspergus et moi raconte ni plus ni moins la naissance de l’art moderne !

Un jeune rat sans le sou travaille aux côtés du peintre Franz Aspergus. Chargé de préparé la couleur noire pour son maître, il subit de plein fouet la panne d’inspiration de ce dernier, las de ses toiles toutes semblables. L’heure est alors à la remise en question…et c’est l’apprenti qui suggérera à M. Aspergus diverses techniques pour renouer avec sa créativité perdue : peindre de la main opposée, les yeux fermés…

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©Editions Sarbacane

Graveur de métier, Pierre Vaquez nous offre des illustrations élégantes, qui restranscrivent à merveille l’ambiance du texte. Si l’on assiste à une amitié naissance, l’album offre aussi une jolie réflexion sur le processus de création. Aventure touchante et poétique, Aspergus et moi propose de nombreux clins d’oeil et questionne l’appréciation artistique selon les époques.


Polaire l’ours solitaire; par Khoa Le
Publié aux Editions Nuinui, 2016
[A partir de 5 ans]

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Ici, c’est l’histoire d’un petit ours blanc du nom de Polaire, qui nous est contée. Seul sur la banquise, Polaire part à la recherche de sa maman. En chemin, il fera plusieurs rencontres, notamment celle d’Amie, qui fera un bout de chemin à ses côtés avant de rejoindre ses semblables.

Imprimé sur feuille d’argent, l’album offre des illustrations d’une grande beauté ! Leur aspect très onirique plonge le lecteur dans une ambiance un peu magique et hors du temps.

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©Editions Nuinui

Polaire l’ours solitaire offre un très joli moment d’évasion, mais comporte aussi plusieurs niveaux de lecture. Selon l’âge du lecteur, l’album ne sera pas perçu de la même manière : les plus petits y verront simplement un voyage initiatique comme tant d’autres, tandis que les plus aguerris sauront percevoir la dimension écologique qui se cache derrière. C’est un magnifique conte autour du réchauffement climatique et ses conséquences que propose Khoah Le. L’album permet aux enfants de comprendre, par un exemple concret, la raison pour laquelle chacun doit faire un effort pour réduire son impact sur la planète.


Boucle d’ours; par Stéphane Servant & Laetitia Le Saux
Publié aux Editions Didier Jeunesse, 2013
[A partir de 3 ans]

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Se déguiser en fille quand on est un garçon ? Inconcevable pour Papa Ours, même en période de Carnaval ! C’est bien connu, les jupes et les couettes, c’est pour « les filles, les oursonnes, les femmelettes, les cacahouètes, les hommelettes ! ». Seulement Petit Ours n’en démord pas : il sortira en Boucle d’Ours et puis c’est tout !

Comme toujours chez Didier Jeunesse (#ModeFangirlOn), on a à faire à un texte de qualité, pertinent (avec juste ce qu’il faut d’impertinence !),  dont l’aspect comique est renforcé par le zozotement de Petit Ours, le travail sur les rimes et les intonationsemployées.

Les bouilles des personnages sont très réussies, et l’utilisation par Laetitia Le Saux de papiers découpés rend le tout encore plus vivant ! On notera, en plus, les clins d’oeil à d’autres contes classiques au fil des pages. 

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©Editions Didier Jeunesse

Avec Boucle d’Ours, les auteurs bousculent habilement les standards que la société impose, ce qui en fait un album à mettre entre toutes les petites mains à une époque où l’on a tendance tout catégoriser et à reléguer l’épanouissement de chacun au second plan.


Björn; par Delphine Perret
Publié aux Editions Les Fourmis rouges, 2016/2017
[A partir de 3 ans]

 

Créés par la talentueuse Delphine Perret, Björn et ses compagnons de la forêt ont une vie simple mais enviable : que ce soit au travers d’un pique-nique entre amis, d’un joli paysage, ou bien de la réception d’une lettre, tout est propice à la contemplation. Ensemble, avec beaucoup de fraicheur et de naïveté, ils enjoignent le lecteur à profiter des petits bonheurs du quotidien.

Récompensé par une Pépite au Salon jeunesse de Montreuil en 2016, Björn offre un cocon de bienveillance et de douceur dans lequel on se blottit avec envie ! Il y a quelque chose d’infiniment apaisant et ressourçant dans les saynètes que propose l’autrice. De son trait simple mais efficace, elle traite avec brio du vivre ensemble et du partage. A mi-chemin entre l’album et le premier roman, cette oeuvre tendre et décalée a de quoi enchanter !

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©Editions Les Fourmis rouges

L’oiseau de Colette; par Isabelle Arsenault
Publié aux Editions La Pastèque, 2017
[A partir de 4 ans]

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Colette vient d’emménager dans une nouvelle maison, et rêve d’avoir un animal de compagnie à elle. Seulement, sa maman ne voit pas les choses de la même manière, et lui conseille plutôt d’aller explorer le quartier ! Sur un malentendu et une histoire d’oiseau commence alors une joli aventure pour la petite fille à l’imper’ jaune.  

Colette est une petite héroïne à l’imagination débordante, on se délecte d’ailleurs des réponses loufoques qu’elle fournit à ses nouveaux amis !
Dans cet éloge à l’enfance, Isabelle Arsenault nous enchante une fois de plus visuellement. Découpé en planches à la manière d’une bande dessinée, L’oiseau de Colette est un petit bonheur visuel : l’utilisation de l’aquarelle et le jeu autour de la couleur (seules les teintes jaunes et bleues sont employées, tout le reste est représenté en noir et blanc) ajoutent au charme de cet album.

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©La Soupe de l’Espace

Une histoire inventée prenant des proportions gigantesques, une nouvelle bande de copains, du jeu et de l’exploration… tout cela donne une histoire pleine de tendresse et de bienveillance, dans laquelle Isabelle Arsenault fait la part belle à l’imagination. Une petite douceur à savourer, en attendant les nouvelles aventures de la bande du Mile-End!


Certains vous donnent envie ? (#Cestfaitpour)

J’ai égaré la lune 🌜

J’ai égaré la lune; de Erwan Ji
Publié aux Éditions Nathan, 2018 – 364 pages

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Quand j’étais petite, j’imaginais ma vie à vingt ans. J’irais à la fac à New York, je partagerais une petite chambre avec une coloc râleuse, et mon copain m’appellerait chérie.

Je viens d’avoir vingt ans. Je vais à la fac à Tokyo, je partage une grande maison avec six colocs géniaux, et ma copine m’appelle ma petite otarie.

Alors oui, je suis peut-être pas très forte en imagination de vie. Mais tu sais quoi ? C’est pas grave. La vie, c’est comme une blague. C’est plus rigolo quand t’as pas deviné la fin.

 

Souvenez-vous, il y a quasiment un an, je vous cassais les pieds h24 pour vous convaincre de lire J’ai avalé un arc-en-ciel parce que c’était « trop génial » et qu’on avait « jamais lu quelque chose de similaire avant ». Eh bien la sortie du deuxième roman d’Erwan Ji est l’occasion de réitérer mon appel 😀 Grâce aux Editions Nathan (et à l’auteur !) j’ai pu découvrir J’ai égaré la lune avant sa parution, et tout ce que je peux en dire c’est : 

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☞ On prend les mêmes et on recommence !


La brève introduction donne le ton, on retrouve Puce deux ans après le début de J’ai avalé un arc-en-ciel (JAUAEC, pour que vous suiviez), prête à reprendre du service sur son blog. Rien n’a changé, ou presque : on s’apprête à suivre les pérégrinations de Puce et Aiden à Tokyo, où elles vont vivre plusieurs mois dans le cadre d’un échange universitaire. 

Encore une fois, le ton cocasse et si particulier de Puce en fait une héroïne que l’on adore dès les premières lignes. Rajoutez à cela l’emploi du tutoiement, et vous aurez l’impression de la connaître depuis toujours ! (c’est d’autant plus vrai quand vous avez lu JAUAEC avant, mais forcément vous l’avez lu ! Non ?…)

« La vie ce n’est pas attendre que les orages passent, c’est apprendre
à danser sous la pluie. »


☞ Auberge espagnole à la japonaise


Avec un humour incomparable et des opinions très affirmées, Puce décrit son quotidien japonais et nous enchante de ses bourdes linguistiques ! Il faut dire qu’elle se retrouve perdue en terre étrangère, quasiment livrée à elle-même : handicapée par une langue qu’elle ne parle pas, elle expérimente diverses petites galères administratives qui feront certainement sourire les gens ayant déjà vécu une expérience d’expatrié !

D’ailleurs, l’immense colocation que déniche la jeune fille aux côtés de six autres personnes aux nationalités variées (Américains, Coréens, Philippins, Grecs, Français…) n’est pas sans rappeler le film « L’auberge espagnole ». La diversité culturelle de ses camarades de maison est d’ailleurs souvent source de débat ou d’anecdotes amusantes au fil des chapitres.


☞ Bienvenue au Japon !


Les explications relatives aux différences linguistiques participaient au charme de JAUAEC, et Erwan Ji reprend le même principe dans son nouveau roman. Sachant qu’il a lui-même vécu au Japon, l’expérience de lecture est d’autant plus réaliste ! 

Si comme moi la culture japonaise vous est totalement inconnue, vous aurez donc le plaisir de découvrir l’existence des konbinis, des love hotels, ou encore des chikan (l’équivalent des pervers qui sévissent dans les transports en commun). Vous apprendrez également fonctionnement les Japonais adoptent pour leur système d’écriture, et vous serez (peut-être comme moi) abasourdis de voir que Tokyo met à disposition des wagons réservés aux femmes aux heures de pointe, pour leur éviter de se retrouver confrontées à des chickans !

En parallèle de ça, Puce analyse toujours certains termes anglais, et se confie sur la difficulté relative à penser en plusieurs langues, ce qui lui mélange parfois un peu les pinceaux. 


☞ Vivre, tout de suite


Ce séjour au Japon, c’est aussi l’occasion, pour notre héroïne, de s’interroger sur le sens de la vie, de réfléchir à ses envies et à son futur. On suit le cheminement de ses réflexions existentielles, et j’ai trouvé qu’elle abordait parfois des sujets étonnamment matures pour son âge.

On dit souvent que les voyages forment la jeunesse, mais l’expression n’a jamais pris autant de sens qu’avec le personnage de Puce !

« De retour aux Etats-Unis, j’avais eu l’impression d’aller à l’étranger, et en revenant au Japon, de rentrer à la maison. Je pensais qu’un échange international signifiait s’accommoder de ne pas être chez soi pendant neuf mois, en fait c’est pas ça du tout. Vivre dans un autre pays, c’est apprendre à se sentir chez soi ailleurs. »

☞ Erwan Ji continue sur sa lancée et offre une excellente suite à JAUAEC ! Dans la même veine que le film « L’auberge espagnole », il propose un récit de vie d’une grande sensibilité, dans lequel Puce expérimente les doutes de cette période transitoire à mi-chemin entre l’adolescence et l’âge adulte. J’ai égaré la lune fait partie de ces bulles de bonheur desquelles on aimerait ne jamais sortir tant les personnages paraissent  authentiques et touchants. 

En bref :
– le regard franc de Puce sur son environnement
– un humour omniprésent
– des tonnes d’anecdotes relatives à la culture japonaise
– des pistes de réflexion sur la vie après la mort ou la manière d’envisager sa vie…

Une saison au théâtre : le bilan #1

Le théâtre, j’y ai mais les pieds pour la première fois à l’âge de six ans : d’après ma mère je n’avais « pas tout compris, mais c’était drôlement bien ! ». Fort de ce premier succès, nos sorties culturelles autour de cet art vivant se sont multipliées au fil des années, jusqu’à mon entrée en fac qui a signé leur interruption. 

Mais ça, c’était sans compter sur ma super maman qui, pour mes 25 ans, m’a offert un abonnement à l’Opéra de Vichy, dont je ne saurais trop vous recommander la programmation ! (ouais, y’a pas qu’à Paris qu’on est bien !) J’en profite pour vous glisser un petit lien sympa pour une visite virtuelle de l’opéra dont les décors valent largement le détour !

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Personnellement, je trouve que ça a de la gueule (pardonnez-moi l’expression)

Ni une, ni deux, j’ai eu envie de parler plus en détail de chaque pièce vue cette saison. Problème : je n’ai aucune formation théâtrale, ne connais pas forcément le vocabulaire adéquat, vous vous contenterez donc de mes impressions à chaud et tant pis pour le reste ! 😀


L’HEUREUX ÉLU, d’Eric Assous

avec Bruno SOLO, Yvan LE BOLLOC’H
Yvon BACK, Mélanie PAGE, Mathilde PÉNIN


indexNous sommes à Paris, quartier de la Bastille dans l’appartement de haut standing dans lequel vivent Greg et Mélanie. Ce soir, Charline, une amie de longue date expatriée à New York, est invitée et souhaite leur présenter son fiancé. Problèmes : 1) Jeff, un ancien compagnon de la jeune femme, s’est invité également dans l’espoir de reconquérir la belle qui l’a quitté comme un malpropre il y a plusieurs années. 2) Le promis de Charline -Noël de son petit nom- s’avère être un odieux bonhomme qui pense « différemment », et de ce fait, met tout le monde très mal à l’aise. 

Assous met en scène avec réalisme une petite bande de quarantenaires bobos, et observe ses protagonistes avec la plus grande ironie. Sous couvert de légèreté et de triangle amoureux, L’heureux élu aborde des sujets modernes comme le couple, l’amour et la tromperie. 

L’idée de prendre le public en aparté pour expliquer le passif de tel ou tel personnage est bien vue et permet, en outre, d’instaurer des moments de complicité avec le public.

Côté prestations, rien à redire, tout est jubilatoire et bien pesé. On retrouve Bruno Solo, acteur que je connaissais davantage pour ses rôles « populaires » à la télévision ou au cinéma. Le voir sur scène aux côtés de son acolyte Yvan Le Bolloc’h,  tant d’années après Caméra Café était une agréable surprise ! Solo incarne avec talent un éternel ado, financièrement à l’aise et complètement oisif, tandis que Le Bolloc’h est parfait dans son rôle de séducteur un peu imbu de sa personne. Même David Brécourt parvient à donner à son personnage, pourtant détestable, une consistance et des mimiques intéressantes ! Quant aux rôles féminins, ils ne sont pas en reste pour autant, puisque Mélanie Page joue une Charline très touchante, tandis que Mathilde Pénin se démène sur scène afin d’accorder toute ce petit monde.

Moi qui pensais ne pas apprécier les vaudevilles, c’était sans compter sur la nouvelle pièce d’Éric Assous ! Comédie satirique et enjouée, L’heureux élu ne manque pas d’arguments pour convaincre : que ce soit pour la prestation des acteurs, les répliques cinglantes qui fusent à  tout bout de champ, ou bien le sens du dialogue d’Eric Assous, on ne peut que sortir de la salle avec le sourire aux lèvres !


La légende d’une vie, de Michael Stampe

avec Natalie DESSAY, Macha MÉRIL, Gaël GIRAUDEAU, Bernard ALANE…


LLDV-aff-t_1De l’oeuvre de Stephan Zweig on connaît surtout ses romans et nouvelles (Lettre d’une inconnue, Le joueur d’échec…) mais beaucoup moins les quelques pièces -8 au total- qu’il a écrites, dont Légende d’une vie, inédite et jamais jouée jusque-là !

Friedrich Franck, un jeune auteur, vit complètement écrasé par l’image de son père, artiste national élevé au rang de légende. Tout dans la demeure familiale, rappelle le travail du grand homme : sa veuve Léonor y veille scrupuleusement. L’arrivée de Maria, qui a connu Karl Franck dans ses jeunes années, va faire voler en éclat le mythe.

N’ayant pas lu la version papier de la pièce -encore moins en version originale!- je ne suis pas en position de juger de la qualité du texte, néanmoins il m’a semblé superbe et extrêmement moderne pour l’époque. Ils sont nombreux les thèmes abordés par Stephan Zweig dans cette oeuvre ! Si l’ensemble parle de création artistique, il y est aussi question de construction identitaire, d’héritage social, mais surtout du poids des secrets et des non-dits dans une famille. 

Le jeu de chacun des acteurs est formidable et vibrant d’émotion. Gaël Giraudeau campe un personnage véritablement torturé qui redécouvre son père avec une certaine proximité. Son interprétation est d’autant plus juste que certainement inspirée de son propre vécu (il est le fils de l’acteur Bernard Giraudeau). La place des femmes dans le processus créatif est également représentée, à travers les personnages de Léonor et Macha, sublimes sur scène.

Subtile dans son approche des liens filiaux, La légende d’une vie est remarquable d’humanité et de beauté. Dans une ambiance tendue et redoutable, Michel Stampe offre aux spectateurs toute une palette d’émotions sur le chemin de la vérité. 


Silence, on tourne ! 

de Patrick Hautdecoeur et Gérald Sibleyras


silence_affiche_webÉcrite à quatre mains, Silence on tourne ! nous entraîne dans les coulisses d’un plateau de cinéma où rien ne se passe vraiment comme prévu. Ici, aucune tête d’affiche, tous les interprètes ayant un rôle égal à jouer. 

Nous avons donc, en désordre :
– le réalisateur du film, amoureux transi de la jeune première, qui le mène joyeusement mais fermement par le bout du nez
– le producteur endetté jusqu’au cou, mari infidèle et homme méprisant qui n’hésite pourtant pas à implorer son épouse, actrice sur le film, de l’aider financièrement
– la jeune actrice Lola et ses rêves de grandeurs : rêvant de faire carrière, elle est prête à tout pour arriver à ses fins
– Philippe, l’éternel second rôle, complètement invisible aux yeux des autres
– l’assistant du réalisateur, auteur voulant se faire remarquer, qui doit faire avec l’humeur de chacun.e

N’oublions pas, en prime, la maquilleuse étrangère que personne ne comprend, la preneuse de son qui règne sur le plateau tel un dragon, ni les techniciens qui interviennent à plusieurs reprises pour proposer des interludes musicaux aux spectateurs ravis !

En plus de s’être attelé à l’écriture du scénario, Patrick Hautdecoeur se glisse dans la peau d’un des personnages, et incarne ainsi l’assistant-réalisateur sur scène. Sorte de chef d’orchestre de ce plateau de tournage où chacun se soucie davantage de ses problèmes personnels que du projet cinématographique en lui-même, il se montre à la fois candide et facétieux, pour le plus grand bonheur du public, dont la complicité est acquise dès le début de la pièce.

Effectivement, il est acquis que le public de la salle fera office de figurants pour le film, ce qui amène régulièrement les interprètes à prendre à partie des gens dans la salle. Tout est évidemment calculé plus ou moins à l’avance, mais il n’empêche que les gags et catastrophes qui s’enchaînent laissent parfois les spectateurs à bout de souffle d’avoir tant ri !


Acting, de Xavier DURRINGER

avec Niels ARESTRUP, Kad MERAD, Patrick BOSSO


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Imaginez une cellule de prison déjà occupée par deux condamnés. Un beau jour, un troisième lascar les rejoint : lui, c’est Robert, comédien ayant fait carrière dans le théâtre avant d’être arrêté pour meurtre. Des paillettes pleins les yeux à l’évocation du mot « acteur », Gepetto, escroc de bas étage, le supplie de lui apprendre les ficelles du métier pour une éventuelle reconversion quand il aura purgé sa peine.

Réinventer Hamlet et bouleverser l’art dramatique, c’est le défi que se lancent les deux compagnons d’infortune. Commence alors un travail de longue haleine entre Robert, grand amateur d’auteurs classiques (Molière et Shakespeare pour ne citer qu’eux) et son élève, biberonné aux séries télévisés et magazines people. Cette opposition de références entraîne évidemment moultes situations comiques -peut être trop d’ailleurs- : ce comique de situation, souvent réutilisé pendant la pièce, a tendance a lasser. 

Bel exemple de transmission du savoir que Niels Arestrup, admirable dans son rôle de metteur en scène exigeant. Kad Merad campe un personnage plus innocent -concrètement il a le rôle du niais inculte- mais juste dans son interprétation. Même Patrick Bosso s’avère convaincant dans son rôle de taulard taiseux : sa présence silencieuse mais attentive se limite à une gestuelle et des regards pour le moins efficaces. 

Si Xavier Durringer présente avec « facilité » certains clichés du monde du spectacle (notamment l’ego de certaines célébrités ou l’orgueil de certains producteurs), il parvient à placer l’art théâtral au coeur de sa pièce. Ainsi, des questions artistiques un peu complexes ou abstraites sont rendues plus accessibles pour le grand public. 

Huis clos à la mise en scène sobre mais suffisante, Acting respire l’humanité, l’art de se comprendre malgré les différences de chacun. On déplorera simplement le manque d’émotions dans les échanges, ainsi que le côté farce trop présent qui font perdre de la crédibilité à cette pièce tragi-comique.


Tout ce que vous voulez,

de Matthieu DELAPORTE & Alexandre de la PATELLIÈRE

avec Bérénice BÉJO et Stéphane De GROODT


tou_ce_que_vous_voulez_afficheScénaristes et réalisateurs, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière écrivent à la fois pour le cinéma et la télévision. Après « Un dîner d’adieu » et le fameux « Le Prénom » -qui restera forcément dans les mémoires au moins par son adaptation cinématographique très réussie-, ils reviennent sur le devant de la scène avec Tout ce que vous voulez.

Dramaturge en mal d’inspiration, Lucie est confrontée au syndrome de la page blanche quand Thomas, son nouveau voisin, débarque chez elle pour régler un dégât des eaux. Sous couvert de cet accident du quotidien, la jeune femme légèrement névrosée et le fiscaliste plutôt bavard vont se rapprocher, intriguer ensemble, s’engueuler, pour mieux bouleverser leur existence respective. 

Tout s’était bien enchaîné jusque là, j’étais d’humeur guillerette en me rendant au dernier spectacle de la saison, persuadée d’avoir bien cernée mes goûts en matière d’oeuvre théâtrâle (#brefjaimebienrigoleronacompris). Et là…c’est le drame, ou presque.
Bon, j’exagère puisque le thème du couple, maintes fois traité -au théâtre comme au cinéma- est ici abordé de manière relativement originale. J’ai également beaucoup aimé la double mise en abyme imaginée par les auteurs ainsi que la réflexion à laquelle ils se livrent sur le bonheur. Le focus sur le processus créatif n’est pas inintéressant non plus : jusqu’où peut-on s’inspirer de la réalité pour écrire une fiction ? Est-ce nécessairement un mal ?

Non, le problème à mon manque flagrant d’enthousiasme, il s’appelle Bérénice Béjo ! Découverte dans The Artist (film muet, où elle ne parlait donc pas en toute logique #ThanksCaptainObvious) en 2011, je n’avais jamais eu l’occasion de la croiser dans d’autres oeuvres, et ignorais même que j’allais la retrouver sur les planches. Son jeu forcé et sa manière de minauder à chaque réplique a vite eu raison de ma patience…
Heureusement pour le spectateur, Stéphane de Groodt est là pour sauver les meubles ! Irrésistible et débordant de tendresse pour son personnage, il incarne un homme timide et bourru, mais profondément humain et juste. Son jeu naturel s’oppose complètement aux tentatives de sa partenaire de scène, dont on a presque l’impression qu’elle se contente de lire ses répliques par moments.

Néanmoins, l’évolution de leurs sentiments respectifs s’avère touchante, et l’humour présent dans les dialogues font de Tout ce que vous voulez -je n’ai toujours pas compris le pourquoi du titre d’ailleurs- une comédie romantique relativement originale et agréable.


C’est déjà tout pour cette année…rendez-vous l’an prochain pour un nouveau bilan, puisque je suis quasiment sûre de reprendre un abonnement en 2018-2019 😉