Chaton Pâle et les insupportables petits messieurs

Chaton Pâle et les insupportables petits messieurs; de Gaëlle Duhazé
Publié aux Editions Hongfei, 2016 – 44 pages
[A partir de 6 ans]

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Chaton pâle vit dans une jolie maison. C’est parce qu’il n’en sort pas souvent que Chaton est pâle. Certains jours, la maison lui semble petite et étriquée. Ces jours-là, il aimerait sortir. Mais alors surgissent des Petits messieurs routiniers, toujours de mauvaise humeur et très persuasifs. Pour ces insupportables petits messieurs, tout dehors est inquiétant. Du coup, Chaton pâle n’ouvre même plus sa porte à son amie Moufette. Une nuit, pourtant, l’arrivée imprévue et fracassante de Grand-Mère-Chat-du-Pissenlit et de sa corneille Myrtille change la vie de Chaton pâle…

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Qu’on se le dise, c’est grâce à un ami (l’ogre, si tu passes par là…) que j’ai découvert le travail de Gaëlle Duhazé. Et c’est aussi par lui que j’ai eu connaissance de l’album, via un totebag offert en cadeau. 

Publié avec une couverture rigide et imprimé sur un papier épais, très agréable au toucher, l’objet se laisse d’abord admirer

Sous son allure très engageante et ses jolies illustrations, Chaton pâle aborde le délicat sujet de la confiance en soi. Car oui, dans l’histoire, Chaton a peur. Peur d’affronter le monde extérieur, peur d’être avec d’autres personnes -même sa voisine Moufette, pourtant si mignonne-. Craintif et angoissé, à chaque fois qu’il s’apprête à quitter son logis, il voit apparaître de drôles de bonhommes : les insupportables petits messieurs… Heureusement pour lui, sa rencontre avec Grand-Mère-Chat-du-Pissenlit va lui permettre de dépasser ses angoisses, et par là même de grandir. 

Les illustrations au crayon et à l’aquarelle regorgent de beauté et de petits détails cachés. C’est une véritable explosion de couleurs que nous propose Gaëlle Duhazé dans ce livre à mi-chemin entre l’album et la première bande dessinée. D’ailleurs, mention spéciale pour les insupportables petits messieurs au physique plus drôle les uns que les autres !

Nul doute que cette histoire émouvante ne tardera pas à charmer le lecteur, quelque soit son âge : les plus jeunes y verront une simple aventure, là où les adultes percevront le sens plus profond de l’album. Une réussite ! 

En bref :
 un thème rarement abordé
– des illustrations adorables

Le loup en slip

Le loup en slip; de Mayana Itoïz, Paul Cauuet & Wilfrid Lupano
Publié chez Dargaud, 2016 – 36 pages 

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Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui vivent continuellement dans la peur de se faire croquer les fesses. Jusqu’au jour où le loup descend dans la forêt… Méconnaissable ! Le loup ne fait plus peur du tout, il n’a plus le regard fou ni les poils dressés ! Mais comment vivre sans la peur, quand la peur est devenue l’unique moteur ?

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Vêtu d’un bandeau rouge accrocheur à base de « Les vieux fourneaux présentent », forcément, il m’a conquise dès le premier regard ! En le feuilletant dans la librairie, je me suis demandé si c’était un album ou bien une bd, si c’était écrit pour les enfants ou bien si ça se destinait aux plus grands… Et bien oui, mais pas que, parce que comme tous les bons albums, Le loup en slip peut être lu à tous les âges, et ce avec le plus grand plaisir !

L’histoire est simple : dans la forêt, tout le monde a peur du loup. Mais pas d’inquiétude ! Chacun est préparé au mieux pour se défendre contre la vilaine bête : une brigade anti-loup patrouille régulièrement, on trouve des pièges et des alarmes à la vente et même des cours de karaté pour les plus intrépides.  Seulement, le jour où le loup fait son apparition, l’air inoffensif et simplement vêtu d’un slip à rayures, tout le monde est surpris… C’est donc ça la vilaine bestiole aux crocs pointus et au pelage emmêlé ?

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Cet album hilarant, c’est avant tout un mythe qui s’effondre. Parce que, si le loup n’est pas méchant finalement, qui va acheter tous les artefacts vendus pour s’en protéger ?Et quel nouveau but se trouver quand la peur à disparu

Irrésistiblement drôle et accrocheur, cet album a tout pour lui : des illustrations qui regorgent de petits détails, et un propos des plus intelligents. Là où les enfant ne verront qu’une histoire de loup rigolote, les adultes auront les clés pour comprendre cette fable où nos peurs actuelles sont évoquées. Personnellement, j’y vois clairement une référence aux attentats actuels et à la peur grandissante du terrorisme.

Et Les vieux fourneaux dans tout ça ? Eh bien, Le loup en slip, c’est le nom du théâtre de marionnettes dans la série ! (lève la main si toi aussi tu avais oublié) Un lien est d’ailleurs fait entre les deux œuvres à la fin de l’album.

En bref :
 illustrations riches en détails
– un humour décalé savoureux
– plusieurs niveaux de lecture

L’épouvantable peur d’Epiphanie Frayeur

L’épouvantable peur d’Epiphanie frayeur; de Séverine Gauthier et Clément Lefèvre
Publié aux Editions Soleil (collection Métamorphose), 2016 – 92 pages 81jgnzobf7l

Voici Epiphanie. Elle a huit ans et demi.
Et voici sa peur, elle a huit ans aussi.
En huit ans, Epiphanie n’a pas beaucoup grandi.
Sa peur, SI.

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C’est un peu par hasard que je suis tombée sur cette magnifique bande dessinée jeunesse en librairie, il y a quelques semaines. Si j’avais déjà pu appréhender le travail de scénariste de Séverine Gauthier à travers d’autres albums de qualité (L’homme montagne par exemple, Garance, ou encore Coeur de pierre), l’univers graphique de Clément Lefèvre m’était, par contre, inconnu. Eh bien, je ne regrette pas ma découverte !

Epiphanie a un problème de taille : elle a peur de son ombre ! On conviendra que ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique, puisque celle-ci est sensée nous suivre partout… La petite fille entreprend alors un genre de voyage initiatique et part à la recherche d’un remède pour vaincre sa peur. En chemin, elle croisera évidemment plusieurs personnages qui la conseilleront : un guide qui a perdu son sérieux et flotte dans les airs, le docteur Psyche, un chevalier sans peur (du moins jusqu’à ce qu’il la rencontre…), un dompteur de bêtes sauvages et une voyante qui n’arrive pas à déchiffrer son avenir. S’inspirant de toutes ces rencontres, c’est finalement en elle qu’Epiphanie trouvera la solution à son problème.

D’ailleurs, si l’album traite avant tout de la peur, ça ne se ressent pas du tout au niveau des illustrations ! Au contraire, les dessins sont mignons comme tout, Clément Lefèvre utilise des couleurs chatoyantes qui sont le parfait reflet de cet univers décalé et plein de fantaisie.

Même une fois l’histoire achevée, l’objet livre a encore quelques secrets à révéler (que pour être honnête je n’avais même pas remarqués à la première lecture) : on retrouve à la fin de l’album un récapitulatif des phobies les plus étranges, mis au point par le docteur Psyche, ainsi qu’un jeu de l’oie dépliant se référant à l’univers que l’on vient de quitter.

Si le livre s’adresse à priori plutôt aux enfants, je pense que les adultes y trouveront leur compte, tant le propos est intelligent et l’histoire truffée de références à d’autres œuvres (notamment à Alice au pays des merveilles ou Don Quichotte -je crois-).

En bref :
un univers fantaisiste et onirique
– de merveilleuses illustrations ♥
des personnages originaux à la Lewis Carrol