L’atelier des sorciers t.01 : un récit prometteur !

L’Atelier des sorciers t.01; par Kamone Shirahama
Publié chez Pika Editions, 2018

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Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique ! Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Les plus :

Si le début de l’histoire semble assez « cliché » (enfant qui se découvre des capacités particulières, gniagniagnia), le récit ne tarde pas à prendre une direction un peu différente, mettant en avant ses propres codes. Le système de magie, notamment, m’a complètement charmée : nulle baguette nécéssaire à l’accomplissement de sorts, mais seulement un porte-plume et un encrier, puisque les enchantements se dessinent selon un pattern bien précis !

☞ La mangaka réussit, en quelques pages seulement, à poser les bases de son univers magique un peu médiéval, sans pour autant noyer le lecteur sous de multiples informations ! C’est simple et pourtant tellement dépaysant…

☞ Les dessins de Shirahama possèdent un trait très réaliste, elle apporte un soin particulier à ses décors (cette campagne ! 💛), tout en présentant de manière originale ses personnages. Et que dire des découpages hyper dynamiques qui donnent aussi du rythme au récit ?

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©9èmeArt
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☞ Le rythme justement, est parfaitement maitrîsé : on a donc le plus grand mal à ne pas dévorer le tome en quelques minutes seulement !

☞ Toutes les précisions relatives à la composition et au tracé des pentagrammes magiques sont fournies, pour le plus grand plaisir du lecteur !

La mangaka soulève des questions intéressantes quant à la pratique de la magie, en particulier sur la question de l’inné et de l’acquis : en principe seuls les personnes nées sorcier.e.s ont des aptitudes et sont capables d’étudier cette science. Mais alors qu’en est-il de Coco ? Est-elle condamnée à pratiquer sans aucun résultat probant ou peut-elle s’améliorer à force de volonté ?

X Les moins :

☞ Une vague impression de « déjà-vu » se dégage de certains passages. Rien de dramatique en soi, Kamone Shirahama proposant une oeuvre suffisamment fraîche et originale.


Il n’y a pas à dire, L’Atelier des sorciers est une jolie mise en bouche ! La mangaka met en place un univers efficace avec ses propres singularités, dont on sent déjà tout le potentiel. Quant à  l’histoire, elle a tout lieu de convenir à un large panel de lecteurs puisqu’on y parle aussi bien de voyage initiatique, que de magie et de sombre complot. Une série à suivre avec attention donc !

Les mystères de Larispem : un mélange détonnant !

Les mystères de Larispem T1 : Le sang jamais n’oublie; de Lucie Pierrat-Pajot
Gallimard  Jeunesse, 2016 – 260 pages
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LARISPEM, 1899
Dans cette Cité-État indépendante où les bouchers constituent la caste forte d’un régime populiste, trois destins se croisent…  Liberté, la mécanicienne hors pair, Carmine, l’apprentie louchébem et Nathanaël, l’orphelin au passé mystérieux. Tandis que de grandes festivités se préparent pour célébrer le nouveau siècle, l’ombre d’une société secrète vient planer sur la ville.
Et si les Frères de Sang revenaient pour mettre leur terrible vengeance à exécution ?

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Lauréat de la deuxième édition du Concours du Premier Roman Jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL, Les mystères de Larispem a su se démarquer grâce à l’originalité de son récit et la richesse de son univers.

Après tout, il fallait y penser à cette uchronie ! Dans cette version de l’Histoire, la Commune de 1871 a été un grand succès, permettant aux Communards de prendre le pouvoir et de bannir les aristocrates. Désormais, c’est l’égalité pour tous qui prévaut, Paris est devenue la Cité-Etat de Larispem et a affirmé son indépendante du reste de la France.

Au lecteur de se familiariser avec cet univers au fil des pages : se réapproprier les noms des rues, apprendre que la Tour Eiffel n’a jamais été construite mais qu’une Tour Verne existe…!

On appréciera de suivre tour à tour chacun des trois jeunes héros : Liberté, Carmine et Nathanaël, dans leur quotidien. Quotidien qui paraît assez banal de prime abord. Pourtant, Carmine, apprentie louchébem (=boucher) n’hésite pas à commettre des cambriolages la nuit en compagnie de Liberté, jeune mécanicienne de talent et peu sûre d’elle. Quant à Nathanaël, il est orphelin et n’a presque jamais mis les pieds dehors, mais croit déceler un mystère dans son orphelinat et décide de mener discrètement l’enquête. Tous les personnages sont assez bien construits, même si j’ai trouvé qu’il leur manquait un peu de profondeur. Ceci dit, ils sont d’un naturel optimiste et insouciant, assez pour que le lecteur s’identifie à eux.

Ici, les codes de la littérature jeunesse sont bien présents et très respectés, ce qui fait des Mystères de Larispem un roman estampillé “jeunesse”, là où La Passe-Miroir pouvait se lire à tout âge et séduire également un public adulte. Ceci dit, ce n’est pas un réel défaut, mais le fait que ces deux romans soient lauréats du même concours pousse inévitablement à la comparaison !

Ce premier tome est donc surtout une grande introduction à l’univers si particulier que nous propose l’auteur. Lucie Pierrat-Pajot nous plonge dans une intrigue captivante, mêlant habilement le côté historique à une pointe de fantastique, le tout dans une merveilleuse ambiance steampunk. On suit avec plaisir les pensées des trois personnages principaux en même temps que l’on découvre le fonctionnement de Larispem. Bref, Le sang jamais n’oublie constitue le premier tome d’une trilogie qui s’annonce assez unique en son genre !

En bref :
– un univers unique
  – de jeunes héros attachants
  – le mélange de plusieurs genres, très bien mené

 


Un petit mot sur le 2ème tome ? 


 

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Au début du XXe siècle, les grands jeux de Larispem sont organisés. Carmine, Louchébem et Nathanaël forment l’une des six équipes. Mais ils font aussi face à la redoutable comtesse Vérité, qui manoeuvre en secret pour s’emparer de la Cité-Etat. Ils doivent pour cela déchiffrer le livre de Louis d’Ombreville.

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Après avoir découvert le très surprenant premier tome de la série, il me tardait de dévorer la suite ! 

Tandis qu’ils s’accomplissent chacun au niveau professionnel, nous retrouvons Carmine, Nathanaël, et Liberté dans une alliance très attendue dans le cadre de leur participation aux Jeux du siècle. Inutile de dire que de nombreuses péripéties les y attendent, et qu’on cherchera à leur mettre des bâtons dans les roues ! 

En parallèle de cette grande aventure, d’étranges évènements se produisent dans la Cité-Etat. Les Frères de Sang sont décidés à faire parler d’eux, et menacent la paix de Larispem, à travers plusieurs sabotages d’automates et menaces publiques. Le roman prend alors une tournure plus sombre et l’on apprend ainsi à connaître cette association inquiétante qui gravite autour de nos  trois héros.

Si l’on retrouve le mélange de magie, d’histoire et de complots, qui faisait tout le charme du premier opus, ce tome-ci est beaucoup plus tourné vers l’action.
L’un des points forts de la saga, reste, bien sûr, son contexte si original : quel plaisir de découvrir un Paris entièrement revisité, indépendant du reste du pays, et d’admirer la suprématie technologique de Larispem !

A côté de ça, les personnages sont pour beaucoup dans la réussite de la série : notre trio se révèle de plus en plus, et certains protagonistes m’ont agréablement surpris. Liberté, notamment, s’affirme complètement, et j’ai trouvé le personnage de Nathanaël très agréable dans ce nouvel opus, lui qui ne m’avait pas forte impression dans l’introduction.

Il n’y a pas à dire, Lucie Pierrat-Pajot confirme son talent avec ce nouveau livre, à travers une plume fluide, un univers unique et une grande imagination ! Après un premier tome très introductif, le lecteur rentre dans le vif du sujet, et va de rebondissement en rebondissement. Les nombreuses révélations de l’auteure, ainsi que la conclusion du roman, qui nous laisse méchamment sur notre faim, ne peuvent que donner envie de poursuivre l’aventure aux côtés de Carmine, Liberté et Nathanaël !

Shades of Magic

Shades of Magic; de V.E. Schwab
Publié aux Éditions Lumen, 2017 – 508 pages
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Kell est le dernier des magiciens de sang, des sorciers capables de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est, à chaque fois, le cœur et l’âme. Depuis la contagion de l’un de ces Londres, il est interdit de transporter le moindre objet entre les univers. C’est malgré tout ce que Kell va prendre le risque de faire, histoire de défier la famille royale qui l’a pourtant adopté comme son fils. à force de jouer avec le feu, il finit par commettre l’irréparable : il emporte jusque dans le Londres gris une pierre noire comme la nuit, qu’une jeune fille du nom de Lila décide, sur un coup de tête, de lui subtiliser. Pour elle comme pour lui, le compte à rebours est lancé. 

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☞ Un univers bien développé

Victoria Schwab met en place un univers d’une richesse et une complexité que l’on se délecte à découvrir. Construire un monde de A à Z n’est déjà pas chose aisée, mais en mettre en place quatre différents, chacun ayant leur identité, est admirable !

Le lecteur prendra grand plaisir à assimiler l’histoire, les coutumes et les habitudes de chaque Londres présenté. Le tout est en plus savamment dilué au fil de ce premier tome, pour ne pas prendre le risque de noyer le lecteur sous de multiples informations.

☞ Des personnages charismatiques !

Les personnages façonnés par l’auteure contribuent pour beaucoup au charme de cette histoire à base de magie et de mondes parallèles.

Kell, est bien difficile à cerner, tant c’est un personnage est fait de contradictions et de mystères. Tout un pan de son histoire personnelle lui échappe, et si sa fonction d’émissaire entre les différents mondes le rend spécial, il reste l’un des derniers Antaris vivants, ce qui l’isole d’avantage.

Quant à Lila, que dire de cette voleuse débrouillarde, avide de découvertes et de liberté ? J’ai accroché d’emblée à  sa forte personnalité : c’est une jeune fille courageuse, qui n’a pas la langue dans sa poche, et fait preuve d’un cynisme à toute épreuve.

Les deux jeunes gens forment un duo bien assorti, et complémentaire. J’ose espérer qu’une romance ne verra pas le jour dans les prochains tomes, au risque de prendre le pas sur le reste de leur aventure (car il n’y a aucun doute, à la fin de ce premier opus, que leurs routes se croiseront à nouveau !).

☞ et du rythme avec ça !

Les cent premières pages ne sont pas les plus riches en action, puisqu’elle servent d’abord à l’auteure à développer son univers, dense et unique. Le lecteur y découvrira donc tour à tour les différentes versions de Londres, leur histoire commune, et se familiarisera avec le fonctionnement de la magie du sang, ainsi qu’avec les principaux protagonistes.

Passée cette première partie très descriptive, les rebondissements s’enchaînent pour nos deux héros, et Victoria Schwab gère de manière admirable le rythme de son histoire ! Dès lors, on alterne donc entre aventure et action, utilisation de cette magie si particulière, et visite des mondes parallèles sur les pas de Kell et Lila. 

La fin m’a particulièrement séduite : sans cliffhanger insoutenable, Victoria Schwab apporte une conclusion satisfaisante à son récit, tout en laissant suffisamment de questions sans réponse pour que l’on ai envie de foncer lire la suite !

 Riche, sans être trop dense pour autant, ce premier tome est une vraie réussite, et mérite largement toute l’attention qu’on lui a porté à sa sortie ! Des personnages mystérieux, une histoire menée tambour battant, une utilisation de la magie des plus originales, et un univers unique et créatif : l’imaginaire de Victoria Schwab laisse admiratif ! 

En bref :
– un univers richement décrit
  – des personnages haut en couleurs
– un récit haletant

  – un très bel objet livre

Les enfants de la Baleine T1

Les enfants de la Baleine; par Abi Umeta
Publié chez Glénat (Seinen), 2016

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Dans un monde où tout n’est plus que sable, un gigantesque vaisseau vogue à la surface d’un océan de dunes. Il abrite des hommes et des femmes capables pour beaucoup de manipuler le saimia, un pouvoir surnaturel qu’ils tirent de leurs émotions. Ce don les condamne cependant à une mort précoce.
À bord de la “Baleine de glaise”, ils vivent leur courte vie coupés du reste du monde. Jusqu’au jour où, sur un vaisseau à la dérive, le jeune Chakuro fait une étrange rencontre…

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Pour anecdote : à l’origine des Enfants de la Baleine, il y a un récit acheté par l’auteure dans une boutique spécialisée dans la vente de scénarios utilisables et libres de droit (si toi aussi tu ignorais l’existence de tels magasins, lève la main !).

√ J’ai apprécié :
 L’histoire est inattendue, avec un vocabulaire et des codes qui lui sont propres.

 L’intrigue trouve un bon équilibre entre les scènes d’action, et celles plutôt tournées vers l’émotion.
 Abi Umeta fait preuve d’une grande précision dans son récit et se soucie du réalisme puisque tout, du système politique aux habitudes culturelles, en passant par le mode de vie des habitants, est passé en revue, ce qui permet une meilleure immersion.
 On retrouve le côté onirique de certains animés Ghibli, ainsi que la conscience écologique qui est si chère aux Japonais.
 Le dessin n’est pas en reste : tout en finesse, que ce soit pour les décors ou pour les expressions faciales des personnages.

✘ J’ai moins aimé :
 Les personnages sont très peu attachants, c’est dommage : seul le groupe des Taupes se démarque un peu !

 

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L’intérieur ressemble donc à ça  🙂

Rares sont les mangas qui parviennent à me convaincre… mais ici, Abi Umeta propose une intrigue pleine de promesses, dans un univers poétique et mystérieux. A noter que Les enfants de la Baleine est tout à fait le genre de titre que l’on pourra conseiller à des non-lecteurs de mangas, pour peu qu’ils soient déjà sensibles à la science-fiction.

Biguden, tomes 1 à 3

Biguden (série finie); de Stan Silas
Publié chez EP Media

Goulwen vit dans une maison à flanc de falaise avec une mémé cabocharde qui croit encore aux Korrigans… C’est sur la plage qu’un événement extraordinaire va bousculer le quotidien de cette famille bretonne ! D’un bateau échoué, Goulwen recueille chez lui une petite japonaise… La confrontation entre les deux cultures va d’abord être explosive!

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☞ Le choc des cultures
Biguden c’est d’abord une idée saugrenue : celle de mettre à l’honneur la Bretagne, ses légendes, et ses traditions. Bref, une manière originale de découvrir ou revisiter le folklore breton, car tout y passe, des crêpes à la musique traditionnelle ! Si le trait est parfois volontairement forcé, c’est pour mieux répondre au thème central de la saga, à savoir le respect de la différence des autres.
On retrouve même une touche de magie celtique, car la petite japonaise recueillie dans l’histoire possède, à l’instar des vraies bigoudènes du pays, un don lui permettant de percevoir les êtres fantastiques qui vivent parmi nous… Et côté magie justement, on est servis ! Chaque tome met en scène une créature issue des légendes locales, mais attention : korrigans, licornes et fées sont également de la partie ! Entre terre et mer, il va falloir donner de sa personne pour délivrer le village de Pouec de la magie qui l’entoure…

☞ Et à part ça ?
Nul doute que le lecteur craquera pour les personnages hauts en couleur créés par Stan Silas : de Biguden, dotée d’un trait mauvais caractère, à la grand-mère de Goulwen, une espèce de vieille chouette acariâtre, il y a de quoi se fendre la poire ! Et justement, de l’humour, Biguden, n’en manque pas ! Les dialogues accrocheurs et le scénario efficace et un brin déluré de l’auteur font de cette série de bande dessinée une belle surprise de lecture.

☞  Le charme des illustrations
Si toute la série, dans sa forme, est un parfait mélange de bande dessinée classique et de manga, les dessins, eux, tirent vraiment leur inspiration des mangas japonais. Le trait, tonique et moderne, crée un contraste intéressant et dépoussière complètement l’image que l’on peut avoir de la Bretagne. Et que dire des bouilles des personnages, adorablement rondes et craquantes dans leurs coiffes et costumes traditionnels ?!

Bref, Biguden est une BD originale et pétillante, qui aborde le folklore breton avec humour et mêle avec brio réalité et fantastique à coup de dialogues tordants et de personnages attachants. Délicate et surprenante, cette courte série aux splendides dessins saura, à mon avis, plaire à tous les âges. Attention cependant : le risque d’avoir une féroce envie de crêpes après sa lecture est bien présent…vous voilà prévenus  🙂

En bref :
des dialogues décapants
– un dessin accrocheur
– une jolie représentation du folklore breton