Le loup en slip

Le loup en slip; de Mayana Itoïz, Paul Cauuet & Wilfrid Lupano
Publié chez Dargaud, 2016 – 36 pages 

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Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui vivent continuellement dans la peur de se faire croquer les fesses. Jusqu’au jour où le loup descend dans la forêt… Méconnaissable ! Le loup ne fait plus peur du tout, il n’a plus le regard fou ni les poils dressés ! Mais comment vivre sans la peur, quand la peur est devenue l’unique moteur ?

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Vêtu d’un bandeau rouge accrocheur à base de « Les vieux fourneaux présentent », forcément, il m’a conquise dès le premier regard ! En le feuilletant dans la librairie, je me suis demandé si c’était un album ou bien une bd, si c’était écrit pour les enfants ou bien si ça se destinait aux plus grands… Et bien oui, mais pas que, parce que comme tous les bons albums, Le loup en slip peut être lu à tous les âges, et ce avec le plus grand plaisir !

L’histoire est simple : dans la forêt, tout le monde a peur du loup. Mais pas d’inquiétude ! Chacun est préparé au mieux pour se défendre contre la vilaine bête : une brigade anti-loup patrouille régulièrement, on trouve des pièges et des alarmes à la vente et même des cours de karaté pour les plus intrépides.  Seulement, le jour où le loup fait son apparition, l’air inoffensif et simplement vêtu d’un slip à rayures, tout le monde est surpris… C’est donc ça la vilaine bestiole aux crocs pointus et au pelage emmêlé ?

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Cet album hilarant, c’est avant tout un mythe qui s’effondre. Parce que, si le loup n’est pas méchant finalement, qui va acheter tous les artefacts vendus pour s’en protéger ?Et quel nouveau but se trouver quand la peur à disparu

Irrésistiblement drôle et accrocheur, cet album a tout pour lui : des illustrations qui regorgent de petits détails, et un propos des plus intelligents. Là où les enfant ne verront qu’une histoire de loup rigolote, les adultes auront les clés pour comprendre cette fable où nos peurs actuelles sont évoquées. Personnellement, j’y vois clairement une référence aux attentats actuels et à la peur grandissante du terrorisme.

Et Les vieux fourneaux dans tout ça ? Eh bien, Le loup en slip, c’est le nom du théâtre de marionnettes dans la série ! (lève la main si toi aussi tu avais oublié) Un lien est d’ailleurs fait entre les deux œuvres à la fin de l’album.

En bref :
 illustrations riches en détails
– un humour décalé savoureux
– plusieurs niveaux de lecture

Abélard

 Abélard, La danse des petits papiers (T1)  & Une brève histoire de poussière et de cendre (T2);
de
Régis Hautière et  Renaud Dillies
Publié chez Dargaud, 2011 – 64 pages

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Abélard, c’est cet oisillon mignon qui, dans l’espoir de séduire la jolie Epilie, décide d’aller lui décrocher la lune et les étoiles (ouais, rien que ça !). Ni une ni deux, direction l’Amérique, où, parait-il, on trouve des machines volantes qui lui permettraient de réaliser son objectif. Voilà donc notre poussin parti sur les routes. Que ce soit en compagnie de gens du voyage, ou de Gaston, l’ours grincheux, Abélard va alors découvrir une réalité parfois cruelle en dehors de son marais…

Moi qui pensais à priori que ces albums s’adressaient aux enfants, j’ai vite compris que ce n’était pas le cas ! Certes, Abélard, le héros, est tout ce qu’il y a de plus naïf et les dessins rappellent certains albums jeunesse, mais le récit est tout sauf tendre ! Les propos, parfois durs, s’opposent aux illustrations aux tons pastels de Renaud Dillies, montrant bien le contraste entre le volatile niais et plein de bonnes intentions, et le monde impitoyable qui l’entoure.

Charme et poésie se mêlent dans ce road trip quelque peu atypique ! J’ai aussi beaucoup aimé l’idée du chapeau que possède Abélard : celui-ci lui délivre régulièrement des proverbes, l’invitant à réfléchir sur la vie et le monde qui l’entoure.

D’ailleurs, en plus des maximes du couvre chef, on trouve dans ces albums de jolies citations !

« Ah… alors, la race, c’est quand on est pareil même si on est plus grand ? Ou plus gros ? Avec des yeux différents. Et un nez différent. La race, c’est quand on est pareils mais complètement différents. C’est ça ? »

« La pluie, c’est la poussière des étoiles qui se transforme en eau quand elle traverse les nuages. »

La narration est proche de celle du conte ou de la fable, le déroulement du récit également : un personnage part à l’aventure, dans ce qui ressemble fortement à un voyage initiatique. En chemin il fait plusieurs rencontres -pas toutes très recommandables- dont il apprend beaucoup à travers leurs expériences respectives.

Souvent douce-amère, l’histoire est tantôt très mignonne, tantôt tragique. Si le premier tome était surtout poétique et léger dans son propos, il fait vite place à un certaine noirceur dans le second opus. La fin laisse d’ailleurs un sentiment de malaise, même si les signes annonciateurs étaient nombreux.

Cette BD dégage un charme certain ! Malgré l’apparente légèreté du récit, je pense que n’importe qui sera sensible à la poésie offerte par cette lecture. A conseiller à tous les lecteurs à la recherche d’une bande dessinée qui sort des sentiers battus !

En bref :
– le côté émouvant et profond du récit
– le trait enchanteur des illustrations de Renaud Dillies

Monsieur Blaireau et Madame Renarde

Monsieur Blaireau et Madame Renarde; de Brigitte Luciani et Eve Tharlet.
Publié chez Dargaud, 2006 – 32 pages

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Quand une maman Renard et sa fille Roussette entrent sans prévenir dans la maison d’une famille de blaireaux, tout ça parce qu’un chasseur a découvert leur terrier, que croyez-vous qu’il arrive ? Eh bien, les enfants sympathisent et jouent ensemble tandis que les adultes prennent des décisions d’adultes : ils se mettent d’accord pour s’installer dans le même terrier, parce que celui de maman Renard a été détruit par les chasseurs. L’embêtant, c’est que les blaireaux et les renards n’ont rien en commun. Mais est-ce vraiment si embêtant ?


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Première bande-dessinée aux allures d’album jeunesse, la série “Monsieur Blaireau et Madame Renarde” m’a complètement séduite dès que je suis tombée dessus à la médiathèque !

Destinée aux tout jeunes lecteurs, cette série de premières bande dessinées allie avec délicatesse et simplicité des problématiques modernes comme la famille recomposée, la vie en communauté ou encore le respect des différences.

Très accessibles pour les plus jeunes -sans pour autant être niais- les dialogues sont très réalistes. D’ailleurs, en mettant en scène des animaux dans leur environnement, plutôt que des humains, l’auteur permet à l’enfant de mieux s’identifier aux personnages. Le petit lecteur pourra alors se faire sa propre opinion des choses.

On se délecte bien sur des aquarelles d’Eve Tharlet, dont la douceur des traits et la beauté des couleurs se rapprochent un peu de l’univers créé par Beatrix Potter. Le résultat est un enchantement pour les yeux !

Ayant eu un réel coup de cœur pour le premier tome, j’ai vite lu les autres histoires (cinq sont disponibles pour le moment), et pour moi, toutes se valent largement. Une chose est sûre, des BD comme celle-ci, pleine de tendresse et d’humour, avec un propos intelligent, on en redemande !

 

En bref :
– des thèmes actuels abordés
  – le propos intelligent des histoires
  – les belles illustrations et l’objet livre ❤