Les Cancres de Rousseau

Les Cancres de Rousseau ; de Insa Sané
Publié aux Éditions Sarbacane, 2017 – 331 pages

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1994, Sarcelles, Djiraël en est sûr, cette année sera exceptionnelle. Il entre en terminale, dans la même classe que ses potes Sacha, Jazz, Rania et les autres. En plus, la belle Tatiana semble enfin réponde à ses avances… Cerise sur le gâteau, le prof principal, c’est monsieur Fèvre – le seul qui s’intéresse à eux. Bref, c’est parti pour une année d’éclate… sauf que parfois, plus on prévoit les choses, moins elles se passent comme on le pensait.

Un grand merci aux Editions Sarbacane -et particulièrement à Julia- pour l’envoi de ce livre plein de verve !

Si j’ai bien compris, le roman s’inscrit dans un ensemble d’autres textes (Sarcelles-Dakar, Du plomb dans le crâne, Gueule de bois, Daddy est mort…) qui, ensemble, forment la « Comédie Urbaine » de l’auteur. Si chacun met en scène plus ou moins les mêmes personnages, tous les titres peuvent pourtant se lire indépendament les uns des autres.

Ce qui saute d’abord aux yeux dans Les Cancres de Rousseau, c’est la justesse du ton employé. Le texte n’en paraît que plus authentique, Insa Sané usant beaucoup du langage de la rue, sans jamais en faire trop. Avant de se mettre à écrire, l’auteur a fréquenté le monde de la musique, et cela se sent dans la manière qu’il a d’insuffler à son texte des airs de slam par moments ! C’est donc avec un réel  plaisir que le roman peut se lire, mais aussi se laisser écouter à voix haute : prêtez-vous à l’exercice, ça change tout !

Côté personnages, j’ai complètement craqué pour Djiraël ! Sa langue bien pendue, son humour ravageur et son côté irrévérencieux en font un narrateur génial. Cette dernière année de lycée pour lui et ses potes, c’est l’occasion où jamais d’être heureux ensemble, d’exister ensemble, et il a tout prévu pour que ce soit grand, que ce soit grisant et à la hauteur de leurs espérances.

« Pour moi… ça ne signifiait rien, à vrai dire. Rien si tous ces enfoirés n’étaient plus à mes côtés ! En revanche cette année restait ma dernière chance de faire enfin tourner la roue dans mon sens, le bon. Car s’il est vrai que l’homme n’est que poussière d’étoiles, je voulais croire que nous, les cancres de Rousseau, étions nés pour briller -un jour. »

A côté de ça, c’est aussi sa fragilité qui le rend si accessible. Au fil des pages, sa carapace se fissure et laisse entrevoir la personne qu’il aimerait devenir, mais dont les choix et leurs conséquences sont incertains.

Force est de constater que ce n’est pas le seul personnage auquel on s’attache irrémédiablement. Toute sa petite bande m’a fait le même effet, sans doute parce qu’ils sont tous imparfaits à leur manière : les failles et les espoirs de chacun se révèlent petit à petit, leur offrant plus de profondeur.

Le roman se fait le reflet véritable d’une réalité sociale trop souvent représentée de manière clichée (mais si, tu sais bien : les voitures crâmées, la violence et les drogues omniprésentes etc.). Allez, on éteint le JT deux minutes et on découvre se dont il est vraiment question ici. Parce qu’au delà de ce qu’on pense, être fils/fille d’immigré en France aujourd’hui c’est surtout :

– subir les railleries du corps enseignant et ne pas être pris au sérieux : big up à Monsieur Fèvre, le seul professeur qui ne les prend pas pour des quiches et s’intéressent véritablement à eux.
– être fréquemment arrêté par la police pour « contrôle de routine », juste parce que ta tête ne leur revient pas
– se voir refuser l’entrée d’un resto ou établissement un peu chic parce que tu ne corresponds pas au standing de l’établissement (autrement dit tu fais trop racaille !)

Bien que l’intrigue se déroule au début des années 1990 (ce dont je ne m’étais pas aperçue, n’ayant pas lu la quatrième de couverture !), le propos s’avère complètement d’actualité et c’est pour moi un raison suffisante pour se plonger dans le roman !

Mais Les Cancres de Rousseau, c’est aussi un roman sur l’adolescence, ses espoirs, ses doutes et ses angoisses. Toute la bande de Djiraël se bat pour son futur et bouillonne d’une furieuse envie de vivre.

☞ Pas de doute, Insa Sané signe un roman pertinent et authentique, dénué des clichés habituels sur la banlieue, accompagné de personnages porteurs de grandes valeurs. Avec un rythme enlevé et beaucoup de justesse et d’humour, il livre un message fort qui permet au lecteur de remettre en perspective beaucoup de ses préjugés.

 

Deux romans feel-good coup de cœur ♥

C’est parti pour un petit « 2 en 1 », ni vu, ni connu ! J’ai récemment lu ces deux publications young-adult, et leur ai trouvé quelques airs de ressemblance (notamment le fait de faire tellement de bien au moral qu’ils devraient être remboursé par la Sécu !)

La Fourmi rouge; de Emilie Chazerand
Publié aux Éditions Sarbacane, 2017 – 256 pages

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Vania Studel a quinze ans. Pour elle, la vie ne semble être qu’une succession d’épreuves où chacun est condamné à n’être personne. 
Entre sa mère morte lorsqu’elle avait huit ans, son père taxidermiste farfelu et ses relations difficiles avec ses camarades, elle se voit comme une malheureuse fourmi parmi d’autres. Mais un jour, elle reçoit un courriel anonyme qui lui révèle toute son originalité. 

 

Comme à chaque fois, il me tardait de découvrir le dernier cru Exprim’, et comme à chaque fois, j’ai bien fait de me jeter dessus dès sa sortie ! La fourmi rouge se présente comme un genre d’ovni littéraire que j’ai dévoré en quelques heures et relu dans la foulée (ouais, il y a des bouquins comme ça). Depuis, je crois qu’il passe en premier dans mon top 3 des romans Exprim’, c’est dire !

L’adolescence n’est clairement pas la meilleure période de la vie et il y a de quoi angoisser. Mais Vania, 15 ans, a des raisons supplémentaires de se faire du soucis : un défaut physique, un prénom qui laisse à désirer, et un paternel des plus farfelus, ça ne rend pas le quotidien plus facile ! Heureusement, l’autodérision est reine dans ce roman, détournant ainsi les complexes, les souffrances et la différence que l’on peut ressentir à cet âge-là. 

L’auteure nous livre une galerie de personnages particulièrement loufoques et attachants, qui ont tous un petit plus à apporter au récit. J’ai apprécié chacune de leur fêlure, cela les rend d’autant plus réalistes à mes yeux et apporte une vraie émotion au roman.

« On tirait des plans sur des tas de comètes qui ne traversaient jamais nos ciels bas de plafond. »

Le ton est vif, plein de piquant, donnant au texte un rythme enlevé : c’est simple, on ne s’ennuie jamais avec Vania et son entourage ! (ce qui explique sûrement que je me sois marrée comme une baleine en le lisant) Ceci dit, si la majorité du roman est tourné vers l’humour, Emilie Chazerand nous offre aussi quelques beaux moments d’émotion. 

Pour moi, La Fourmi rouge est le digne héritier des Petites reines de Clémentine Beauvais, et se rapproche de Je suis ton soleil de Marie Pavlenko, dont le pitch et le traitement des thèmes difficiles est assez similaire. Vraie bouffée d’air frais abordant des sujets parfois douloureux, c’est l’un des romans de la rentrée à ne pas rater !


Je suis ton soleil; de Marie Pavlenko
Publié aux Editions Flammarion jeunesse, 2017 – 466 pages

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Déborah démarre son année de terminale sans une paire de chaussures, rapport à Isidore le chien-clochard qui s’acharne à les dévorer. Mais ce n’est pas le pire, non.

Le pire, est-ce sa mère qui se met à découper frénétiquement des magazines ou son père au bras d’une inconnue aux longs cheveux bouclés ?

Le bac est en ligne de mire, et il va falloir de l’aide, des amis, du courage et beaucoup d’humour à Déborah pour percer les nuages, comme un soleil.

J’ai littéralement dévoré cette histoire en quelques heures, tant je me suis retrouvée happée par les personnages si attachants et fragiles, l’humour grinçant qui se détache de l’ensemble, et la plume rythmée de l’auteure !

La grande force du roman, c’est évidemment Deborah, dont on suit les pensées intimes tout du long. Un brin désabusée, courageuse et pleine d’humour, elle partage de manière pertinente les aléas de son quotidien.

Je vais finir vieille fille. Sur ma tombe, on lira :
« Ci-gît Déborah, la fille qui aimait les grenouilles. Las, aucune n’eut la décence de se transformer en prince charmant. »

Oui, parce que depuis la rentrée, on peut dire que le théorème de la scoumoune (#lapoisse) n’y va pas de main morte ! Jugez plutôt : sa mère, dépressive notoire, se met à découper frénétiquement des magazines, son père a élu domicile à son travail, et Isidore, son tocard de chien, mordille toutes les paires de chaussures de la maisonnée. Pas brillant hein ?

Isidore, portrait d’un héros :

« C’est l’angoisse ce chien. Un mélange improbable de Droopy en fin de vie, Beethoven (le chien, pas le compositeur) atteint de psoriasis, et Milou passé entre les mains d’une esthéticienne sous acide. »

On suit donc Deborah sur toute son année de terminale, un peu à la manière d’un journal du quotidien. Nous sont alors exposées ses relations parfois complexes avec les adultes qui l’entourent, ce qui permet de jauger le caractère de chacun et d’en découvrir davantage sur leur passé, parfois douloureux. Heureusement, pour l’accompagner dans ses déboires, elle peux compter sur sa copine Éloïse, reine des crusheuses en série, ainsi que de Jamal et Victor, les nouveaux potes de cette rentrée haute en couleur.

 Jamal, ou le don de désamorcer les situations conflictuelles :

« Cependant, Mygale-man n’a pas dit son dernier mot .
– Je ne sais pas de quoi vous parler , mais une chose est sûre : oui , je suis son petit ami. Quand ce magnifique chien aura terminé sa besogne, nous nous mettrons nus, elle et moi, nous nous roulerons par terre et nous ferons l’amour comme des bêtes en nous barbouillant de caca. »

Jusque-là, rien de trop exceptionnel me direz-vous. Sauf que là où Je suis ton soleil  se démarque et fout les poils, c’est par son ton résolument joyeux malgré les thèmes grave que Marie Pavlenko choisit d’aborder (avortement, suicide, tout ça tout ça…). Elle fait preuve d’une grande sensibilité pour évoquer les événements, et nous livre, à grand coup d’humour, un roman léger et très rythmé, que l’on placera dans la pile des livres « à relire en cas de coup dur ». 

Mention spéciale aux noms de chapitres, qui font chacun référence à des œuvres musicales ou littéraires existantes ! Elles apportent une touche de fantaisie bienvenue qui contribue à faire le charme du roman et donnent de la profondeur au récit.

Je suis ton soleil fait partie de ces romans uniques en leur genre, teintés d’un doux optimisme, à la fois plaisants, décalés et écrits avec un talent certain. Marie Pavlenko a bien ciblé son lectorat : le vocabulaire utilisé est assez courant, l’écriture (c’est à dire les pensées de Deborah) fluide, et s’il s’agit avant tout d’un roman d’apprentissage sur l’adolescence, le récit pourra facilement plaire aux adultes (la preuve !). 


☞ En bref, dans ces romans il y a :
– des personnages loufoques et délicieusement cinglés
– un rythme soutenu qui fait que jamais on ne s’ennuie

– des thématiques difficiles, traitées sans pathos
– de l’humour en barre !

Poulpe Fictions : des romans drôles et pétillants !

Poulpe Fictions, c’est cette toute nouvelle maison d’édition spécialisée dans les publications pour les 9-12 ans, qui promet des textes à la fois engagés et drôles : de quoi faire le bonheur des futurs lecteurs ! Petit bonus pour les enseignants : chaque roman paru fait l’objet d’une fiche pédagogique à télécharger librement sur le site de Poulpe Fictions !

Ayant reçu deux de leurs titres dans un office, je me suis empressée de les lire pour m’en faire un avis et pouvoir ainsi les conseillers à mes petits lecteurs.


Viser la lune ; de Anne-Fleur Multon
Publié chez Poulpe Fictions, 2017 – 168 pages

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Aliénor, Itaï, Azza et Maria ont 14 ans et habitent chacune aux 4 coins de la planète, mais de leur rencontre sur un forum, naissent tout à la fois une grande amitié ET une chaîne Youtube à succès ! Des vidéos sur l’astronomie, par Aliénor, aux conseils d’Itaï en jeu vidéo, d’Azza en pâtisserie et de Maria en photo, les filles partagent leurs passions et voient grossir leur confiance et leur communauté. Quand Itaï se voit écartée d’un championnat d’e-gaming prétendument masculin, elles ont l’outil en main pour médiatiser l’affaire et lutter contre cette injustice !

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Dans Viser la lune, Anne-Fleur Multon présente sa vision de la jeunesse actuelle, à travers l’amitié naissante de quatre jeunes adolescentes.
Très inspirantes chacune à leur manière, elles sont enthousiastes, pleines d’envies et de rêves, et se donnent les moyens de les réaliser. Aliénor, Itaï, Azza et Maria semblent tellement réelles, qu’il ne sera pas difficile aux jeunes lectrices de s’identifier à l’une d’entre d’elle, que cela soit dû à sa personnalité, ou encore à ses intérêts.
Effectivement, le roman évoque tour à tour -mais sans vraiment les développer- certains domaines de prédilections des adolescents, notamment les tutoriels maquillage, la cuisine, les jeux vidéos, ou la culture de manière plus générale.

Quel plaisir de pouvoir dire d’un livre jeunesse qu’il ne prend pas les filles pour de gentilles nunuches !

Ce roman, à l’image de ses protagonistes, est synonyme de diversité, et s’inscrit dans son époque. L’auteure y aborde en effet de nombreux sujets qui parleront aux adolescent(e)s d’aujourd’hui : les avantages mais aussi les dérives des réseaux sociaux et d’Internet en général, ou encore les injustices courantes du racisme et du sexisme. 

Côté style, on a quelque chose de frais et léger, de pétillant, ce qui s’accorde naturellement aux illustrations modernes de Diglee !

Viser la lune donne le ton et propose une histoire des plus actuelles, avec quatre figures féminines inspirantes et attachantes, qui poussent les jeunes lecteurs à croire en leurs rêves : c’est quand même un joli message à véhiculer. Ce premier tome est donc une réussite, de son écriture fluide à sa positive attitude, et je ne doute pas qu’il rencontrera un franc succès parmi les jeunes adolescentes en quête d’un modèle !

En bref, ce roman c’est :
– des thèmes proches des préoccupations des jeunes d’aujourd’hui
– un quatuor de personnages haut en couleurs
– une vision féministe bienvenue


Tarzan, poney méchant ; de Cécile Alix
Publié chez Poulpe Fictions, 2017 – 168 pages

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« Je me suis fait avoir sur toute la ligne ! Mon ami Noé a déménagé et sa famille m’a collé en pension au club des Edelweiss, un endroit abominable ! Rempli de stars à crinières tressées et de ponettes à leurs mémères !
Tout ça me rend vraiment… méchant ! Et les choses ne s’arrangent pas quand on m’inflige Jeanne, la pire cavalière qui soit, et qu’on m’oblige à partir en randonnée avec cette maladroite hargneuse sur le dos… « 

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Tarzan poney méchant, c’est un peu dans la même veine que les génialissimes publications de la collection Pepix de Sarbacane : truculent !

Tarzan, c’est lui qu’on voit sur la couverture : 1m43 au garrot, la crinière en bataille, l’air fier et indomptable…ou presque. Et il faut bien avouer que cet équidé campe un merveilleux personnage de roman jeunesse !
Bougon au possible quand il se retrouve, bien malgré lui, en pension dans un centre équestre, les petits et grands lecteurs s’amuseront de ses nombreuses stratégies élaborées dans le but de se carapater de cet enfer, ainsi que de son air de poney rebelle ! 

D’ailleurs, si le propos de Cécile Alix fait sourire à toutes les pages, le travail d’illustrateur de Louis Thomas contribue beaucoup à l’atmosphère légère qui se dégage de l’ensemble : et pour cause, comment résister à la bouille adorable de ce poney au grand cœur ? 

Comme dans d’autres journaux intimes rédigés par des animaux (Le journal de Gurty notamment !), les chapitres courts, l’interlignage important et les illustrations cocasses qui parsèment le texte sauront encourager les bambins dans leur lectures. 

Râleur et obstiné, Tarzan séduira son lectorat, qui aura bien du mal à lâcher ses aventures aux Edelweiss !  

En bref, ce roman c’est :
– un narrateur doté d’un sacré caractère
– une histoire déjantée, mais mignonne


Que ce soit par leur ligne éditoriale, leur mise en page ou leur contenu attractif et toujours humoristique, difficile de ne pas rapprocher Poulpe Fictions de la collection existante Pepix !

Vous l’aurez compris, ce nouveau label à su me séduire avec ces deux titres bien différents l’un de l’autre. Je ne doute pas que les publications à venir seront tout aussi réussies : en tous cas, pas de doute, je les commanderai bel et bien pour le rayon jeunesse de la médiathèque ! 

Roller Girl

Roller Girl; par Victoria Jamieson
Publié aux Éditions 404, 2016, 240 p.

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Astrid, 12 ans, est inséparable de sa meilleure amie, Charlotte. Jusqu’au jour où elle découvre le Roller Derby. Astrid devra alors apprendre à surmonter ses craintes et s’entraîner dur pour devenir une véritable Roller Girl !

 

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√ J’ai apprécié :

☞ La découverte du roller derby, encore peu pratiqué en France, mais très populaire aux États-Unis. On se familiarise en même temps qu’Astrid avec les règles propres à ce sport exclusivement féminin, ainsi qu’avec l’univers (tatouages, tenues vestimentaires) qui va de pair !

☞ Les thématiques abordées : si la BD a vocation à mettre ce sport en avant, elle parle aussi du passage complexe à l’adolescence, notamment la relation changeante enfant-parent ou les amitiés qui évoluent. Astrid est à un âge de doute, où rien ne semble acquis, et tout est soumis au questionnement, que ce soit son identité profonde, ou sa relation aux autres.   

☞ Le caractère fort de l’héroïne : si Astrid vit des moments difficiles au début, la pratique du roller derby l’aide énormément. Persévérante, elle puisera au fond d’elle même pour être en mesure de progresser assez pour pouvoir jouer un match.

☞ Un hymne au girl power ! Avec leur féroces expressions et leurs cris de guerre, ces patineuses sont un véritable modèle féminin qui devraient inspirer plus d’une lectrice !

☞ Les dessins sont, certes, simples, mais ils retranscrivent très bien les émotions des différents personnages.

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Roller Girl est une lecture qui reste en tête, tant on est marqué par la découverte de cet univers atypique. A travers ses graphismes efficaces, la vision féministe qu’il délivre et sa manière d’encourager le dépassement de soi, ce roman graphique s’est avéré être une belle surprise, que je recommande à toutes de lire !

De l’optimisme en barre ☀️🍋

Lus il y a maintenant quelques mois, je ne savais pas si j’allais les chroniquer ou non par ici, et puis un soir, l’évidence m’a sauté aux yeux : ces deux merveilleux livres se ressemblent sur le fonds. Et pour cause, ils sentent bon l’été et les citrons, font la part belle à l’amitié, et malgré les thèmes parfois difficiles qui y sont abordés -quand on y regarde de près- ces deux romans jeunesse sont lumineux et remplis d’espoir. 



Les belles vies
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 de Benoît Minville

Publié chez Sarbacane (dans la collection Exprim’), 2016 – 231 pages

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Vasco et Djib, deux banlieusards inséparables, sont envoyés pour un été en pension au coeur de la Nièvre… Un choc des cultures, des personnages flamboyants : la vie belle, les belles vies.

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Les belles vies, ça sent le soleil et les vacances, la campagne et les après-midis passés à la rivière. L’histoire est assez banale et aurait pu paraître inintéressante au premier abord : deux ados, Vasco et Djib, sont envoyés pour l’été au fin fond de la Nièvre chez Tonton et Tata, un vieux couple qui, depuis des années, recueille les gamins abîmés par la vie.

Et pourtant, on s’émeut pour ce récit de vie : on rit, on pleure, on a même envie de casser des choses contre cette vie, bien injuste parfois. Pour nos héros, cet été sera comme une parenthèse bienvenue : deux mois pour s’apprivoiser, se comprendre, et s’aimer.

La grande force de ce roman, ce sont les personnages si authentiques qu’a su créer Benoît Minville ! On apprend à les aimer, tour à tour, que ce soit Dylan, jeune homme un peu paumé qui explose quand tout devient trop dur à supporter, ou sa sœur Jessica, qui collectionne les garçons dans l’espoir de se comprendre et apprendre à s’aimer elle-même. Aucun n’est à mettre dans une case, chacun est un être fait de nuances.  

A l’image de la plupart des autres publications de la collection Exprim’ de Sarbacane, Les belles vies est un roman simple en apparence, mais profondément optimiste et lumineux. Empli d’émotion, avec des personnages généreux, c’est tout simplement un livre qui fait du bien au  moral et qui montre que de l’amitié peut naître beaucoup plus.

En bref, ce roman c’est :
– des personnages sincères et attachants
– de l’humour malgré une ambiance parfois pesante
une vraie bouffée d’optimisme !



La bibliothèque des citrons
; de Jo Cotterill
Publié aux Éditions Fleurus, 2017 – 368 pages 

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À dix ans, Calypso n’a pas d’ami et trouve refuge dans les livres de sa bibliothèque, qu’elle dévore. Sa solitude prend fin le jour où arrive dans sa classe une nouvelle, Mae, qui bouscule ses habitudes de lectrice solitaire et lui ouvre les horizons insoupçonnés de l’amitié. Cette amitié tombe à pic, car à la maison les choses tournent de moins en moins rond. Il faudra toute l’amitié de Mae et la générosité de sa famille pour que cette découverte acide devienne le point de départ d’un chemin de guérison où l’amour, enfin, pourra resurgir !

La bibliothèque des citrons, c’est l’histoire la plus banale qui soit. C’est l’histoire de la vie, celle qui blesse parfois, l’histoire d’un deuil impossible, mais aussi une belle histoire d’amitié. La banalité fascine parfois, c’est exactement ce qui se passe avec le roman de Jo Cotterill : on se laisse envahir par une foule d’émotions, et l’on s’implique, quitte à y laisser quelques plumes. 

Du haut de ses dix ans, la petite Calypso semble avoir grandi trop vite. Si c’est un peu déroutant au départ, c’est aussi ce qui fait le charme du personnage. D’ailleurs, si le roman cible plutôt un lectorat jeunesse, le propos est plutôt mature, et aborde des sujets un peu difficiles, ce qui me pousse à encourager aussi les adultes à se plonger dans l’histoire touchante de cette petite fille solitaire.

Profondément émouvant, La bibliothèque des citrons fait chavirer les cœurs en abordant une foule de thèmes forts : la question du deuil, mais aussi l’état de dépression, la colère et le déni de certaines situations. L’ensemble pourrait paraître lourd et pesant, pourtant Jo Cotterill fait preuve d’une grande justesse dans son roman. 
Attention, cela n’empêchera pas le lecteur d’être envahi d’un profond malaise, notamment lors de l’épisode des cartons de livres -je n’en dévoilerai pas d’avantage, tant ce passage doit être vécu à la lecture-…

Mais au delà de ça, La bibliothèque des citrons, c’est aussi une histoire d’amitié particulièrement forte et touchante : d’une petite fille renfermée sur elle-même, on voit Calypso devenir plus ouverte grâce à l’influence de Mae, pleine de vie, avec des projets de romans plein la tête. Et puis bien sûr, il y a cet éloge à la littérature et à l’amour que l’on porte aux histoires qui font palpiter nos cœurs. Jo Cotterill développe toute une réflexion sur le sujet, en choisissant deux héroïnes particulièrement avides de lecture et d’écriture.

Il pourrait être plombant et n’offrir aucune perspective, pourtant j’ai trouvé La bibliothèque des citrons particulièrement lumineux à sa façon. Emprunt d’une douce nostalgie, il montre combien certaines amitiés peuvent être salvatrices et nous aider à avancer vers un ailleurs meilleur.

En bref, ce roman c’est :
– une complicité très émouvante
– des montagnes russes d’émotions
– des dizaines de références à des classiques de la littérature !

Celle dont j’ai toujours rêvé

Celle dont j’ai toujours rêvé ; de Meredith Russo
Publié chez Pocket Jeunesse, 2017 – 320 pages

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Amanda Hardy arrive dans un nouveau lycée. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s’intégrer. Mais malgré sa popularité, un secret l’empêche de s’ouvrir aux autres. Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient à lui faire baisser sa garde. Amanda comprend que pour être heureuse, elle doit se révéler, au risque de tout perdre. Car le secret d’Amanda c’est qu’avant, elle s’appelait Andrew.

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Ce livre, à l’image de George paru chez l’Ecole des loisirs, on en a beaucoup parlé à sa sortie. Sans doute à cause de son sujet – la transexualité-, encore pas très bien considéré dans notre société, et relativement tabou dans les écrits. Bien qu’il s’agisse d’un roman traduit de l’américain, le texte est bon et bien adapté, aucune coquille n’est à signaler.

Amanda fait figure de véritable héroïne dans ce roman, montrant un courage extrême pour pouvoir enfin être elle-même. Attachante et sensible, le lecteur ne peut que lui souhaiter le meilleur possible pour la suite !
L’autre point fort du roman, outre le personnage d’Amanda, c’est que l’auteure insiste sur la psychologie des proches de la jeune fille. De fait, on assiste au déchirement de ses parents, qui signera la fin de leur mariage, ainsi que le travail qu’ils fournissent sur eux-même pour accepter la différence de leur enfant. La relation d’Amanda et son père, notamment, est intéressante à voir évoluer : après des années d’absence, tout semble à reconstruire.

En parallèle, le témoignage d’Amanda permet d’ouvrir la discussion sur une foule de thématiques. La religion, omniprésente dans la région où emménage la jeune fille, permet d’aborder certaines questions sur la foi et l’être humain, et, s’il n’apporte pas de franche réponse sur le sujet, le roman permet au moins d’ouvrir de nombreuses portes. Le récit est aussi prétexte à souligner le mal que peuvent faire certains propos (notamment homophobes), et le harcèlement en lui-même. A comportement horribles, mesures désespérées, comme le jeune Andrew en fera d’ailleurs l’expérience… Réaliste, sans pour autant se terminer comme un conte de fée, la fin du roman m’a également séduite.

Il faut savoir que Meredith Russo est, elle aussi, une femme transsexuelle, tout comme Amanda. Néanmoins, le roman n’est pas strictement autobiographique, car comme elle l’explique dans les notes en fin d’ouvrage, l’auteure s’est simplement inspiré de sa propre situation, mais n’a pas nécessairement eu le même parcours que son héroïne. Si son histoire peut paraître stéréotypée par moments, c’est avant tout par soucis d’authenticité : Meredith Russo souhaitait que le vécu d’Amanda puisse s’adapter à la situation d’autres personnes, pour permettre une plus forte identification de la part du lecteur. Toujours est il que ce dialogue avec l’auteure sur la genèse de son œuvre apporte une touche de sincérité certaine au livre.

A noter que j’aurais aimé en apprendre davantage sur le passé d’Amanda, particulièrement sur le déroulement de sa transformation et de son traitement. Mais Meredith Russo a choisi d’occulter ce passage pour se concentrer sur l’évolution de son personnage, ce qui est un point de vue tout à fait défendable, mais qui ne m’a pas autant séduite que je l’espérais.
Quant à l’histoire d’amour du personnage avec Grant -quand bien même elle reste mignonne- elle m’a relativement peu intéressée, sans doute parce que je ne suis pas fan de romances d’une manière générale, et que leur relation évoluait trop rapidement pour me paraître vraiment crédible.

Dans le monde d’aujourd’hui, où chacun doit rentrer dans une case, et où les différences sont stigmatisées, l’histoire d’amour d’Amanda ouvre à nouveau un débat vieux comme le monde sur la tolérance envers les autres. Grâce à la jolie plume de l’auteur, au charisme de son héroïne, et au thème porteur, Celle dont j’ai toujours rêvé s’avère être un roman young-adult nécessaire, qui interpelle

En bref :
– une histoire nécessaire, touchante
– un beau message de tolérance
– un angle d’approche ne pouvant satisfaire tous les lecteurs
– une relation amoureuse un peu cliché

Throwback Thursday livresque #18 : si je devais vivre dans la peau d’un personnage

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Voilà un nouveau rendez-vous proposé par BettieRoseBooks ! Le principe est simple : chaque semaine, il s’agit de présenter un livre correspondant au thème donné.

Le cœur des louves; de Stéphane Servant, 541 pages
Publié chez Le Rouergue (collection DoAdo), en 2013

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Célia et sa mère Catherine, une ancienne écrivaine à succès en panne d’écriture et à bout de ressources, reviennent vivre dans la maison de la grand-mère. Le village est perdu au fond de la vallée, avec ses montagnes couvertes de forêts et son lac Noir. Leur retour ne semble plaire à personne. Petit à petit, le lecteur s’enfonce au cœur des secrets de cette petite communauté fermée sur elle-même. Amours, haines, malédictions s’enchaînent sur plusieurs générations. Certains croient encore en cette légende de femme louve commandant aux bêtes sauvages… Pour découvrir ce qui se cache sous la surface des choses, Célia va devoir se tailler un chemin entre mensonges en superstitions. 

Il est difficile de résumer une lecture aussi bouleversante en quelques lignes… Ce roman, il m’a fait palpité le cœur, m’a agrippée pour ne me libérer que 540 pages plus tard.

Proche d’une espèce de conte initiatique, l’histoire nous entraîne dans un huis-clos à l’ambiance sombre et pesante, sur fonds de secrets de famille multigénérationnels. Réaliste à ses débuts, le récit prend pourtant une tournure presque onirique à certains moments.

Quant à la plume de Stéphane Servant, elle a tout d’exceptionnel : douce et furieuse à la fois, pas niaise pour deux sous, elle se fait poésie et émotion au fil des pages.  En un mot ? Magistral. 

Difficile de parler du personnage de Célia sans en dévoiler trop sur le roman… Pour faire court, c’est une jeune fille courageuse, pleine de vie, mais un peu naïve aussi, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds ! A travers son histoire et celle de sa grand-mère, l’auteur met en avant les traumatismes subis par les femmes à cause de la violence des hommes. Pour autant, Célia, comme sa grand-mère avant elle, refuse de se positionner en victime et décide d’être une femme forte bataillant pour sa liberté.

Véritable source d’inspiration, Célia à une fureur de vivre en elle, et la volonté de ne pas se soumettre à la domination masculine. Bref, un personnage fort dans un roman ado que l’on peut qualifier de véritable « pépite ». 

Et vous, qu’auriez-vous choisi pour ce thème ?

Sauveur & fils : saison 3

Sauveur & fils : saison 3 ; de Marie-Aude Murail
Publié chez l’Ecole des Loisirs, 2017 – 320 pages

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Au numéro 12 de la rue des Murlins, à Orléans, vit Sauveur Saint-Yves, un psychologue antillais de 40 ans, 1,90 mètre pour 80 kg. Dans son cabinet de thérapeute, Sauveur reçoit des cas étranges… Mais peut-il les sauver ? Il n’a que le pouvoir de la parole. Il ne croit pas au Père Noël, mais il croit en l’être humain.

 

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A l’image des deux autres saisons, ce troisième opus nous replonge dans le cabinet de consultation de Sauveur Saint-Yves, psychologue à Orléans, papa d’un petit Lazare, et indirectement famille d’accueil pour personnages loufoques et un peu abîmés par la vie (Gabin, et Jovo).

L’émotion est une fois de plus au rendez-vous ! Entre autre parce qu’on craint pour la vie de Gabin, qui a prévu de se rendre au concert des Eagles of Death Metal, ce fameux 13 novembre 2015. Évidemment le lecteur sait ce qui s’est déroulé ce soir-là à Paris, et Marie-Aude Murail compte bien dessus. Malgré l’impression de déjà-vu, on ne peut s’empêcher d’avoir les yeux humides devant la détresse des protagonistes à accueillir la nouvelle; la même que celle ressentie il y a un an et demi…

Et puis il y a aussi les « petits nouveaux » du cabinet, qu’on se délecte de découvrir ! Toujours dans l’air du temps, et avec la délicatesse qui la caractérise, l’auteure aborde divers sujets d’actualité : du patient paranoïaque à l’enfant négligée par ses parents, en passant par un petit bègue de six ans, difficile de ne pas craquer pour chacun des personnages !

Psychologue exceptionnel, Sauveur continue donc de venir en aide aux âmes en souffrance, et aux jeunes en quête d’équilibre. Comme d’habitude, on prend plaisir à suivre l’évolution de ces patients, on s’émeut devant leur situation, mais on rit beaucoup aussi.
A côté de ça, le grand Sauveur gère très mal sa relation avec Louise, qui lui en tient (un peu, mais pas trop longtemps quand même) rigueur. Son côté assuré dans le cadre de son travail se floute dans sa vie personnelle, et c’est justement parce qu’il est imparfait qu’il nous paraît si attachant ! 

Une fois de plus, Marie-Aude Murail nous livre une petite perle, un de ces livres qui fait du bien, malgré les thèmes parfois difficiles qui y sont abordés. Cette troisième saison, à l’image des précédentes, fut donc synonyme de cœur qui palpite, d’yeux embués, et de sourires à n’en plus finir : bref, un vrai bonheur de lecture ! 

En bref :
– jamais de pathos, mais beaucoup de sensibilité
– une galerie de personnages merveilleux ❤
– des thèmes actuels

J’ai avalé un arc-en-ciel

J’ai avalé un arc-en-ciel ; de Erwan Ji
Publié aux Éditions Nathan, 2017 – 396 pages
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Je m’appelle Capucine, mais on m’appelle Puce. J’ai dix-sept ans, la peau mate et un accent de Montpellier. Enfin, l’accent, c’est quand je parle français. Je vis aux États-Unis depuis que j’ai trois ans. Cette année, il m’est arrivé un truc phénoménal. Retournement de vie, frisson géant, secousse cosmique, vous appelez ça comme vous voulez, mais la vérité… c’est que j’ai avalé un arc-en-ciel.

 

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Alerte : ceci est une pépite. Je répète : ceci est une pépite. A tel point que cette chronique risque d’être très décousue, tant il y aurait à dire sur ce merveilleux roman !

J’ai avalé un arc-en-ciel aurait pu être une énième histoire de lycéens, où l’on aurait parlé d’amitié, d’amour (évidemment), mais aussi de doutes et de ce qui constitue l’adolescence en général. Sauf que c’est bien plus que ça, et unique en son genre !

☞ Un ton décalé
Capucine -qui voit son prénom écorché par tous les Américains- est une jeune fille drôle et spontanée. Que ce soit à travers le regard humoristique qu’elle pose sur son entourage, ou par son ton enjoué, très vite, on ressent une profonde sympathie à son égard.

Il paraît que rien ne vaut un exemple concret : les première lignes du roman donne complètement le ton du blog de l’héroïne :

« C’est un drôle de mot, blog. Pendant longtemps, j’ai cru que c’était le nom d’une nourriture. Si mon grand-père s’était demandé ce que ça voulait dire, il se serait mouillé le doigt et aurait tourné les pages de son épais dictionnaire. Moi, j’ai tapé le mot sur Google. C’est ça, le progrès. On n’a plus besoin de se mouiller le doigt. »

☞ Se construire, trouver son chemin
La dernière année de lycée est aussi synonyme de petits chamboulements et de grands bouleversements. C’est l’année des doutes, des peurs, du choix de l’orientation universitaire, des adieux aux amis, et bien plus encore. En bref, des thèmes maintes fois abordés en littérature jeunesse, mais que Erwan Ji traite ici avec une grande justesse, comme si c’était la première fois, faisant de son roman un récit incontournable sur l’adolescence.

« On est trop vieux pour être considérés comme des enfants, mais trop jeunes pour être acceptés comme des adultes. Les trucs qu’on déteste, on a du mal à les éviter. J’entends souvent dire que les adolescents sont des rebelles. C’est faux, on n’est pas rebelles, on a juste grandi, et on aimerait que les gens s’en rendent compte. »

☞ Du non-étiquettage des sentiments
Impossible de traiter de l’adolescence sans inclure une petite histoire d’amour ! Aux revêches des amourettes de lycéens, Erwan Ji propose ici une très belle réflexion sur le sentiment amoureux en général.
Attention, spoiler ! 
[Capucine, qui, jusque là, a toujours fréquenté des garçons, se découvre une attirance particulière pour son amie Aiden. C’est alors l’heure des doutes sur son orientation sexuelle, de la peur du jugement des autres… On la voit ainsi analyser ses sentiments, allant même jusqu’à chercher la définition d’amour et d’amitié dans le dictionnaire, pour « remettre les choses en perspective ».
Là où réside le talent de l’auteur, c’est de ne pas avoir fait de l’homosexualité le gros thème de son roman, mais de parler d’amour, tout simplement. Capucine finit par comprendre qu’il ne sert à rien de se catégoriser, et se définit même à un moment comme « Aiden-sexuel », car après tout, on tombe amoureux d’une personne avant tout non ?]

☞ Bienvenue en Amérique !
Découvrir le fonctionnement d’un lycée américain huppé (college preps, pour info), c’est aussi ce que propose Erwan Ji avec son roman. Via les anecdotes de Capucine, toutes les traditions et les évènements incontournables de ce milieu prennent forme devant nos yeux, nous immergeant complètement dans son quotidien. A la fin du livre, les Morp, Tag Days, Promposals, la cérémonie de Graduation et le Black Friday n’auront plus de secret pour vous.
En parallèle, le bilinguisme de l’héroïne lui permet d’expliciter des expressions types ou des concepts qui n’ont pas vraiment d’équivalent en français. Ainsi, les expressions « whatever », « duh », « it’s a date » trouvent un sens pour le lecteur non averti.

 Une multitude de publications ayant pour thème central l’adolescence et ses tracas sortent chaque année. Pourtant, J’ai avalé un arc-en-ciel est sans aucun doute le roman qui en parle le mieux et avec originalité, d’un ton cocasse, et pourtant avec une grande sensibilité. Tout sonne juste ici, rien n’est exagéré ou poussé au ridicule : Erwan Ji signe un premier roman touchant. Quand à Capucine, unique en son genre, c’est certainement une des héroïnes de la littérature jeunesse les plus réussies jusque là  !  

En bref :
une héroïne absolument adorable
– des anecdotes culturelles intéressantes sur la scolarité aux États-Unis
– le ton juste, sincère de l’héroïne (et de l’auteur !)
– la représentation de l’amour qui est donnée