Monsieur Blaireau et Madame Renarde

Monsieur Blaireau et Madame Renarde; de Brigitte Luciani et Eve Tharlet.
Publié chez Dargaud, 2006 – 32 pages

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Quand une maman Renard et sa fille Roussette entrent sans prévenir dans la maison d’une famille de blaireaux, tout ça parce qu’un chasseur a découvert leur terrier, que croyez-vous qu’il arrive ? Eh bien, les enfants sympathisent et jouent ensemble tandis que les adultes prennent des décisions d’adultes : ils se mettent d’accord pour s’installer dans le même terrier, parce que celui de maman Renard a été détruit par les chasseurs. L’embêtant, c’est que les blaireaux et les renards n’ont rien en commun. Mais est-ce vraiment si embêtant ?


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Première bande-dessinée aux allures d’album jeunesse, la série “Monsieur Blaireau et Madame Renarde” m’a complètement séduite dès que je suis tombée dessus à la médiathèque !

Destinée aux tout jeunes lecteurs, cette série de premières bande dessinées allie avec délicatesse et simplicité des problématiques modernes comme la famille recomposée, la vie en communauté ou encore le respect des différences.

Très accessibles pour les plus jeunes -sans pour autant être niais- les dialogues sont très réalistes. D’ailleurs, en mettant en scène des animaux dans leur environnement, plutôt que des humains, l’auteur permet à l’enfant de mieux s’identifier aux personnages. Le petit lecteur pourra alors se faire sa propre opinion des choses.

On se délecte bien sur des aquarelles d’Eve Tharlet, dont la douceur des traits et la beauté des couleurs se rapprochent un peu de l’univers créé par Beatrix Potter. Le résultat est un enchantement pour les yeux !

Ayant eu un réel coup de cœur pour le premier tome, j’ai vite lu les autres histoires (cinq sont disponibles pour le moment), et pour moi, toutes se valent largement. Une chose est sûre, des BD comme celle-ci, pleine de tendresse et d’humour, avec un propos intelligent, on en redemande !

 

En bref :
– des thèmes actuels abordés
  – le propos intelligent des histoires
  – les belles illustrations et l’objet livre ❤

Songe à la douceur

Songe à la douceur; de Clémentine Beauvais
Publié chez Sarbacane dans la collection Exprim’, 2016 – 240 pages


Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ?

coupdecoeurSonge à la douceur était l’une des sorties de la rentrée que j’attendais le plus. A force d’en entendre parler depuis des semaines sur la blogosphère, j’avais peur de placer mes attentes trop haut, et d’être déçue quand je l’aurais enfin dans les mains. Clémentine Beauvais était donc attendue au tournant…

Il faut savoir que le livre est une adaptation du roman en vers d’Alexandre Pouchkine : Eugène et Onéguine, dont l’histoire se retrouve transposée dans le Paris du 21è siècle.

En soi l’intrigue est assez banale : c’est une histoire d’amour comme il en a déjà existé des milliers. Ça pourrait donc être niais, un peu fleur bleue même; pourtant ce n’est absolument pas le cas. Bien sur, sans avoir lu le texte d’origine, il est difficile de savoir exactement ce que l’auteure a ajouté ou modifié au récit de base. Mais Songe à la douceur reste une comédie romantique à la fois moderne et drôle, et honnêtement : je n’ai jamais rien lu d’aussi beau !

J’avais quelques réserves par rapport à la forme choisie, la poésie n’ayant jamais fait palpiter mon petit cœur plus que de raison… Mais tout compte fait, les vers libres apportent un rythme très chantant au texte et j’avoue volontiers avoir lu et relu certains passages tant je les trouvais beaux ! Les mots m’ont ensorcelée dès la première page : ces mots tellement subtils et bien choisis, ces mots qui disent l’amour, le désir et l’attente.

Notons que Songe à la douceur, c’est aussi ça (et c’est beau hein?) :

L’auteure relève le défi de publier un roman entier en vers libres, nous prouvant qu’elle peut décidément écrire sous n’importe quelle forme et sur n’importe quels thèmes. Elle brise toutes les conventions du roman pour ados « classique », pour mieux en réinventer les règles, ses propres règles. Il y a décidément de l’audace chez Clémentine Beauvais, et c’est peut être bien le vent de nouveauté que l’on attendait dans la littérature jeunesse… 🙂
Lire Songe à la douceur est une expérience unique, si bien que même si vous n’en faites pas un coup de cœur, je suis certaine que sa lecture vous marquera durablement !

En bref :
√ – la musique qui se dégage de chaque page
– une forme qui séduit
-une démarche originale et novatrice

Le Jardin des secrets

81nx4ebvy6lLe Jardin des secrets; de Kate Morton
Publié chez Pocket, 2010 – 704 pages

1913 : sur un bateau en partance pour l’Australie se trouve une petite fille de quatre ans, seule et terrorisée. Le navire lève l’ancre et elle se retrouve à Brisbane. Si le secret de son débarquement est religieusement gardé par ses parents adoptifs, ceux-ci décident, le jour de ses 21 ans, de révéler à Nell les circonstances étranges de son arrivée dans la famille. Bouleversée, ce n’est que des années plus tard qu’elle entreprend le voyage vers ses origines. Une quête difficile pour lever le voile sur près d’un siècle d’histoire familiale…

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Le résumé de quatrième de couverture était assez intrigant pour me donner envie de plonger dans l’histoire, sans trop en dévoiler non plus. J’ai découvert Kate Morton cet été avec “Les heures lointaines”, qui, malgré quelques longueurs, m’avait bien plu. Du coup, quand j’ai vu Le Jardin des secrets dans le rayon nouveautés de la médiathèque, je n’ai pas hésité !

L’histoire alterne le point de vue de trois femmes différentes : Cassandra tout d’abord, de nos jours, Nell qui nous raconte le début de sa quête sur ses origines, et finalement Eliza, une jeune femme du début du 20ème siècle, surnommée « la conteuse » et dont le destin est étroitement lié aux deux autres. L’auteure entremêle intelligemment chaque époque aux autres, pour faire avancer l’intrigue et mener, petit à petit, à la découverte finale. Personnellement, cette alternance chronologique me ravit à chaque fois ! Adepte de ce genre de procédés, je trouve que cela apporte du rythme à l’histoire tout en renforçant le mystère existant…

Le Jardin des secrets, c’est surtout une quête initiatique qui nous fait prendre conscience de l’importance de la mémoire familiale. C’est aussi un livre par lequel on voyage à la fois en Australie, à Londres et en Cornouaille, mais aussi dans l’univers des contes de fées.
J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la place accordée aux contes pour enfant dans le livre. A plusieurs reprises, des contes du recueil de la petite Nell sont retranscrits tels quels dans le roman, pour permettre au lecteur de le découvrir en même temps. Petit plus : chacun a, bien sur, un lien direct avec le mystère de l’histoire.

Bien que les romans historiques ne soient pas ma tasse de thé, quand on me propose d’en apprendre davantage sur les mœurs d’une époque sans trop en avoir l’air, j’accroche bien. Et c’est justement ce à quoi s’attelle Kate Morton en abordant l’Angleterre du début du siècle dernier : elle cite notamment l’histoire du tristement célèbre Jack l’Éventreur et nous donne un aperçu des bas-fonds londoniens.

Grâce aux talents de l’auteure, et en particulier au soin qu’elle apporte à ses descriptions, j’ai l’impression d’avoir découvert Blackhurst, sa crique et son labyrinthe en même temps que la jeune Eliza. Je me suis laissé complètement emporter par le charme et les émotions qui se dégagent du roman, et quitte donc à regret cet univers si particulier !

Avec ce récit à plusieurs voix, admirablement bien écrit et très prenant, Kate Morton dresse le portrait de femmes représentantes d’une époque donnée. Si vous adorez les sagas familiales sur plusieurs générations, avec révélation d’un secret à la clef, n’hésitez plus, Le Jardin des secrets ne peut que vous plaire !

En bref :
– une belle histoire intergénérationnelle
– un background historique intéressant
– immersion totale dans le roman garantie !

Et si d’autres romans du même style vous viennent en tête, n’hésitez pas à me le faire savoir : je suis preneuse ! 🙂

Le Temps des Mitaines

Le Temps des Mitaines, de Loïc Clément et Anne Montel
Publié chez Didier jeunesse en 2014 & 2016 – 115 pages (tome 1) & 62 pages (tome 2)

Dans un monde imaginaire, les aventures et mésaventures d’une bande d’amis dotés de super pouvoirs!  Suspense, enquête, premiers émois, rires, … Arthur vient d’emménager dans le village des Mitaines. Dès son premier jour dans la nouvelle école, il apprend qu’un élève a mystérieusement disparu. Sa curiosité est piquée, et avec l’aide de ses nouveaux amis, l’amusante Pélagie, l’intrigante Kitsu, le génie de la bande Gonzague et son fidèle compagnon Willo, il se met en tête de trouver le coupable !

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Adorable, c’est le premier mot qui vient en tête quand on ouvre Le Temps des Mitaines !

J’avais découvert le premier tome l’an dernier, dans la médiathèque où je travaillais à l’époque, un peu par hasard mais pas tout à fait (coucou Mathilde!). Et à la lecture, ça avait été le coup de foudre, ni plus, ni moins. Depuis, le duo Loïc Clément / Anne Montel m’est devenu un peu fétiche : je suis de près leurs publications, qui en général, finissent sur mes étagères sans trop d’hésitations !

Parlons d’abord du dessin, tendre et délicat, d’Anne Montel. Dès les premières pages, je suis tombée en admiration devant la multitude de détails que contient chaque planche. Certaines trouvailles m’ont fait sourire: mention spéciale au téléphone coquillage, au chicken bus, sans oublier les fameuses tasses de poupou !

Dans le tome 1, on fait la connaissance d’Arthur, un ourson qui vient d’arriver aux Mitaines et fait ses premiers pas dans sa nouvelle école. Bien sûr, qui dit nouvelle école dit forcément nouveaux amis. Et là, nous sommes gâtés ! Uniques en leur genre et terriblement attachants, on rencontre en vrac : Willo la luciole pas très courageuse mais loyale, Gonzague l’érudit, Pélagie la petite souris loufoque et sa copine Kitsu, la mystérieuse renarde. Tout ce petit monde va vivre une sacrée aventure, en enquêtant sur d’intrigantes disparitions.
Le petit plus de l’histoire? Une sacrée dose d’humour qui donne lieu à des dialogues bien souvent truculents !

Le second tome, lui, est un peu plus “adulte”, un peu plus“sérieux”, notamment au niveau des thèmes abordés. Nos jeunes amis profitent de leurs vacances pour effectuer des stages de découverte professionnelle. L’occasion pour eux, et pour les jeunes lecteurs, de parler un peu d’écologie, d’économie, mais aussi de banquier peu compréhensifs…

On déplore presque qu’elle soit aussi courte et on en redemande ! (ce qui, finalement, est bon signe non?)

Loïc Clément & Anne Montel signent une BD insolite et engagée, qui change singulièrement de ce qu’on voit dans le paysage éditorial jeunesse, et je dois dire que ça fait du bien !

♦ Retrouvez le blog d’Anne Montel juste et celui de Loïc Clément ici.

En bref :
 – un ravissement pour les yeux ♥
   – un univers onirique très développé
  – un propos intelligent