I hate Fairyland

I hate Fairyland; par Skottie Young
Publié chez Urban Comics Editions, 2017

Gertrude, petite fille au tempérament de feu, se retrouve subitement aspirée par sa moquette de la chambre, prisonnière du monde magique de Fairyland. Vingt-sept longues années de captivité et de bain de sang durant lesquelles sa seule motivation a été de rentrer chez elle. Bienvenue au royaume de la reine Claudia, des hommes-champignon, des faunes zombies et des haches géantes. Bienvenue à Fairyland. 

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Si vous suivez ce blog depuis quelques temps déjà, vous aurez remarqué que les comics y sont sous-représentés : et pour cause, j’en lis très peu. Pourtant, dès que j’ai croisé la bouille de Gertrude en librairie, j’ai su qu’entre nous ça aller matcher !

J’ai apprécié :

☞ La couverture donne complètement le ton : l’univers de la série est trash à souhait, complètement barré (si vous avez appréciez la série Dirk Gently sur Netflix, je pense que ce comics saura vous séduire). Que ce soit grâce aux remarques du duo Gertrude/Larry, ou à l’absurde de certaines situations, on ne s’ennuie pas une seule seconde !

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J’avais prévenu pour le côté trash…

☞ Le personnage de Gertrude est absolument délicieux ! Les années d’enfermement ont eu un effet plutôt néfaste sur l’esprit de la petite fille : elle s’est peu à peu transformée en monstre sanguinaire et imprévisible, avec une nette tendance à régler les situations conflictuelles à coups de hache. Vous voilà avertis !

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☞ L’auteur se permet de placer quelques figures phares des contes pour enfants en les rendant plus loufoques et cruels. Il faudra décidément une bonne dose de second degré pour apprécier I hate Fairyland !

☞ Graphiquement, tout est à l’image de l’univers mis en place : exagéré et loufoque. Skottie Young donne dans les couleurs pétantes et ses personnages prennent des allures cartoonesques, tandis qu’il dissimule de multiples détails et clins d’œil dans ses planches. Le découpage et la variété des plans utilisés donne à l’ensemble une dynamique intéressante. 

J’ai moins aimé :

☞ Le scénario s’avère un peu faible et répétitif. J’espère vraiment un renouvellement pour le troisième opus !

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Force est de constater que l’intérêt de la série vient surtout de l’univers acidulé et de l’humour noir omniprésent, avec quelques faiblesses au niveau scénaristique. A l’aide d’un travail graphique extraordinaire, Skottie Young propose une histoire irrévérencieuse, qui désacralise totalement le monde des contes de fées. 

La Belle Sauvage, ou le « moueh » du début d’année

La Trilogie de la Poussière, tome 1 : La Belle Sauvage; de Philip Pulman
Gallimard Jeunesse, 2017 – 544 pages

61IuEgS0BZLÀ l’auberge de la Truite, tenue par ses parents, Malcolm, onze ans, voit passer de nombreux visiteurs. Certains sont étrangement intéressés par le bébé nommé Lyra et son dæmon Pantalaimon, gardés par les nonnes du prieuré tout proche. Qui est cette enfant ? Quels secrets, quelles menaces entourent son existence ? Pour la sauver, Malcolm et Alice, sa compagne d’équipée, doivent s’enfuir avec elle. Dans une nature déchaînée, le fragile trio embarque à bord de La Belle Sauvage. Tandis que despotisme totalitaire et liberté de penser s’affrontent autour de la Poussière, une particule mystérieuse, deux jeunes héros malgré eux, liés par leur amour indéfectible pour la petite Lyra, vivent une aventure qui les changera pour toujours.

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Si ma dernière lecture de A la croisée des mondes, la précédente trilogie de Pullman, commençait à dater (au moins sept ans !), j’avais encore bien en tête les différents éléments de cet univers si particulier, ainsi que les personnages principaux que l’on suivait dans leur quête. C’est donc avec fébrilité, et aussi un brin de nostalgie que je me suis plongée dans ce nouvel opus, qui offre un préquel aux aventures de Lyra et Pantalaimon. Seulement voilà, le voyage n’a pas été aussi plaisant que prévu.

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☞ Vite, mais pas trop…

Soyez prévenus, l’intrigue est longue à démarrer… Philip Pullman prend le temps d’introduire son univers si particulier, peut être un peu trop justement, quitte à perdre le lecteur en route. Si cet aspect ne m’avait pas dérangée le moins du monde dans le premier tome de La Passe-Miroir par exemple, ici j’ai rapidement eu envie de vivre l’aventure promise en quatrième de couverture ! 

☞ …quitte à zapper des choses

Malgré cette précision du détail pour que le lecteur se sente familier dans ce monde à la fois proche et différent du notre, il m’a semblé que l’auteur ne s’attardait pas autant que nécessaire sur certains aspects du récit : le concept des daemons, notamment, m’a semblé assez vague pour des lecteurs novices (et même pour moi, qui connaît pourtant déjà les livres de Philip Pullman !) 

☞ Un duo mal assorti

Malgré tout, il y a du bon dans le rythme lent instauré par l’auteur : mieux appréhender l’univers, et surtout faire la connaissance du jeune Malcolm, le protagoniste principal de cet opus. 

Et encore une fois, Pullman nous offre un héros à la mesure des événements présentés ! Malcolm, tout comme Lyra avant lui (ou après lui ? Tout dépend de l’ordre dans lequel vous lirez les trilogies –> TMTC cher lecteur), campe un personnage des plus attachants, qui fait preuve de multiples qualités. Doté d’une grande soif de connaissance, il est aussi brave et serviable, fichtrement déterminé, mais aussi très mature pour son jeune âge. Tout comme Lyra avec son daemon, sa relation fusionnelle avec Astra émeut.

En revanche, je dois bien avoue qu’Alice m’a laissée de marbre. Quasi invisible au départ, elle prend un rôle plus important dès que l’aventure démarre véritablement, mais ça n’a pas suffit à éveiller mon intérêt, et j’ai trouvé certains personnages secondaires bien plus intéressants. On recroise d’ailleurs avec plaisir (ou un peu moins) quelques uns des protagonistes d’A la croisée des mondes et remontons aux origines de l’histoire de Lyra. 

☞ Même si ce premier tome promet une intrigue intéressante toujours empreinte des éléments envoûtants qui faisaient d’A la croisée des mondes une saga d’exception, il m’a manqué un petit quelque chose pour être vraiment emballée par l’ensemble. Ceci dit, peut être que je suis tout simplement trop exigeante, car dans l’ensemble, ce nouvel opus est un bon roman d’aventures, et j’avoue avoir passé un agréable moment de lecture. 

En bref :
 – un excellent roman d’aventure !
  – un style fluide et immersif
– des intrigues politiques et religieuses intéressantes
 – des personnages un peu décevants car inégaux
– un manque de clarté sur certains aspects « magiques »

 

Où on parle de zéro déchet 🌱

Zéro déchet ; de Béa Johnson
Publié chez Les Arènes, 2013 – 395 pages
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Famille presque zéro déchet ; de Jérémie Pichon & Bénédicte Moret
Publié chez Thierry Souccar Editions, 2016 – 256 pages

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Commençons par le commencement, le zéro déchet c’est quoi au juste ? Comme son  nom l’indique très justement (thanks Captain Obvious !), il s’agit d’une initiative consistant à réduire ses déchets ménagers. La stratégie s’appuie grosso modo sur cinq points :

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Les deux livres que je présente aujourd’hui ne sont en aucun cas des ouvrages scientifiques, mais se présentent plutôt comme des guides pratiques comportant diverses astuces qui nous montrent à quel point il est simple de modifier son style de vie et de consommation.

Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous en citer quelques unes en vrac !
– privilégier les chiffons microfibres (ou se fabriquer ses propres torchons à l’aide de vieux draps) à la place du traditionnel sopalin
– remplacer les cotons démaquillants à usage unique par des lingettes/cotons lavables, et donc réutilisables
– investir dans un composteur (si vous disposez d’un jardin ou d’un bout de terrain) pour y mettre tous vos déchets organiques
– opter pour l’achat de céréales, fruits secs et légumineuses en vrac autant que possible (pensez à emporter de petits sacs à vrac en tissu pour vos achats)

A aucun moment les auteurs ne se positionnent comme des exemples types à suivre absolument -sinon vous irez tous cramer en enfer voilà- ou n’emploient un ton moralisateur. Au contraire, il est souvent rappelé que chacun fait comme il le peut, selon son envie et surtout ses moyens financiers ou matériels. La famille Pichon-Moret, tout comme Bea Johnson, ont bien conscience que la transition peut être longue, et leur ouvrage a, pour moi, davantage pour but d’éveiller les consciences et de donner au lecteur des pistes pour s’améliorer.

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Dans les deux cas, on retrouve une bonne dose d’humour ! Cela passe par les dessins fournis par Bénédicte, illustratrice-graphiste dans la vraie vie, qui peuvent s’avérer très cynique envers la société de consommation ou les grandes distribution, mais toujours de bon ton. Quant à Bea Johnson, j’ai souri devant ses tentatives acharnées (mais souvent infructueuses il faut l’avouer!) à fabriquer un mascara maison, ou à fermenter des graines de kéfir pour en faire du fromage !

Écrits assez simplement, ces ouvrages se lisent très facilement. Leur découpage en chapitres thématiques (la cuisine/les courses, l’hygiène/la salle de bain…) est efficace et permet de repérer facilement les informations désirées. Pourtant, le livre Zéro déchet m’a paru un peu austère à la lecture comparé à son petit frère. Et pour cause : le texte n’est pas bien aéré, et n’est, à aucun moment, agrémenté de petits schémas ou dessins, qui rendraient le propos moins indigestes. A côté, La famille presque zéro déchet a un côté ludique et coloré non négligeable !

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Ceci dit, si je devais choisir absolument entre l’un des deux guides, je vous recommanderai plutôt d’investir ou d’emprunter quelque part (les médiathèques sont vos amies !) La famille presque zéro déchet.
Bea Johnson révèle des intentions très louables, mais en fait tout simplement trop. Chez elle, le zéro déchet apparaît presque comme une obsession, tout doit être sous contrôle, et ses idées sont parfois trop poussées pour le citoyen lambda : qui serait volontaire pour installer des toilettes sèches chez soi, ou encore à se maquiller les yeux en utilisant du cacao ? Les idées restent bonnes, mais j’ai moins eu cette impression en lisant l’ouvrage de la famille Pichon-Moret, qui joue plus sur la carte de l’humour et de la légèreté, tout en prenant son sujet au sérieux.

 

Toutes les illustrations sont à retrouver sur le site de Bénédicte Moret.

Y a pas de héros dans ma famille !

Y a pas de héros dans ma famille ; de Jo Witek
Publié chez Acte Sud Junior, 2017 – 133 pages

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☞ Qui n’a jamais eu honte de sa famille ?

Maurice Dembek, dit « Mo », a toujours cru naïvement que les autres enfants avaient, comme lui, deux vies bien séparées l’une de l’autre : celle à l’école où tout se doit d’être ordonné, où la politesse et le bien parlé règnent, et celle à la maison où ça braille dans toutes les pièces, où il y a toujours du monde qui s’invite. 

« Avant, je pensais que les enfants du monde entier étaient comme moi. Des mini-humains qui deux fois par jour et cinq jours par semaine passent la frontière d’un pays à l’autre, le cartable sur le dos et le sourire en bandoulière. Avant, ma vie gambadait légèrement entre le monde de l’école et celui de la maison. J’étais heureux dans mes deux pays bien distincts avec des gens différents, des styles différents, une cuisine et une langue particulières. »

Seulement voilà, le jour où son copain Hippolyte s’invite pour faire un exposé, tout bascule. Parce que chez les Castant, la maison est calme, immaculée, et surtout il y a un mur entier de photos de famille, dont plusieurs font figure de « héros » grâce à leur carrière ou l’obtention d’un Prix Nobel.

Pour Mo, c’est un véritable choc : sa famille, elle, ne comporte pas un seul « héros », ce serait plutôt une bande de zéros… Pire encore, à travers le regard d’Hippolyte, il prend conscience que sa famille est atypique, presque dysfonctionnelle !

☞ De zéro en héros

Dans la famille de Mo, je demande donc le héros. Et c’est qu’elle est étendue la tribu Dambek  ! Entre le père, qui travaille au noir avec un copain, les deux chiens de la famille, Titi le frère avide de sensations fortes en voiture et toujours prêt à se fourrer dans de sales coups, Gilou le frère deux de tension, Bibiche la soeur peste qui chante comme une casserole, Mo le vilain petit canard, et puis la mère qui porte tout ce petit monde à bout de bras, il y a de quoi faire !

D’ailleurs, la mère de Mo est sans doute le personnage qui m’a le plus émue dans tout le roman : elle donne sans compter à ses proches, qui ne se rendent pas toujours compte des sacrifices qu’elle a du faire pour sa famille ! Toujours rassurante, elle a un caratère amusant et n’a pas la langue dans sa poche.

« J’ai arrêté l’école pour aider ma famille. Gagner des sous. Tu comprends, Mo ? Et aujourd’hui je travaille à la maison. C’est peut-être pas un vrai travail, mais pour moi, c’est important. Le plus important, même. »

L’exploration, en famille, des albums photos révèle des histoires de gens pas si ordinaires qu’en apparence, rassurant Mo, et lui donnant l’occasion de redécouvrir sa drôle de famille oh combien généreuse.

☞ Une belle leçon de vie

A grand coup de rires et avec une grande sensibilité, Jo Witck dresse le portrait d’une famille unie qui émeut à coup sûr le lecteur par sa tendresse et son amour.

Même au delà de ça, elle montre que les héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit : nombreuses sont les personnes oeuvrant dans l’ombre ou l’indifférence générale pour le bien des autres.

« Je sais que les vrais héros sont ceux que les gens aiment, mais aussi ceux qui savent aimer. Ceux qui rendent les autres plus forts, au lieu de se croire les plus forts. »

☞ Ce roman jeunesse a tout de la petite pépite, à mettre rapidement entre les mains des enfants à partir de 10 ans ! L’autrice a su mettre des mots justes sur le contexte social/familial de Mo, véhiculant au passage un joli message de tolérance. Elle signe un très joli roman d’apprentissage sur les liens familiaux, montrant l’importance de connaître son passé pour mieux appréhender son présent.

Somali et l’esprit de la forêt : un enchantement visuel !

Somali et l’esprit de la forêt; par Yako Gureishi
Publié chez Komikku Editions, 2016

Depuis que le monde est dominé par les créatures non-humaines, les hommes en sont réduits à mener une existence clandestine pour échapper à la persécution sans répit des nouveaux maîtres. Un jour, un golem, gardien des forêts, recueille une fillette appartenant à cette race humaine en voie d’extinction et décide d’entreprendre avec elle un périlleux voyage à travers les contrées.  Ainsi commencent les aventures de cet étrange duo dépareillé, mais uni par un attachement quasi filial.

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J’ai apprécié :

☞ Les deux personnages principaux sont attachants à souhait ! Leur relation quasi père-fille est touchante dans sa simplicité et sa dualité : Somali, avec sa petite bouille ronde et sa fragilité, est physiquement à l’opposé du golem, qui s’impose vite comme son protecteur. 

☞ Dépaysant à souhait, Somali et l’esprit de la forêt est très contemplatif et nous donne à découvrir un univers à la fois fantastique et poétique. Les créatures fabuleuses que croise notre duo (lapins à cornes, drôles de poissons mangeurs de livres, démons apothicaires, ou encore sorcières cuisinières) nous immerge en quelques pages seulement !

☞ Dans l’histoire, le golem fait figure de gardien des forêts, et la nature se meurt une fois qu’elle perd son protecteur : ce soucis de l’environnement m’a rappelé les œuvres de Miyazaki, dans lesquelles on retrouve souvent cette thématique. 

☞ Comment ne pas être séduit par les merveilleuses illustrations ? Mettant en scène la nature luxuriante et des petits villages pittoresques, la technique graphique m’a un peu rappelé la série de mangas Les enfants de la Baleine. Bref, les décors sont grandioses, le soucis du détail est vraiment là, et j’étais emballée dès les premières pages !

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☞ L’intrigue se met en place doucement, laissant entrevoir au lecteur un conte cruel à mesure que l’on découvre le sort réservé aux humains…

C’est un vrai moment de poésie que nous offrent les éditions Komikku, dont je découvre peu à peu les publications, pour mon plus grand plaisir ! (si, si rappelez-vous : L’enfant et le maudit, Le maître des livres, Minuscule, ou encore The Ancient Magus Bride, ce sont eux aussi !) Dans le cas présent, Somali et l’esprit de la forêt propose des pistes intéressantes sur la tolérance, mais aussi sur l’extinction de certaines espèces (ici, l’être humain) : le tout donne sérieusement à réfléchir sur le devenir de notre société, et plus largement de notre planète. 

Histoires musicales pour petites oreilles♫

Sur les conseils d’une collègue, j’ai récemment écouté/regardé deux nouveautés jeunesse qui étaient arrivées à la médiathèque. Si je ne suis pas particulièrement friande des histoires illustrées et racontées sur CD en paralèlle (en plus, je n’ai pas d’enfants !), je suis pourtant tombée sous le charme de ces deux opus édités par Acte Sud, qui feront d’excellents cadeaux pour les enfants de votre entourage ! 


Allô docteur Ludo : comédie médicale ; de Olive et moi
Raconté par François Morel & illustré par Arnaud Boutin

Acte Sud Junior, 2012 – 48 pages
[A partir de 5 ans]

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Le docteur Ludo est doudoutologue : il ne soigne pas les humains, mais les jouets, les peluches, les robots, les poupées… C’est un médecin réputé ; tous les mercredis, sa salle d’attente est pleine à craque. Parfois, il s’y passe des choses vraiment bizarres… 

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L’histoire à la fois loufoque et intelligente présente plusieurs niveaux de lecture, ce qui satisfera aussi bien les enfants que leurs parents qui devraient saisir les jeux de mots et les références présentes dans le texte. 

On alterne entre lecture narrative et musique, et tout y est parfait : François Morel fait un narrateur remarquable, et les chansons -au nombre de cinq- sont rythmées et entraînantes, avec des paroles sensées. 

Signalons également les illustrations naïves et colorées de Arnaud Boutin, qui accompagnent parfaitement le ton humoristique de l’histoire !

Pour moi, l’ouvrage est accessible dès 5 ans (ça risque d’être compliqué avant niveau compréhension), jusqu’à pas d’âge ! Bref, à écouter sans modération, même si l’album n’est, à priori, pas remboursé par la Sécu 😉 

 


Un petit deuxième pour la route ? 😉


Le stylo à cancre ; de Olive et moi
Raconté par François Morel & illustré par Elisa Gehin
Acte Sud Junior, 2008 – 48 pages
[A partir de 5 ans]

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Moi c’est Simon. J’ai toute une classe de peluches et d’animaux qui m’attend à mon retour de l’école. Dans ma chambre, c’est moi le maître, le prof, le super héros. Sauf que mes élèves m’en font voir de toutes les couleurs… Pas étonnant que je sois fatigué !

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Là encore, Olive & moi nous offre une histoire touchante et originale : les calembours et sous-entendus sont irrésistibles et font de ce livre-CD un petit bijou à offrir tout autour de soi !

Côté chansons les airs restent bien en tête, se retiennent vite, et rythment agréablement l’histoire lue par François Morel, dont l’interprétation est décidément impeccable. Si l’ensemble m’a un peu moins séduite que Allô docteur Ludo, reste qu’on  regrette presque qu’il n’y ait pas d’avantage de chansons sur chaque histoire !

Attention cependant, toutes les fantaisies de Simon pourraient bien donner des idées aux plus jeunes, car le garçon est très inventif quand il s’agit d’enseigner dans sa classe fictive : dissection de Pokemon, élevage de poux, dictée de mots d’excuses… autant de matières qui n’ont pas leur place à l’école traditionnelle. 

Les mystères de Larispem : un mélange détonnant !

Les mystères de Larispem T1 : Le sang jamais n’oublie; de Lucie Pierrat-Pajot
Gallimard  Jeunesse, 2016 – 260 pages
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Dans cette Cité-État indépendante où les bouchers constituent la caste forte d’un régime populiste, trois destins se croisent…  Liberté, la mécanicienne hors pair, Carmine, l’apprentie louchébem et Nathanaël, l’orphelin au passé mystérieux. Tandis que de grandes festivités se préparent pour célébrer le nouveau siècle, l’ombre d’une société secrète vient planer sur la ville.
Et si les Frères de Sang revenaient pour mettre leur terrible vengeance à exécution ?

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Lauréat de la deuxième édition du Concours du Premier Roman Jeunesse organisé par Gallimard Jeunesse, Télérama et RTL, Les mystères de Larispem a su se démarquer grâce à l’originalité de son récit et la richesse de son univers.

Après tout, il fallait y penser à cette uchronie ! Dans cette version de l’Histoire, la Commune de 1871 a été un grand succès, permettant aux Communards de prendre le pouvoir et de bannir les aristocrates. Désormais, c’est l’égalité pour tous qui prévaut, Paris est devenue la Cité-Etat de Larispem et a affirmé son indépendante du reste de la France.

Au lecteur de se familiariser avec cet univers au fil des pages : se réapproprier les noms des rues, apprendre que la Tour Eiffel n’a jamais été construite mais qu’une Tour Verne existe…!

On appréciera de suivre tour à tour chacun des trois jeunes héros : Liberté, Carmine et Nathanaël, dans leur quotidien. Quotidien qui paraît assez banal de prime abord. Pourtant, Carmine, apprentie louchébem (=boucher) n’hésite pas à commettre des cambriolages la nuit en compagnie de Liberté, jeune mécanicienne de talent et peu sûre d’elle. Quant à Nathanaël, il est orphelin et n’a presque jamais mis les pieds dehors, mais croit déceler un mystère dans son orphelinat et décide de mener discrètement l’enquête. Tous les personnages sont assez bien construits, même si j’ai trouvé qu’il leur manquait un peu de profondeur. Ceci dit, ils sont d’un naturel optimiste et insouciant, assez pour que le lecteur s’identifie à eux.

Ici, les codes de la littérature jeunesse sont bien présents et très respectés, ce qui fait des Mystères de Larispem un roman estampillé “jeunesse”, là où La Passe-Miroir pouvait se lire à tout âge et séduire également un public adulte. Ceci dit, ce n’est pas un réel défaut, mais le fait que ces deux romans soient lauréats du même concours pousse inévitablement à la comparaison !

Ce premier tome est donc surtout une grande introduction à l’univers si particulier que nous propose l’auteur. Lucie Pierrat-Pajot nous plonge dans une intrigue captivante, mêlant habilement le côté historique à une pointe de fantastique, le tout dans une merveilleuse ambiance steampunk. On suit avec plaisir les pensées des trois personnages principaux en même temps que l’on découvre le fonctionnement de Larispem. Bref, Le sang jamais n’oublie constitue le premier tome d’une trilogie qui s’annonce assez unique en son genre !

En bref :
– un univers unique
  – de jeunes héros attachants
  – le mélange de plusieurs genres, très bien mené

 


Un petit mot sur le 2ème tome ? 


 

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Au début du XXe siècle, les grands jeux de Larispem sont organisés. Carmine, Louchébem et Nathanaël forment l’une des six équipes. Mais ils font aussi face à la redoutable comtesse Vérité, qui manoeuvre en secret pour s’emparer de la Cité-Etat. Ils doivent pour cela déchiffrer le livre de Louis d’Ombreville.

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Après avoir découvert le très surprenant premier tome de la série, il me tardait de dévorer la suite ! 

Tandis qu’ils s’accomplissent chacun au niveau professionnel, nous retrouvons Carmine, Nathanaël, et Liberté dans une alliance très attendue dans le cadre de leur participation aux Jeux du siècle. Inutile de dire que de nombreuses péripéties les y attendent, et qu’on cherchera à leur mettre des bâtons dans les roues ! 

En parallèle de cette grande aventure, d’étranges évènements se produisent dans la Cité-Etat. Les Frères de Sang sont décidés à faire parler d’eux, et menacent la paix de Larispem, à travers plusieurs sabotages d’automates et menaces publiques. Le roman prend alors une tournure plus sombre et l’on apprend ainsi à connaître cette association inquiétante qui gravite autour de nos  trois héros.

Si l’on retrouve le mélange de magie, d’histoire et de complots, qui faisait tout le charme du premier opus, ce tome-ci est beaucoup plus tourné vers l’action.
L’un des points forts de la saga, reste, bien sûr, son contexte si original : quel plaisir de découvrir un Paris entièrement revisité, indépendant du reste du pays, et d’admirer la suprématie technologique de Larispem !

A côté de ça, les personnages sont pour beaucoup dans la réussite de la série : notre trio se révèle de plus en plus, et certains protagonistes m’ont agréablement surpris. Liberté, notamment, s’affirme complètement, et j’ai trouvé le personnage de Nathanaël très agréable dans ce nouvel opus, lui qui ne m’avait pas forte impression dans l’introduction.

Il n’y a pas à dire, Lucie Pierrat-Pajot confirme son talent avec ce nouveau livre, à travers une plume fluide, un univers unique et une grande imagination ! Après un premier tome très introductif, le lecteur rentre dans le vif du sujet, et va de rebondissement en rebondissement. Les nombreuses révélations de l’auteure, ainsi que la conclusion du roman, qui nous laisse méchamment sur notre faim, ne peuvent que donner envie de poursuivre l’aventure aux côtés de Carmine, Liberté et Nathanaël !

Une histoire des abeilles 🐝

Une histoire des abeilles ; de Maja Lunde
Publié chez Les Presses de la Cité, 2017 – 388 pages

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Angleterre, 1852. Père dépassé et époux frustré, William a remisé ses rêves de carrière scientifique. Mais la découverte de l’apiculture réveille son orgueil déchu : décidé à impressionner son unique fils, il se jure de concevoir une ruche révolutionnaire.
Ohio, 2007. George, apiculteur bourru, ne se remet pas de la nouvelle : son unique fils s’est converti au végétarisme et rêve de devenir écrivain. Qui va donc reprendre les rênes d’une exploitation menacée chaque jour un peu plus par l’inquiétante disparition des abeilles ?
Chine, 2098. L’Effondrement de 2045 a laissé la planète exsangue. Comme tous ses compatriotes, Tao passe ses journées à polliniser les fleurs à la main. Pour son petit garçon, elle rêve de l’avenir réservé à l’infime élite. Seulement, un jour, Wei-Wen tombe dans le coma après s’être aventuré seul dans une forêt… Afin de comprendre ce qui est arrivé à son fils, Tao se plonge aux origines du plus grand désastre de l’humanité.

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☞ Un rythme plaisant

Trois époques, trois familles, et narrateurs différents. C’est le point de départ du roman de Maja Lunde, qui alterne donc de courts chapitres pour nous faire découvrir ces trois récits simultanément.
Si vous êtes déjà passés par ici, vous connaissez mon amour pour ce genre de construction où l’on alterne entre plusieurs époques ou protagonistes. Une histoire des abeilles n’a pas fait exception et je me suis laissée embarquée avec facilité par le processus, d’autant que tous les chapitres se terminent de manière à ce que le lecteur aie très envie de connaître la suite

Malgré des perspectives et des zones géographiques très différentes, les trois histoires se rejoignent via un fil conducteur contenu dans le titre : l’apiculture. 

Des débuts de l’apiculture…

Il faut bien garder à l’esprit que le roman reste avant tout une œuvre de fiction, bien que très documenté. Ainsi, on en apprend davantage sur la vie et l’habitat des abeilles, ainsi que sur la fabrication des ruches modernes via le récit de William Savage au 19e siècle.

1851, 2007 et 2098 : le lecteur fait des bonds dans le temps, et la frontière des différentes époques est ainsi floutée, nous faisant prendre conscience que le futur décrit par Maja Lunde n’est finalement pas si loin…

☞ … au roman d’anticipation

Dès 2007, avec le récit de George, apiculteur américain très respectueux de ces petites protégées, l’auteure fait un constat alarmiste : les abeilles disparaissent. Ce phénomène porte un nom officiel : le CDD, allias le « Colony Collapse Disorder » ou « Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles » en français.
Dans la continuité, l
a dernière histoire du roman nous dépeint un monde qui a tout du cauchemar, quasi dystopique : après « l’Effondrement », bien des espèces se sont éteintes, et pour subsister et sauver le peu qu’il reste, les hommes se voient contraints -en Chine du moins- de polliniser les arbres eux-mêmes en trimant du matin au soir.

☞ La filiation

En plus de l’aspect écologique très important dans le roman, Maja Lunde traite également des relations familiales dans ses trois histoires, en insistant particulièrement sur le lien filial. Culpabilité, héritage, non-dits : les relations familiales apparaissent dans toute leur complexité, authentiques et touchantes.
Le tout est abordé avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, et la narration systématique à la première personne renforce, selon moi, le sentiment d’immersion du lecteur. 
 

Pas de doute, Une histoire des abeilles éveille les consciences et pousse à la réflexion. Sans jamais prendre un ton moralisateur, l’auteure cherche à nous montrer comment notre mode de vie compromet l’avenir de notre planète, tout en gardant une touche d’espoir et de poésie pour éclairer le récit. Mélangeant agréablement plusieurs genres (historique, anticipation, contemporain…), la plume de l’auteure nous accompagne agréablement pour ce très joli voyage dans la nature.

En bref, ce roman c’est :
– des portraits travaillés
– une vraie réflexion sur l’écologie
– une saga familiale passionnante
– une dimension dystopique

Point BD #1 et #Hallowctober : 3 BD pour frissonner 👻

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Depuis quelques mois j’ai soif de découvertes, notamment en matière de bande-dessinée, où je suis peu calée… j’ai donc regardé quelques chaînes Booktube, consulté quelques blogs, papoté avec deux-trois copains un peu plus spécialistes que moi, et emprunté des dizaines de titres en médiathèque pour test. Bilan de l’expérience : ça m’a bien plu, et c’est comme ça que je me retrouve à vous proposer une petite sélection thématique spéciale #Hallowctober : fantastique, horreur, noirceur, c’est parti !

Courtney Crumrin ; de Ted Naifeh
Publié chez Akileos, 2004

☞ A découvrir si vous avez aimé la saga L’épouvanteur, de Joseph Delaney !

 

Courtney est une étrange petite fille qui a souvent du mal à s’adapter au monde qui l’entoure. Le jour où elle doit s’installer chez son oncle Aloysius, il lui faut s’adapter à une nouvelle école, dans un environnement qui n’est pas pour la mettre à l’aise. Cependant, les évènements prennent rapidement un tour meilleur, puisqu’elle fait la rencontre d’êtres étranges et mystérieux qui vivent autour et dans la maison de son oncle. Bientôt, il apparait clairement qu’elle est mieux en compagnie de ces Choses de la Nuit qu’avec les gamins prétentieux de son école.

J’ai été charmée dès les premières pages par cette histoire hors-norme qui m’avait été conseillé par les Éditions Akileos sur les réseaux sociaux.

Si l’intrigue prend place d’abord dans un univers réaliste, on s’aperçoit rapidement qu’il est peuplé de créatures fantastiques, bienveillantes ou non. Le folklore celtique reste très présent, même si la jeune Courtney devra également côtoyer quelques gobelins, démons, et même le Roi des ombres en personne !

Courtney incarne un personnage un peu marginal : clairement misanthrope, avec un côté peste très affirmé, la petite fille est en décalage constant avec ceux qui l’entourent, enfants comme adultes. Chacun des tomes constitue un récit intrigant, mais j’ai apprécié que l’auteur développe d’autres thèmes universels en parallèle de ses aventures fantastiques. Ainsi, on retrouve, via le vécu de l’héroïne, les différentes situations problématiques à l’école (racket, isolement, moqueries…), la différence et ce qu’elle entraîne, ainsi que la relation parfois complexe avec les parents.

L’ambiance gothique qui se dégage de l’ensemble n’est pas sans rappeler les créations visuelles du réalisateur Tim Burton, ou encore la célébrissime série « La famille Adams », d’autant que les graphisme entièrement en noir et blanc, très contrasté et avec de forts jeux d’ombres, favorisent l’immersion dans cette histoire glauque à souhait. A noter qu’une version colorisée existe également, et que de nouvelles intégrales devraient sortir prochainement, en couleur cette fois !

 

D’autre part, la série était, à la base, disponible en six tomes, et a fait plus tard l’objet de deux intégrales. Il existe également deux hors-séries si vous souhaitez prolonger le plaisir 🙂


Wytches (T1); de Scot Snyder
Publié chez Urban Comics, 2015

☞ A découvrir si vous avez aimé certains romans (bien glauques) de Stephen King !

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Après un épisode tragique durant lequel leur fille Sailor fut victime de harcèlement, la famille Rooks choisit de déménager et de se reconstruire en paix, loin de cette pénible expérience. Leur proximité avec la forêt environnante va cependant les exposer à un mal plus ancien que l’humanité…

On ne va pas se mentir, si j’ai lu cette bande dessinée, c’est avant tout parce qu’elle avait été sélectionnée par Comic Whales, pour la lecture commune du mois d’octobre. Ayant un peu de mal avec les comics d’une manière générale, les graphismes ne m’inspiraient pas tellement, et l’histoire relatée paraissait assez sombre, voire sérieusement glauque par moments. Mea Culpa, je suis une flipette !

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Scott Snyder plonge effectivement le lecteur dans l’horreur et nous livre un récit inquiétant, très sombre, à la limite du gore (certaines scènes m’ont laissé la gorge serrée…). La tension est palpable, et la violence monte crescendo au fil de l’album. Bref, ayez le cœur bien accroché ! 

Mais Wytches, c’est aussi le portrait d’un père déterminé à retrouver sa fille coûte que coûte. Charlie Rooks a de nombreux travers et angoisses, mais sa force de caractère impressionne et transforme un récit d’horreur pure en histoire très personnelle sur l’amour filial, ce qui apporte un équilibre bienvenu à l’ensemble.

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Graphiquement,  les dessins de Jock se sont révélés bien plus riches et complexes que ce que j’avais cru de prime abord ! Le procédé utilisé est d’ailleurs détaillé dans les pages d’annexes (que je vous encourage vivement à lire pour en apprendre davantage sur la genèse du projet) : il s’agit d’ajouter à l’image déjà colorisée un effet de tâches de peinture sur Photoshop. Si le tout donne un effet intéressant et assez inédit, j’ai aussi trouvé qu’il rendait la lecture plus ardue.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Wytches marque les esprits… Reconnaissable entre tous par ses planches travaillées de manière originale, et par son récit malsain, à couper le souffle, nul doute que les promenades en forêt n’auront plus la même saveur !


Croquemitaines; de Mathieu Salvia
Publié chez Glénat, 2017

☞ A découvrir si vous avez aimé American Gods de Neil Gaiman !

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Les monstres, ça n existe pas que dans la tête des enfants…

Passionné de lecture, Elliott a toujours eu une préférence pour les histoires de Croquemitaines, ces créatures monstrueuses qui, la nuit, se cachent dans l’ombre ou sous le lit pour effrayer les petits enfants. Il n’imagine pas à quel point elles vont changer sa vie. Car une sombre nuit orageuse, le destin d’Elliott va s accomplir… 

Mathieu Salvia nous replonge dans nos peurs enfantines en utilisant la figure du croquemitaine, ces créatures qui se cacheraient sous les lits ou dans les placards pour effrayer les plus jeunes.

« Le croquemitaine voyage de nuit,
Dans toutes les caves, sous tous les lits,
Il traîne ses guêtres sans aucun bruit,
Prends garde à toi, passé minuit. »

Là où l’auteur fait preuve d’originalité, c’est en imaginant toute une caste de ces monstres, avec leurs us et coutumes, leur propre code d’honneur, et surtout une sorte de conflit intergénérationnel qui sera le propos même de la série. 

L’ambiance est noire, dès les premières planches on ressent la dimension horrifique de Croquemitaines. Heureusement pour nous, Mathieu Salvia dose parfaitement la violence qu’il insuffle à son récit, ne donnant à voir que le minimum de sang et de carnage nécessaire à la cohésion de l’histoire.

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L’album se termine de manière surprenante : si le récit est interrompu à un moment clé qui fera regretter au lecteur de ne pas avoir le deuxième tome en sa possession (on sent l’expérience vécue là ?…), Mathieu Salvia nous propose de jouer les prolongations à l’aide d’un dossier-témoignage monté par Elliott des années plus tard. Agrémenté de croquis, notes personnelles, procès verbaux et coupures de journaux, il offre une autre alternative à l’histoire que l’on vient de découvrir !

Visuellement, c’est une réussite aussi ! Djet opte pour des illustrations aux tons gris-verts-bleus, qui renforcent l’atmosphère malsaine se dégageant du récit. Quant aux cadrages dynamiques en plongée et contre-plongée, le rendu du mouvement est assez exceptionnel, renforçant en même temps l’immersion du lecteur.

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Sueurs froides garanties avec la folle cavale d’Elliott et de Père-la-mort, cet étrange croquemitaine amical. Comics au dessin vif et accrocheur, Croquemitaines se met rapidement en place et nous projette dans une épopée au rythme haletant, captivante de bout en bout ! Et surtout, n’oubliez pas de vérifier sous votre lit… 🙂

Colorado Train ou le train de l’horreur #Hallowctober

Colorado Train ; de Thibault Vermot
Publié chez Sarbacane (dans la collection Exprim’), 2017 – 362 pages

☞ A lire si vous avez aimé Ça de Stephen King ou apprécié la série Stranger Things !

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La poussière rouge. Les sombres Rocheuses. L’Amérique profonde, tout juste sortie de la Deuxième Guerre mondiale. 
C’est dans ce monde-là que grandissent Michael et ses copains : le gros Donnie, les inséparables Durham et George, Suzy la sauvage. Ensemble, ils partagent les jeux de l’enfance, les rêves, l’aventure des longs étés brûlants…
Jusqu’au jour où un gosse de la ville disparaît. Avant d’être retrouvé, quelques jours plus tard… à moitié dévoré.
Aussitôt, la bande décide d’enquêter. 
Mais dans l’ombre, le tueur – la chose? – les regarde s’agiter. Et bientôt, les prend en chasse…

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☞ Comme un goût de déjà-vu…

Dès les premiers chapitres, un constat s’impose : Colorado Train reprend de nombreux éléments du célèbre roman de Stephen King, Ça.

J’ai noté, en vrac :
   – la présence d’un groupe d’enfants équivalent au « club des ratés », composé de plusieurs garçons (dont un petit gros qui n’est pas sans rappeler le personnage de Ben) et d’une seule fille (un peu bad-ass qui plus est)
   – l’existence d’une bande adverse, présidée par un emmerdeur de première, Moe, très proche du personnage d’Henry Bowers dans le roman de King (retard scolaire, langage un peu vulgaire, même profil de brute qui malmène les plus faibles…)
– la mystérieuse « Chose » qui semble être à l’origine de plusieurs disparitions et crimes atroces 

   – la scène du château d’eau, refuge de la créature, constitue un véritable clin d’oeil à Ça

Alors hommage ou pâle copie ?

Si l’auteur reprend des codes évidents du thriller, et certains aspects de Ça (sa biographie en ligne mentionne qu’il apprécie particulièrement l’œuvre de Stephen King, j’imagine donc qu’il s’agit d’une sorte d’hommage à sa manière), il se détache heureusement assez  de l’original, pour nous proposer une œuvre plus personnelle.

☞ Sueurs froides garanties ! 

La grande force du roman réside dans l’ambiance qui y règne. Durango est une petite ville, ce qui renforce l’impression d’un huis-clos parfois étouffant. L’ambiance y est feutrée, le danger est palpable, sans qu’on soit pourtant capable d’identifier clairement la menace : homme ou créature malfaisante ?

Justement, la manière qu’a Thibault Vermot de jouer avec la frontière entre le réel et le fantastique est intéressante. Le lecteur est ainsi gardé dans le flou jusqu’au bout, même si quelques extraits prenant le point de vue de la « Chose » permettent de se faire une idée plus claire de son vécu, et de s’immerger davantage dans l’histoire.

☞ Une plume efficace

Ce qui marque la lecture, c’est bien sûr le style génial de Thibault Vermot, dont il ne faut pas oublier que Colorado Train est seulement le premier roman ! Quelle réussite vraiment ! Variant les plaisirs, il insuffle au texte tantôt un côté poétique, tantôt un côté plus sombre et sauvage, presque provocateur.

Quant à la cadence, il la gère à merveille, faisant monter l’angoisse au fur et à mesure dans un rythme parfois saccadé, qui s’accorde très bien au genre horrifique du récit.

A noter que le roman n’est sans doute pas à mettre entre toutes les mains car certaines scènes sont un peu dures : il y est notamment question de viol, de meurtre et de cannibalisme. Et ouais.

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Ce GIF s’est imposé de lui-même, vu la tête de la fillette.

☞ Une vision de l’Amérique

Au delà du côté angoissant, je dois dire qu’il y a quelque chose de très contemplatif dans ce roman. L’auteur insiste sur les paysages et la nature de ce bled du Colorado.  Les descriptions particulièrement visuelles rendent la représentation des différents lieux d’action très aisée (mention spéciale aux mines abandonnées, qui forme un cadre propice à la terreur.

C’est aussi le portrait d’une époque, celle de l’Amérique des années 1950,  bien souvent idéalisée dans les œuvres qui choisissent d’y planter leur cadre. Pourtant ici, Thibault Vermot met plutôt l’accent sur le spectre de la guerre, encore bien présent dans les esprits. On découvre ainsi toute la misère et la violence que cela a pu causer, y compris la « Chose » qui sévit à Durango.

☞ Thibault Vermot signe un premier roman au style remarquable ! Reprenant les codes du thriller, Colorado Train s’avère angoissant à souhait, d’autant que l’auteur fait planer une certaine ambiguïté sur la nature réelle du danger… Au delà de cet aspect, c’est assurément l’histoire d’amitié d’une bande de gosses attachante, et la description d’un contexte social qui rendent le roman passionnant de bout en bout. Un dernier conseil : si d’aventure vous vous lancez dans la lecture, n’oubliez pas de jeter un œil à la bande son proposée au début du roman, vous n’en apprécierez que mieux l’immersion 😉

En bref, ce roman c’est :
– une bande d’amis unie
– un rythme parfaitement maîtrisé
– une tension palpable et omniprésente
– le constat social d’une époque