Supers T1 : une petite étoile juste au-dessous de Tsih

Supers T1 : Une petite étoile juste au-dessous de Tsih; par Frédéric Maupomé & Dawid
Publié aux Éditions de la Gouttière, 2015

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Mat, Lili et Benji, trois enfants réfugiés d’une autre planète, ont été abandonnés sur Terre par leurs parents. Dotés de super-pouvoirs, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes. Tiraillés entre le désir de mener une vie normale parmi les humains, la peur d’être découverts et, pour les plus petits, l’envie de découvrir qui ils sont et ce dont ils sont capables, cette nouvelle rentrée des classes sur Terre s’annonce des plus mouvementées ! 

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√ J’ai apprécié :

Le mélange des genres : avec cet album, on est à la fois dans le réalisme à travers le quotidien de trois enfants, et dans le surnaturel grâce à leurs étranges capacités.

Le choix du scénario : rentrée scolaire, solitude, et intégration, autant de thèmes qui parleront certainement au public cible de la série, à savoir les grands primaires et les collégiens (6e/5e).

☞ La douceur et la chaleur qui se dégagent de cette fratrie pas comme les autres ! Mat, Lili et Benji se chamaillent, ont parfois une vision des choses différentes les uns des autres, mais se soutiennent quoi qu’il arrive.

☞ La vision qui est donnée de l’utilisation de supers-pouvoirs. Certes, c’est pratique et amusant, mais le revers de la médaille, c’est que cela force notre trio à être discret pour protéger leur secret, ce qui les éloigne aussi de leurs camarades.

☞ Les dessins ronds et ultra-colorés de Dawid ajoutent au charme de l’album et des personnages ! Quant à son sens du rythme et à ses choix de cadrages, ils participent à l’avancement du récit, et à son efficacité.

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Des héros attachants, une dose d’aventure grâce à leurs supers-pouvoirs, beaucoup d’humour et une touche d’émotion : tous les ingrédients sont là pour assurer à cette jolie bande-dessinée le succès qu’elle mérite auprès des jeunes lecteurs (mais les plus grands y ont droit aussi !).

De l’optimisme en barre ☀️🍋

Lus il y a maintenant quelques mois, je ne savais pas si j’allais les chroniquer ou non par ici, et puis un soir, l’évidence m’a sauté aux yeux : ces deux merveilleux livres se ressemblent sur le fonds. Et pour cause, ils sentent bon l’été et les citrons, font la part belle à l’amitié, et malgré les thèmes parfois difficiles qui y sont abordés -quand on y regarde de près- ces deux romans jeunesse sont lumineux et remplis d’espoir. 



Les belles vies
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 de Benoît Minville

Publié chez Sarbacane (dans la collection Exprim’), 2016 – 231 pages

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Vasco et Djib, deux banlieusards inséparables, sont envoyés pour un été en pension au coeur de la Nièvre… Un choc des cultures, des personnages flamboyants : la vie belle, les belles vies.

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Les belles vies, ça sent le soleil et les vacances, la campagne et les après-midis passés à la rivière. L’histoire est assez banale et aurait pu paraître inintéressante au premier abord : deux ados, Vasco et Djib, sont envoyés pour l’été au fin fond de la Nièvre chez Tonton et Tata, un vieux couple qui, depuis des années, recueille les gamins abîmés par la vie.

Et pourtant, on s’émeut pour ce récit de vie : on rit, on pleure, on a même envie de casser des choses contre cette vie, bien injuste parfois. Pour nos héros, cet été sera comme une parenthèse bienvenue : deux mois pour s’apprivoiser, se comprendre, et s’aimer.

La grande force de ce roman, ce sont les personnages si authentiques qu’a su créer Benoît Minville ! On apprend à les aimer, tour à tour, que ce soit Dylan, jeune homme un peu paumé qui explose quand tout devient trop dur à supporter, ou sa sœur Jessica, qui collectionne les garçons dans l’espoir de se comprendre et apprendre à s’aimer elle-même. Aucun n’est à mettre dans une case, chacun est un être fait de nuances.  

A l’image de la plupart des autres publications de la collection Exprim’ de Sarbacane, Les belles vies est un roman simple en apparence, mais profondément optimiste et lumineux. Empli d’émotion, avec des personnages généreux, c’est tout simplement un livre qui fait du bien au  moral et qui montre que de l’amitié peut naître beaucoup plus.

En bref, ce roman c’est :
– des personnages sincères et attachants
– de l’humour malgré une ambiance parfois pesante
une vraie bouffée d’optimisme !



La bibliothèque des citrons
; de Jo Cotterill
Publié aux Éditions Fleurus, 2017 – 368 pages 

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À dix ans, Calypso n’a pas d’ami et trouve refuge dans les livres de sa bibliothèque, qu’elle dévore. Sa solitude prend fin le jour où arrive dans sa classe une nouvelle, Mae, qui bouscule ses habitudes de lectrice solitaire et lui ouvre les horizons insoupçonnés de l’amitié. Cette amitié tombe à pic, car à la maison les choses tournent de moins en moins rond. Il faudra toute l’amitié de Mae et la générosité de sa famille pour que cette découverte acide devienne le point de départ d’un chemin de guérison où l’amour, enfin, pourra resurgir !

La bibliothèque des citrons, c’est l’histoire la plus banale qui soit. C’est l’histoire de la vie, celle qui blesse parfois, l’histoire d’un deuil impossible, mais aussi une belle histoire d’amitié. La banalité fascine parfois, c’est exactement ce qui se passe avec le roman de Jo Cotterill : on se laisse envahir par une foule d’émotions, et l’on s’implique, quitte à y laisser quelques plumes. 

Du haut de ses dix ans, la petite Calypso semble avoir grandi trop vite. Si c’est un peu déroutant au départ, c’est aussi ce qui fait le charme du personnage. D’ailleurs, si le roman cible plutôt un lectorat jeunesse, le propos est plutôt mature, et aborde des sujets un peu difficiles, ce qui me pousse à encourager aussi les adultes à se plonger dans l’histoire touchante de cette petite fille solitaire.

Profondément émouvant, La bibliothèque des citrons fait chavirer les cœurs en abordant une foule de thèmes forts : la question du deuil, mais aussi l’état de dépression, la colère et le déni de certaines situations. L’ensemble pourrait paraître lourd et pesant, pourtant Jo Cotterill fait preuve d’une grande justesse dans son roman. 
Attention, cela n’empêchera pas le lecteur d’être envahi d’un profond malaise, notamment lors de l’épisode des cartons de livres -je n’en dévoilerai pas d’avantage, tant ce passage doit être vécu à la lecture-…

Mais au delà de ça, La bibliothèque des citrons, c’est aussi une histoire d’amitié particulièrement forte et touchante : d’une petite fille renfermée sur elle-même, on voit Calypso devenir plus ouverte grâce à l’influence de Mae, pleine de vie, avec des projets de romans plein la tête. Et puis bien sûr, il y a cet éloge à la littérature et à l’amour que l’on porte aux histoires qui font palpiter nos cœurs. Jo Cotterill développe toute une réflexion sur le sujet, en choisissant deux héroïnes particulièrement avides de lecture et d’écriture.

Il pourrait être plombant et n’offrir aucune perspective, pourtant j’ai trouvé La bibliothèque des citrons particulièrement lumineux à sa façon. Emprunt d’une douce nostalgie, il montre combien certaines amitiés peuvent être salvatrices et nous aider à avancer vers un ailleurs meilleur.

En bref, ce roman c’est :
– une complicité très émouvante
– des montagnes russes d’émotions
– des dizaines de références à des classiques de la littérature !

Ninn T2 : les grands lointains

Ninn T2 : les grands lointains; par Jean-Michel Darlot & Johan Pilet
Publié chez Kennes Editions, 2016

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Les quais du métro Abbesses fleurissent d’avis de recherche : Ninn a disparu ! Tout au bout de la ligne noire, perchée sur son tigre qui lui sert de guide, Ninn a rejoint les grands lointains : un monde parallèle censé lui fournir toutes les réponses sur ses origines. Si à première vue, il a toutes les apparences d’un monde merveilleux, le comité d’accueil l’est beaucoup moins. Géants de pierre et idées sombres entendent protéger les lieux de toute intrusion…

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√ J’ai apprécié :
☞ La jonction entre les deux mondes parallèles est bien menée, et l’on suit, d’un côté les recherches mises en place pour retrouver Ninn, de l’autre, ses aventures au sein des Grands Lointains.

☞ Le merveilleux est omniprésent : le phare qui ne subit pas la gravité, son improbable escalier ou encore la présence d’étranges créatures comme les salamandres ont de quoi dépayser le lecteur !

☞ Les décors sont tout simplement fascinants : les Grands Lointains, c’est d’abord une nature luxuriante (et parfois austère…), mais aussi des lieux désaffectés, beaucoup moins attrayants.

☞ L’action est omniprésente, et l’histoire riche en rebondissements, tandis que la petite Ninn remonte les traces de ses origines.

☞ Les graphismes sont toujours aussi beaux ! Si l’on perd l’ambiance sombre qui caractérisait le premier tome, Johan Pilet nous offre des couleurs éclatantes. On retrouve, une fois de plus, plusieurs planches en pleine page.

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Toujours aussi captivant, ce deuxième opus est une réelle invitation au voyage, et réunit tous les ingrédients : une jeune héroïne au caractère bien trempé, une histoire originale peuplé d’éléments fantastiques, et des illustrations soignées qui feront le bonheur du lecteur !

Opération pantalon

Opération pantalon; de Cat Clarke
Publié chez R jeunesse, 2017 – 270 pages 

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L’uniforme, oui ! La jupe, non ! Liberté, égalité, pantalon !
Liv (ne l’appelez pas Olivia, il déteste ça) sait depuis toujours qu’il est un garçon et non une fille, mais le règlement très strict de son collège en matière d’uniforme lui interdit de porter un pantalon. Il lui faudra donc porter des jupes. Commence alors l’Opération Pantalon. La seule manière pour Liv d’obtenir ce qu’il veut, c’est de mener la bataille lui-même. Et il ne compte pas seulement changer les règles : il veut changer sa vie, un combat loin d’être gagné d’avance !

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☞ Un thème important, mais pas que :

Si la grosse thématique d’Opération Pantalon reste, bien sûr, la transsexualité, de multiples sujets se retrouvent abordés dans le roman, ce qui l’ancre dans la réalité des jeunes d’aujourd’hui : la puberté, l’évolution de certaines amitié, et la tolérance sont des sujets parfois problématiques à cet âge.  

Côté rythme, l’histoire va bon train, tandis que la plume de Cat Clarke, fluide et agréable, nous entraîne dans le quotidien de Liv, qui campe, décidément, un héros sympathique, qu’il nous plait d’aimer dès les premières pages. Courageux et déterminé, il est prêt à se battre pour ses convictions, et le lecteur le suivra avec plaisir dans son évolution.

☞ Une jolie morale

Quelques passages s’avèrent prévisibles, mais la lecture n’en reste pas moins plaisante, et Cat Clarke véhiculent de beaux messages grâce à son histoire. Ainsi, l‘acceptation de soi est au cœur de tout le roman, et Liv n’est pas le seul concerné, comme on le découvre vers la fin.

Même si ce n’est pas toujours évident, et qu’il faut se montrer assez fort pour ignorer les méchancetés, assumer sa différence fait se sentir plus fort, d’autant plus quand on est bien entouré, comme Liv en fera l’expérience.

☞ Un angle d’approche intéressant 

Après mes lectures récentes de George et de Celle dont j’ai toujours rêvé, dont j’étais ressortie mitigée, il me tardait de lire un autre récit jeunesse portant sur la transsexualité. Pas forcément dans l’idée de tout comparer, mais pour avoir, peut être, un autre regard sur la question.

Là où les œuvres diffèrent, à part dans le genre du héros (dans Opération Pantalon, on a affaire à une fille qui, au fond d’elle est un garçon), c’est dans la manière dont la transsexualité est abordée. Si le combat de Liv contre les règles vestimentaires à l’école le touche personnellement et ont de quoi le révolter, c’est aussi une manière plus large de lutter contre le sexisme. En fait, la souffrance du héros se retrouve presque noyée dans cette lutte pour l’égalité fille-garçon, et si c’était une idée originale au départ, elle est trop peu présente à l’arrivée. 

☞ … mais de la surenchère

Ce qui m’amène au « trop, c’est trop ». Parler d’homosexualité et de transsexualité, surtout dans du roman jeunesse, c’est un pari audacieux, et dans l’ensemble, Cat Clarke le relève brillamment. Ceci dit, j’ai trouvé qu’il y avait comme une surenchère dans le domaine du LGBT : prendre position et mettre en scène une héroïne transsexuelle est une chose, la placer au sein d’une famille homoparentale en est une autre. Même si j’admire le fait que ces thèmes soient abordés dans un roman destiné à  la jeunesse, j’ai trouvé, en tant que lectrice, que c’était tout simplement « un peu trop » pour la même personne.

D’autre part, le petit George, du roman du même nom, m’avait davantage touché dans sa détresse à vouloir être une fille et le mal-être intérieur qui semblait le frapper. J’ai moins ressenti cet aspect-là chez Liv, tant l’histoire est tournée vers cette histoire d’uniforme, importante malgré tout. 

☞ Attention, en dépit du dernier point abordé, j’ai vraiment apprécié ma lecture de Opération  Pantalon ! Simplement, je le conseillerais davantage pour le thème de l’homoparentalité et du combat pour l’égalité fille-garçon, que pour la transsexualité, car pour moi le roman ne fait qu’effleurer le sujet. Ça n’en reste pas moins une lecture très plaisante, et je remercie sincèrement les éditions Robert Laffont pour cet envoi 🙂 

En bref, ce roman c’est :
– un personnage principal drôle, touchant et fort
– une histoire empreinte d’histoire et d’émotion

– un sujet principal survolé

George

George ; de Alex Gino
Publié chez l’École des Loisirs, 2017 – 176 pages

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Parfois, les gens ne voient pas les choses comme elles sont, mais comme ils croient qu’elles sont. Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, Scott aime son « frérot », et Kelly le tient pour son meilleur ami. Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car, George en a la certitude, elle est une fille.

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Déception est le mot d’ordre de ce petit livre, que pourtant, il me tardait de commencer ! Il m’avait été conseillé par plusieurs autres blogueurs, décrit comme une petite pépite originale et touchante depuis sa sortie, et ça me fait presque mal d’admettre que je n’ai pas ressenti grand chose à sa lecture…

Parler d’un sujet encore considéré comme tabou aujourd’hui -à savoir le transgénérisme- est admirable, d’autant plus dans la littérature de jeunesse ! C’est le genre de thème méconnu et trop peu abordé au quotidien, qui pourtant devrait faire l’objet de davantage de communication dans les écoles.

L’auteur, Alex Gino, étant lui même transgenre non défini et utilisant le pronom « ils » pour s’autoqualifier, le récit est dans l’ensemble d’une grande justesse et authenticité, et évite certains écueils. Ainsi, dès les premières lignes, George est appelée « elle », comme pour insister sur son identité féminine.

George est un personnage sympathique et terriblement touchant. On est immédiatement pris d’empathie devant son mal-être intérieur, et son envie de révéler aux autres son identité réelle. On ne peut aussi qu’admirer son évolution tout au long du roman ! D’une petite fille qui se cache pour lire des magazines féminins, ne se reconnait pas dans ce corps qui est pourtant le sien, et n’ose parler de sa véritable identité à personne, elle devient beaucoup plus sûr d’elle, s’affirme en tant que Mélissa, et révèle, petit à petit la vérité à ses proches. 

Passons aux moins, car il y en a… Le gros bémol, pour moi, a été le style littéraire : des longueurs apparaissent à plusieurs reprises dans le récit, ce qui a considérablement ralenti ma lecture et m’a empêchée d’être vraiment embarquée dans l’histoire de George. C’est bête à dire, mais je m’attendais peut être à mieux de la part de l’École des loisirs, qui, jusque-là, m’avait toujours habituée à des publications d’une grande qualité éditoriale. De plus, le ton employé est très didactique : c’est dommage car l’histoire n’en paraît que moins naturelle.

En parallèle de la forme, certaines incohérences m’ont fait froncer les sourcils plus d’une fois. Que penser, par exemple, de la meilleure amie de George, Kelly, qui s’exprime souvent comme une jeune fille, alors qu’elle n’a pas plus de dix ans ? J’ai trouvé que son comportement n’était pas en adéquation avec les préoccupations d’une petite fille de cet âge, contrairement aux autres protagonistes du roman qui sont plutôt bien représentés.

George fait partie de ses œuvres touchantes, dont on a besoin, et surtout à mettre entre toutes les mains. Mon faible enthousiasme pour la forme de l’histoire, ne m’empêche pas d’espérer qu’il trouvera son public, et que parents comme enseignants n’hésiteront pas à le transmettre autour d’eux !

En bref :
– un roman nécessaire, de par sa thématique
– aucun pathos ou voyeurisme dans cette histoire touchante
un style d’écriture très en dessous des publications de l’École des loisirs

Pourquoi lire Bichon ?

Bichon ; de David Gilson
Publié Aux Editions Glénat, 2013 & 2015 – 48 pages

Se déguiser en princesse pour un goûter d’anniversaire, jouer à l’élastique, entamer une chorégraphie en pleine cour de récré… Un peu compliqué quand on aime faire toutes ces choses et qu’on est un petit garçon de 8 ans. Mais pas pour Bichon : il transgresse les règles de la société sans même s’en rendre compte ! Heureusement, sa famille et ses amis l’aiment tel qu’il est. Même que parfois Jean-Marc, le beau garçon du CM2, prend sa défense quand on se moque de lui…

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Découverte grâce à la chronique très convaincante de L’oiseau Lit, cette série m’a charmée à mon tour ! Comme je n’en avais jamais entendu parler avant ça, et qu’elle n’a pas l’air particulièrement médiatisée, j’ai eu envie de vous en parler plus en détail pour que vous découvriez, à votre tour, la bouille attachante de Bichon 🙂  

☞ Côté graphismes : un univers acidulé

David Gilson est un illustrateur français, qui a, entre autre, travaillé pour les studios d’animation Disney, et s’est illustré en réalisant les couvertures françaises de la série jeunesse Le Pays des Contes, de Chris Colfer.

Des personnages aux grands yeux et aux têtes plus grosses que la normale, un trait rond et doux, avec des couleurs chatoyantes…si on sent que l’auteur aime particulièrement les mangas, ses influences sont diverses, et le tout donne un dessin très agréable à contempler !

Les amateurs de Disney seront d’ailleurs ravis de retrouver divers clins d’œil à leurs héros préférés, ainsi qu’une nette admiration pour la culture japonaise (si, si, ouvrez l’œil !) : ce petit jeu de repérage rajoute au plaisir de la lecture et force à parcourir chaque case avec attention.

☞ Un héros au cœur tendre

Petit garçon particulièrement sensible, Bichon n’est pas comme les autres garçons de son âge. Sa grande force réside dans sa bonté envers les autres et son côté candide.

Rien ne lui fait davantage plaisir que de se déguiser, de jouer aux poupées ou aux petits poneys, et de posséder de jolies choses, d’habitude plutôt réservées aux filles. Bref, des loisirs bien éloignés des préoccupations habituelles de la gente masculine !

Et puis bien sûr, il y a Jean-Marc, le beau garçon de CM2 dont il est totalement sous le charme ! Parce que oui, on comprend vite que Bichon aime les garçons, comme le suggère l’auteur avec une grande délicatesse. Si l’idée me paraissait très chouette au premier abord, j’avoue avoir eu un peu de mal à la trouver crédible : est-ce qu’un enfant de 8 ans se rend vraiment compte aussi tôt de ses préférences ? Mais ça, c’était avant que je lise que le personnage de Bichon, son caractère, ainsi que les personnes qui l’accompagnent, étaient largement inspirés de l’enfance de l’auteur. De même, j’ai du revoir mon jugement en apprenant que le personnage de Jean-Marc avait réellement existé, et dès lors, j’ai relu l’album avec un œil nouveau (et encore plus appréciateur !).

☞ Des personnages secondaires qui dépotent !

Si Bichon est un garçon hors du commun, les personnes qui gravitent autour de lui sont tout aussi particulières à leur manière !

D’abord, sa mère sort les griffes de manière très spontanée pour le défendre contre les préjugés, ce qui donne d’ailleurs lieu à l’une de scènes les plus comiques de la série : 

Sans titre.pngAttention, le reste de la famille n’est pas en reste ! Son oncle et sa tante sont totalement déjantés, mais très attendrissants, et sa petite sœur, véritable tornade, n’a pas sa langue dans sa poche, et bottera les fesses de plus d’un garçon dans l’optique de défendre son frère !

☞ La théorie du genre

La bêtise de certains adultes fait mal au cœur : dans la série, Bichon se fait pointer du doigt à plusieurs reprises, car il déroge aux règles que l’on connaît en affirmant ses goûts. Cela donne d’ailleurs lieu à plusieurs scènes comico-tragiques avec la maman de son amie Myriam, ou encore avec la cliente du magasin de jouets… 

715extgY-7LSous couvert de légèreté, David Gilson nous livre un fort message de tolérance, qui laissera certainement un fort impact sur le lecteur. Sensibilisation à la différence, au combat contre l’homophobie, ou contre les stéréotypes de genre, sont autant de thématiques qui imprègnent l’histoire de Bichon. 

☞ Bichon, est une histoire peu commune : à la fois drôle, intelligente et porteuse de messages importants. Militante à sa façon, elle remet en perspective certains codes pré-établis par notre société et invite au respect de chacun. Les adultes, comme les enfants devraient y trouver leur compte, grâce au charisme du héros, ainsi qu’aux multiples références peuplant l’oeuvre de David Gilson.

Images issues de la page Facebook de la série

Si vous êtes hyper connectés et que les illustrations si particulières de David Gilson vous inspirent, rien ne vous empêche de suivre les aventures dessinées de Bichon, en attendant la sortie du prochain tome, ainsi que le blog de l’auteur ! 🙂

En bref :
– des illustrations adorables !
– un propos engagé
– des personnages hauts en couleurs
– des tomes très succincts, on n’en voudrait plus ! (mais c’est un bon défaut, non?)

Chaussette

Chaussette; de Loïc Clément & Anne Montel
Publié chez Delcourt Jeunesse, 2017 – 32
pages 

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Chaussette et son chien Dagobert sont inséparables. Merlin, leur petit voisin, les connaît bien et les observe arpenter chaque jour la petite ville suivant un parcours bien établi. Pourtant, ce matin-là, quelque chose ne tourne pas rond. Chaussette est seule et se comporte étrangement. Pour tirer cette histoire au clair, Merlin va la suivre discrètement…

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« Juste à côté de chez nous, certains drames peuvent se jouer en plein silence. Car finalement, les grandes douleurs sont parfois muettes. »

Souvenez-vous : le 25 août dernier (déjà !) Un point c’est tout a fait son apparition. Et déjà ce jour là, en guise d’introduction, je vous parlais d’un duo cher à mon petit cœur, avec un focus sur Le Temps des Mitaines. On prend donc les mêmes, quelques mois plus tard, et on recommence avec Loïc Clément au scénario, brillamment accompagné d’Anne Montel au dessin.

Le lecteur, à l’instar du curieux petit Merlin, se prend vite au jeu de l’enquête, et découvre finalement la raison du comportement étrange de sa vieille voisine. L’occasion d’aborder certaines questions préoccupantes que se posent bien souvent les enfants sur la mort, et le manque de la personne aimée. Attention, le récit ne tombe pas pour autant dans le pathos, et garde un ton optimiste jusqu’à la dernière page ! Si le thème général de l’album ne fait pas danser dans les chaumières, on retrouve pourtant la patte de Loïc Clément dans certaines répliques, empreintes de l’humour qui le caractérise.  

Côté dessins, je suis toujours impressionnée par la foule de détails qu’Anne fait figurer dans ses aquarelles ! Dans Chaussette, les scènes de vie et de rue sont nombreuses, et pourraient paraître bien figées. Pourtant, elle arrive à représenter avec talent les passants, les devantures et les charmantes ruelles de la ville, donnant à l’ensemble un vrai souffle de vie, y compris à Dagobert que l’on imagine fort bien gambader devant nos yeux. Malgré la nostalgie générale de l’album, les couleurs ne sont pas en reste et insufflent de l’optimisme à cette jolie histoire de vie !

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Chaussette, tout comme le reste des publications de ces auteurs, est une BD jeunesse singulière, un album à la fois ravissant au niveau esthétique, et intelligent dans son propos. Loin d’être « mignon cul-cul la praline », cette jolie histoire d’amitié est attendrissante, tout en abordant des thèmes sérieux à destination des enfants. 

PS : Souvent, les auteurs s’amusent à glisser des références à d’autres de leurs œuvres. C’est devenu une spécialité du duo Clément/Montel, et les initiés seront sans doute ravis de retrouver un clin d’œil à Shä et Salomé dans ce nouvel album  🙂

En bref, cet album c’est :
– un récit d’une grande tendresse
– un trio de personnages très attachants
– de sublimes illustrations, gorgées de petits détails ❤
– un thème traité avec beaucoup de subtilité

Confessions d’un ami imaginaire

Confessions d’un ami imaginaire; de Michele Cuevas
Publié chez Nathan Jeunesse, 2017 – 192
 pages 

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Jacques Papier a l’impression que personne ne l’aime. La maîtresse l’ignore quand il lève la main, personne ne lui passe le ballon en sport. Heureusement qu’il y a Fleur, sa sœur et meilleure amie, qui le comprend si bien. Un jour Jacques apprend que sa sœur Fleur a un ami imaginaire. Il se met à son tour à s’inventer un ami imaginaire. Et si lui-même n’était pas tout à fait réel ?

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Avec Confessions d’un ami  imaginaire, Michelle Cuevas invite les jeunes lecteurs à suivre un héros atypique dans sa quête d’identité. Alors qu’il vit avec Fleur (et François le teckel !) depuis des années, Jacques Papier s’aperçoit un beau jour qu’il n’est ni plus ni moins que l’ami imaginaire de la fillette… Face à un tel bouleversement, Jacques décide de se libérer de sa condition, et de partir à la recherche de lui même… Vaste programme en perspective !

A la manière d’un journal intime -celui de Jacques-, les chapitres sont, pour la plupart, très courts, (on enchaîne donc les pages sans vraiment s’en rendre compte !) et agrémentés de petits dessins. Attention, malgré l’émotion omniprésente, le récit  n’en est pas moins drôle et enjoué ! Simple en apparence, Confessions d’un ami imaginaire reste un roman sérieux et plus profond qu’il n’y paraît

Ce sentiment d’être invisible aux yeux des autres, petits et grands l’ont tous ressenti un jour. Cela apporte une touche de nostalgie et fait écho à l’enfant que l’on était. La plume de Michelle Cuevas, aussi poétique que sensible, met cet aspect-là en avant, pour mieux nous faire ressentir toute une palette d’émotions.

Il y a quelque chose d’infiniment touchant dans ce roman, qui nous aide à comprendre l’importance, pour les enfants, de se créer des compagnons de jeu imaginaires. A l’instar des jeunes filles et garçons qu’il va côtoyer et aider à avancer, Jacques nous montre que peu importe à quel point on est isolé, l’essentiel est d’être unique et de trouver sa place par rapport aux autres. 

« La vérité, m’a t-elle répondu, c’est qu’imaginaire ou pas, on n’est invisibles que si c’est ce qu’on croit. »

« Peut être que nous sommes faits de la même substance que les étoiles et peut être que les étoiles constituées de la même étoffe que nous. De tout ce qui a été perdu, et de tout ce qui n’a pas trouvé sa place. »

On a donc à faire à une petite perle de douceur, pour les cœurs à la recherche d’émotions. Singulière grâce à son personnage principal, l’histoire est une véritable ode à l’imaginaire, si puissant chez les enfants. Le roman a un côté très magique et surréaliste qui saura charmer les jeunes, mais aussi les plus grands qui ont su garder leur âme d’enfant !

En bref, ce roman c’est :
– un point de vue original !
– un condensé d’émotions
– un joli focus sur l’importance de l’imaginaire

Ninn T1 : la ligne noire

Ninn T1 : la ligne noire; de Jean-Michel Darlot & Johan Pilet
Publié chez Kennes Editions, 2015 – 72 pages

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Ninn fut découverte tout bébé dans le métro parisien par deux ouvriers effectuant des réparations sur les voies. Aujourd’hui, Ninn a onze ans et le métro est son univers. Elle en connaît le moindre recoin et s’y sent comme chez elle. Mais en dépit de sa joie de vivre, Ninn se pose mille questions. D’où vient-elle ? Quels sont ces souvenirs lointains et incompréhensibles qui hantent ses souvenirs, elle qui n’a jamais mis le pied hors de Paris ?

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Le ton est donné dès la couverture, invitant le lecteur à chevaucher, lui aussi, un magnifique tigre blanc, et partir à l’aventure ! Si l’intrigue, au départ, est bien ancrée dans le monde réel, elle glisse petit à petit vers le fantastique, entraînant la jeune Ninn dans une fabuleuse quête où elle découvrira sa véritable nature… Riche et rythmé, sans aucun temps mort, ce premier tome annonce une série prometteuse !

Je n’ai pu m’empêcher de comparer l’héroïne à la petite Cerise, de la série Les Carnets de Cerise, au  niveau du caractère. Curieuse, obstinée et attachante, elle explore le métro parisien de A à Z et en connaît les moindres recoins ! D’ailleurs, cette bande dessinée jeunesse sera aussi l’occasion d’en apprendre plus sur le métro et ses petits secrets, notamment sur les fameuses stations fantômes et l’existence du wagon balayeur !

Graphiquement, La ligne noire est une réussite également : les décors sont soignés, les illustrations particulièrement dynamiques et on appréciera de trouver quelques dessins représentés en pleine page. Quant aux scènes se déroulant à l’intérieur du métro, elles sont particulièrement sombres, ce qui renforce le côté sombre et mystérieux de l’intrigue.

Petit bonus : le cahier graphique  situé à la fin du livre, dans lequel on retrouve des esquisses et où l’on peut voir l’évolution de certaines planches. C’est toujours un plaisir de découvrir l’envers du décor !

En bref :
– une histoire bien menée et haute en couleur
– une héroïne intrépide et attachante
–  des couleurs et décors sublimes

Biguden, tomes 1 à 3

Biguden (série finie); de Stan Silas
Publié chez EP Media

Goulwen vit dans une maison à flanc de falaise avec une mémé cabocharde qui croit encore aux Korrigans… C’est sur la plage qu’un événement extraordinaire va bousculer le quotidien de cette famille bretonne ! D’un bateau échoué, Goulwen recueille chez lui une petite japonaise… La confrontation entre les deux cultures va d’abord être explosive!

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☞ Le choc des cultures
Biguden c’est d’abord une idée saugrenue : celle de mettre à l’honneur la Bretagne, ses légendes, et ses traditions. Bref, une manière originale de découvrir ou revisiter le folklore breton, car tout y passe, des crêpes à la musique traditionnelle ! Si le trait est parfois volontairement forcé, c’est pour mieux répondre au thème central de la saga, à savoir le respect de la différence des autres.
On retrouve même une touche de magie celtique, car la petite japonaise recueillie dans l’histoire possède, à l’instar des vraies bigoudènes du pays, un don lui permettant de percevoir les êtres fantastiques qui vivent parmi nous… Et côté magie justement, on est servis ! Chaque tome met en scène une créature issue des légendes locales, mais attention : korrigans, licornes et fées sont également de la partie ! Entre terre et mer, il va falloir donner de sa personne pour délivrer le village de Pouec de la magie qui l’entoure…

☞ Et à part ça ?
Nul doute que le lecteur craquera pour les personnages hauts en couleur créés par Stan Silas : de Biguden, dotée d’un trait mauvais caractère, à la grand-mère de Goulwen, une espèce de vieille chouette acariâtre, il y a de quoi se fendre la poire ! Et justement, de l’humour, Biguden, n’en manque pas ! Les dialogues accrocheurs et le scénario efficace et un brin déluré de l’auteur font de cette série de bande dessinée une belle surprise de lecture.

☞  Le charme des illustrations
Si toute la série, dans sa forme, est un parfait mélange de bande dessinée classique et de manga, les dessins, eux, tirent vraiment leur inspiration des mangas japonais. Le trait, tonique et moderne, crée un contraste intéressant et dépoussière complètement l’image que l’on peut avoir de la Bretagne. Et que dire des bouilles des personnages, adorablement rondes et craquantes dans leurs coiffes et costumes traditionnels ?!

Bref, Biguden est une BD originale et pétillante, qui aborde le folklore breton avec humour et mêle avec brio réalité et fantastique à coup de dialogues tordants et de personnages attachants. Délicate et surprenante, cette courte série aux splendides dessins saura, à mon avis, plaire à tous les âges. Attention cependant : le risque d’avoir une féroce envie de crêpes après sa lecture est bien présent…vous voilà prévenus  🙂

En bref :
des dialogues décapants
– un dessin accrocheur
– une jolie représentation du folklore breton